Les pavillons Oasis du Spa Eastman : un modèle québécois de construction écologique reproductible – plus simple et plus accessible que ce que vous croyez!, par Jean-Michel Perron

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« Il y a 10 ans, il aurait été très complexe de construire un pavillon comme ça! », mentionne d’entrée de jeu Benoit Lavigueur, expert en bâtiments écologiques et entrepreneur général des Oasis, en collaboration avec Solution ERA.

(Photo: Marjolaine Grenier, SPA Eastman)

Grâce aux avancées technologiques et à l’expertise accumulée, le projet touristique en R&D de trois grands pavillons écologiques comprenant 24 nouvelles chambres a pu voir le jour avec un investissement de 10 M$, en collaboration avec Solution ERA et Les Éco-Bâtisseurs. Et pour la première fois, le Spa Eastman est nommé aux World Spa Awards 2024 dans la catégorie du Meilleur Spa Écologique au Monde. De plus, il est à nouveau en lice pour le titre de la Meilleure Retraite Mieux-Être au Canada, un prix qu'il a remporté deux années consécutives, en 2021 et 2022.

Jocelyna Dubuc, récipiendaire du prix Grande Bâtisseuse 2022, est l’âme derrière cette réalisation technique d’exception qui s’inscrit dans son approche de santé globale. Que ce soit par la Cuisine ToniqueMC, les soins, l’exercice et maintenant les Oasis, le Spa Eastman s’inspire de toutes les sphères du bien-être pour créer un environnement régénérant de l’humain et de l’environnement.

Voyez ICI la vidéo portant sur le second des trois pavillons Oasis.

Mais tout d’abord, d’où est partie cette idée de construire ces pavillons écologiques?

Pour Jocelyna Dubuc, présidente et fondatrice du Spa Eastman, la préservation de l’environnement a toujours été au cœur de ses pratiques, que ce soit par les économies d’eau et d’énergie, l’intégration d’aliments naturels et biologiques, le compostage, et bien plus. Il était donc bien naturel de poursuivre cette mission en s’associant à des experts du domaine de la construction écologique.

Tous portés par l’envie de sensibiliser les gens, ces entrepreneurs ont rallié leurs forces afin de créer une société plus saine par la transformation de leaders d’entreprises; un lieu pour créer des retraites corporatives innovantes en toute intimité, tout en profitant de la nature et des installations du Spa Eastman.

En quoi concrètement, ces grands pavillons sont-ils si écologiques?

« Premièrement, ce fût une réflexion en équipe et une conception intégrée. Toutes les parties prenantes ont été impliquées dès le départ, ce qui a permis d’optimiser la performance du bâtiment, la durabilité ainsi que l’expérience des clients.

Plus de 90% des matériaux utilisés proviennent du Québec. En construction durable, le béton est le pire (c’est le ciment de type « Portland » qui est dommageable) et ensuite le verre », précise Benoit Lavigueur.

« S’il n’y avait aucune énergie de chauffage, l’hiver, la température intérieure ne descendra pas à moins de 5 °C, grâce à l’orientation solaire et à l’efficacité du bâtiment, de poursuivre, Benoit Lavigueur. Avec nos hivers, c’est exceptionnel un tel accomplissement et la beauté de la chose, c’est qu'il serait possible de le faire pour tous les bâtiments touristiques sans trop de complexité… C’est le manque de connaissances et d’exemples inspirants qui ralentissent la transition.

Les pavillons Oasis sont écologiques en utilisant :

  • Toiture métallique
  • Revêtement d’ardoises locales
  • Sections en aluminium iodées et naturelles (tout ce qui est peinturé vieillit moins bien)
  • Revêtement de cèdre avec teinture écologique (Lifetime)
  • Revêtement de plancher en ardoise et de bois dans les chambres (matériaux intemporels et non à la mode)
  • Orientation solaire passive
  • Super bonne étanchéité
  • Isolation avec des matelas de chanvre et des panneaux de fibre de bois recyclés
  • La serre produit des aliments qui seront utilisés pour le restaurant du Spa Eastman
  • Système de ventilation qui assure un air de qualité pour les occupants
  • Briques de terre crue réalisées à partir de la terre de l’étang

Ils sont écologiques en n’émettant pratiquement aucun GES », affirme Benoit, pionnier du bâtiment durable depuis 2005, nommé constructeur de l’année à 2 reprises par l’APCHQ, avec 200 bâtiments écologiques à son actif.

