UN NOUVEAU TOURISME - PARTIE I : Constats & accélérants, par Jean-Michel Perron

Études, Économie · · Commenter

Le tourisme est imbriqué dans l’ensemble des activités humaines de notre société. Dans ce premier volet de 3 textes, regardons où nous en sommes actuellement sur notre planète. Qu’est-ce qui est sur la table? Ce qui a changé depuis l’arrivée de la pandémie? Quelles sont les pistes de solutions globales pour sauver la présence humaine sur Terre, à tout le moins une qualité de vie minimale? Dans la partie II de cette trilogie, je traiterai des objectifs à se donner en tourisme au Québec et dans la partie III, de quelles façons s’y prendre concrètement. Notre tourisme doit se transformer. Nous avons tous une opportunité, un devoir – entreprises, associations, agences, gouvernements, communautés – de repartir le compteur à zéro en faisant mieux pour la planète, nos milieux de vie, nos familles et nos voyageurs. Voyons cette crise comme une opportunité unique de réinventer le tourisme. Comme l’ont affirmé à travers l’histoire de l’humanité plusieurs maîtres à penser, dont Socrate, Jésus et Bouddha, tout changement significatif commence avec l’individu. Serons-nous des milliers en tourisme au Québec à y participer?

PARTIE I - À consulter en 3 versions


EXTRAITS/RÉSUMÉ

INTRO

«Cette tempête passera. Mais les choix que nous faisons maintenant pourraient changer nos vies pour les années à venir» - Yuval Noah Harari, l’auteur du best-seller Sapiens, sur la crise de la COVID-19

«On se remettra de la pandémie, pas de la fonte des glaces» - Noam Chomsky, le plus grand des philosophes américains

On n’a jamais autant parlé du tourisme, des régions et des PMEs que cette année… Bizarrement, dans notre crise touristique actuelle – la pire depuis que le tourisme commercial existe on reconnaît comme jamais l’importance fondamentale du tourisme dans les économies des destinations. On a connu un déconfinement bordélique et une promotion touristique trop tardive et anémique au Québec, avec au final une saison estivale intense dans nos régions, mais catastrophique à Québec et à Montréal.

Un retour à une «normale» en tourisme - avec des fermetures certaines d’entreprises d’ici là - ne peut se faire sans vaccin ou médication efficace. Ce qui n’arrivera pas avant le milieu de 2021…

Le tourisme sera durablement affecté par la COVID-19. D’une part, en raison des contraintes sanitaires et de distanciation physique additionnelles qui vont grever, au moins pour un temps, la rentabilité des PME. D’autre part, la crainte d’une crise économique forte et durable peut induire des choix de consommation défavorables aux loisirs, de la part des consommateurs.

La tempête parfaite qui se dessine est celle provoquée par les changements climatiques, conjuguée à un déficit démocratique et aux inégalités sociales provoquées par la mondialisation et la surconsommation

LA CRISE AVEC SES ACCÉLÉRANTS DE TENDANCES PRÉEXISTANTES

En tourisme:

  • L’appel de la forêt, de la nature
  • Le «slow tourism»
  • Voyages à faire avant de mourir
  • Voyages de sens
  • Surtourisme et tourismophobie
  • Écart de richesses entre les touristes

En général:

  • Introspection sur nos existences
  • Attraits des régions
  • Agriculture locale, biologique, moins de viande et bien-être des animaux
  • Choisis ton camp!
  • Complotisme, négationisme et désinformation 
  • Développements des technologies
  • Ralentissement de l’homogénéisation des destinations touristiques
  • Surconsommation
  • L’Internet des objets
  • Télétravail
  • Monde financier versus réalité économique
  • Suprématie indécente des GAFAM
  • Croissance des achats numériques
  • Appréciation des travailleurs essentiels sous-payés
  • Nos gros chars
  • Aménagement des villes en fonction des piétons et des cyclistes avec intégration de la nature

TOURISME

Un tourisme plus lent, plus vert, plus long comme en train, en vélo ou en auto, priorisant les expériences locales, la nature et le mieux-être, va devenir un comportement généralisé. On va réapprendre à voyager autrement. La hausse du coût des billets d’avion, conjugué à la désapprobation d’utiliser l’avion («flygskam» - en suédois : la «honte de voler») lorsque non nécessaire, fera chuter notre habitude de faire de multiples courts voyages et éloignés par année… surtout que maintenant, les touristes savent qu’ils peuvent rester «coincés» longtemps dans un pays étranger.