(Photo : Solution ERA)

Croyez-vous, en tourisme, à un hôtel net positif?

« Net positif en carbone ou en énergie? C’est un gros défi en carbone, mais possible, sinon, en énergie; nous n’aurions qu’à mettre plus de gros panneaux solaires pour l’être, même si l’hôtellerie t’oblige à un standard d’opération élevé par rapport à de la construction résidentielle (ex. : climatisation) ».

Quel est le coût de la « prime verte » d’un tel bâtiment?

« Construire le même Oasis, sans considération écologique, coûterait 10% de moins en respectant le code du bâtiment. Mais évaluez toutes les dépenses d’énergies évitées et les réparations futures, et vous allez recouvrir cette prime rapidement. ,0187

Il y a 10 ans seulement, il aurait fallu beaucoup de ressources matérielles et financières pour faire ce genre de projet! Un exemple? Des appareils de mesures énergétiques sont désormais disponibles à prix abordables. Certes, le prix des panneaux solaires baisse également, mais pas celui de la main-d’œuvre pour les installer et les « racking ». Sachez toutefois que les panneaux solaires ne sont que la pointe de l’iceberg… il n'est pas indispensable d'en installer pour qu'un bâtiment soit considéré comme écologique, et cela ne devrait surtout pas être la première étape dans un projet de construction écologique.

Que furent les défis pour construire les Oasis?

  1. « Le niveau de détails à considérer fut élevé, avec pour objectifs de départ de vouloir marier le bâtiment le plus écologique et esthétique possible et reproductible par l’industrie, tout en tenant compte des critères Leed et ceux de la CITQ, maintenant abolis… Les Oasis démontrent que ce genre de projet est possible, de nos jours.
  2. En hôtellerie, les occupants, contrairement aux résidents des maisons privées, ne sont pas nécessairement sensibilisés à des usages et à des pratiques durables. Il faut des outils de mesure de consommation: eau, énergie et qualité d’air. Dans les Oasis, nous avons 25 points d’analyse en temps réel. Nous offrons également des visites et des formations pour sensibiliser les clients afin qu’ils améliorent leurs gestes au retour à la maison. »

(Photo : Phil Bernard Photographe)

Comment faire pour que les futurs projets en tourisme s’alignent vers ce type de construction?

« Un mélange de mesures par les prérequis des programmes de subventions, l’écofiscalité pour encourager la pratique et enfin la sensibilisation. Mais encore plus important, il faut de l’accompagnement, car les gens voient ça deux fois plus complexe et 2 fois plus cher que la réalité.

Il ne faut surtout pas viser la perfection. Tu peux faire un "5 sur 10" mais commencer dès maintenant sans avoir à réinventer la roue! Il est important, pour ce genre de projet, de s’entourer de gens d’expérience. »

Photo : Charles Desroches Photographie

CONCLUSION

L’équipe du Spa Eastman, de Solution ERA et des Éco-Bâtisseurs ne le diront jamais, lors des entrevues et de la visite du deuxième Oasis qu’ils m’ont octroyées, mais je considère qu’il s’agit de la construction en tourisme, et possiblement dans tous les secteurs de la construction, la plus durable au Québec.

Ce pavillon Oasis devrait servir d’inspiration pour la construction écologique en tourisme destinée aux gestionnaires touristiques, aux responsables de programmes gouvernementaux et des associations touristiques. Jocelyna Dubuc ne demanderait pas mieux! Une formation de base de 2 ou 3 jours sur place viendrait expliquer les principales solutions techniques disponibles au Québec et répondre à tous les enjeux pour les nouvelles constructions ou les rénovations de bâtiments existants. Quel beau modèle duquel s’inspirer pour rendre notre tourisme plus résilient et responsable!

 

  

Jean-Michel Perron
PAR Conseils
Blogueur et bifurqueur


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