Pour le tourisme d’affaires, si essentiel à Montréal et à Québec, la vidéoconférence semble avoir fait des percées importantes en tant que substitut aux réunions en personne. Nous sommes devenus des «Zoombies». Les voyageurs d’affaires ont apprécié le confinement et le télétravail pour la qualité de vie. L’aviation est le secteur qui sera le plus affecté en tourisme et de surcroit la confiance des investisseurs en a pris un coup… La conclusion ou pas de l’acquisition d’Air Transat par Air Canada aura un impact marqué sur le tourisme international européen au Québec.

Dans le secteur de l’hébergement, plus simple que l’aérien, on passe de la grande personnalisation des services avec un maximum d’employés en contact avec les visiteurs, vers une gestion informatisée maximale pour tous les points de contacts. Les hôtels deviennent des lieux aseptisés comme les partenariats Hilton/Lysol et Four Seasons/«Johns Hopkins Medicine» le démontrent.

Pour la restauration si essentielle pour les visiteurs avec la fermeture des terrasses bientôt et les règles de distanciation en place, le cauchemar se poursuit. Comment rendre à nouveau l’expérience culinaire plaisante et rentable pour le restaurateur? Là est toute la question.

Le défi des organisations en tourisme, comme l’Alliance et les ATR/ATS, sera de transformer leur mise en marché en fonction de nouvelles variables (frontières, vaccins, fermetures de PME, crise économique, etc.). Une très grande flexibilité et rapidité d’exécution sont dorénavant des conditions essentielles de succès. Ce qui est contraire, en général, à leur culture.

LE MODÈLE ÉCONOMIQUE NE TIENT PLUS LA ROUTE

Nous vivons actuellement au Québec et au Canada encore dans une bulle, alors qu’en pleine pandémie, on s’enrichit avec les plus généreux programmes de soutien d’urgence de la planète, mais dans la réalité :

  • Selon le Bureau du directeur parlementaire du budget canadien, le «1%» des citoyens canadiens les plus riches détient environ 25,6% de la richesse totale au Canada.
  • Le salaire minimum aux États-Unis, en 2020, ajusté à l’inflation, est plus bas que dans les années 1960.
  • Oxfam affirme que les huit milliardaires les plus puissants du monde ont autant de fortune que les 2,7 milliards d’êtres humains les plus pauvres.

En plus des inégalités, la planète, avec ses ressources limitées, la majorité des humains ne peuvent plus adhérer à l’insoutenable objectif de la croissance du PIB. Ce n’est pas juste moi qui le dit et pas que des gens de la gauche politique: même des gouverneurs de banques centrales, le FMI et la Banque mondiale appuient sur le bouton panique; c’est tout dire!

On parle de plus en plus de démondialisation et d’un retour au nationalisme économique.

CLIMAT

La Terre, depuis l’industrialisation (autour de 1720), s’est réchauffée de 1 °C jusqu’en 2014. D’ici à 2032, les experts du GIEC des Nations-Unies estiment que la hausse sera de 0,5 °C avec des conséquences catastrophiques. C’est dans 12 ans! Et que le monde devrait s’être réchauffé de 3 °C à 5 °C à la fin du siècle. Pour éviter une tragédie planétaire permanente, il faudrait réduire nos émissions de GES de 50% d’ici à 2032 et à zéro en 2050. Or, cela implique des changements rapides dans nos façons de vivre et de produire des biens. Pas dans 5 ou 6 pays, mais partout sur la planète...

Le respect par le Canada de ses promesses de réduction des gaz à effet de serre (GES) pourrait sauver plus de 100 000 vies et créer 1,3 million de nouveaux emplois durables entre 2030 et 2050, conclut un rapport dévoilé le 14 juillet par une coalition de 17 associations de professionnels de la santé québécois et canadiens.

Ce que la science dit avec insistance depuis plusieurs années, c’est qu’il faut laisser les combustibles fossiles dans le sol, cesser toute forme d’extraction, entreprendre immédiatement une transition vers des énergies renouvelables (dont le nucléaire, s’il le faut !) et commencer à capter les GES pour les retirer de l’atmosphère.

SOCIÉTÉ PLUS JUSTE ET DURABLE

Il existe des solutions à la crise climatique et au cul-de-sac du modèle économique actuel. Il faut se servir des milliards de dollars en nouveaux investissements pour transformer notre économie et la société, tout en créant et transformant des millions d’emplois. Face à l’urgence, nous n’aurons pas une seconde opportunité. Voici les modèles les plus prometteurs. Le Green New Deal sera mis en place aux États-Unis si les démocrates sont élus; le «beigne hollandais» opère depuis plusieurs années; la Convention citoyenne en France créée cet été est appuyée par le gouvernement français, tandis qu’au Québec… la meilleure piste est le «Pacte pour la transition», le gouvernement voulant se limiter à injecter massivement dans les infrastructures uniquement. Est-ce que notre gouvernement emboitera le pas aux États visionnaires? Est-ce que nous, gens du tourisme, adhérerons rapidement à ces changements radicaux nécessaires, alors qu’une majorité d’entre nous ne souhaitons que revenir à la normale de 2019, niant ainsi l’urgence pour la planète et compromettant par le fait même notre secteur touristique à moyen terme?

A. Le «Green New Deal»

B. Le beigne hollandais

C. La Convention citoyenne française

146 sur 149 de leurs suggestions furent retenues par le gouvernement du président Macron. Parmi celles-ci: interdiction des publicités de VUS, des semences génétiquement modifiées, des trajets intérieurs en avion (lorsque prendre le train est possible!!!), moratoire sur les nouvelles zones commerciales en périphérie des villes, fin de l’artificialisation des sols, etc.

D. Plan de relance de l’économie verte

Le gouvernement du Québec va lancer sous peu son Plan de relance d’une économie verte. Mais l’approche la plus salvatrice est celle de «101 idées pour la relance du Pacte pour la transition» soutenue par Dominic Champagne et Lauri Waridel.

CONCLUSION

Nous avons tous une opportunité, un devoir – entreprises, associations, agences, gouvernements, communautés – de repartir le compteur à zéro en faisant mieux pour la planète, nos milieux de vie, nos familles et nos voyageurs. Voyons cette crise comme une opportunité unique de réinventer le tourisme.

À venir le 16 septembre, Nouveau tourisme: Rêver Mieux, des suggestions pour le tourisme québécois. Quelle vision commune, quels objectifs se donner?

Le 23 septembre, Nouveau tourisme: Agir ensemble! un plan d’action précis pour nos organisations, nos travailleurs et nos entreprises en tourisme.


LA VIDÉO 12 minutes


VERSION COMPLÈTE

TABLE DES MATIÈRES

1. LES TOURISTES

2. LES ENTREPRISES TOURISTIQUES

3. UN MODÈLE ÉCONOMIQUE INSOUTENABLE

4. ENVIRONNEMENT ET CLIMAT

5. LE MONDE CHANGE RAPIDEMENT. ET NOUS?

 

1. LES TOURISTES

De tous les journalistes, blogueurs et touristes qui se sont donné le mandat de juger le tourisme depuis quelques mois, le plus articulé fut sans doute Christian Rioux du Devoir, le 24 juillet dernier:

«Le temps d’un intermède, la pandémie aura donc rendu nos paysages et nos villes à leurs habitants. Du moins à cet état, non pas d’avant les voyages, mais d’avant ce tourisme de masse qui déferle sur le monde depuis quelques décennies et que l’on affuble de ce nom, aussi affreux qu’étrange, d’industrie touristique...

Voilà donc cette «industrie» confrontée à la pire crise de son histoire. En quelques jours, tout s’est effondré. Avec l’arrogance caractéristique des nouveaux riches, les professionnels du tourisme étaient pourtant convaincus qu’ils étaient à l’abri de tout…

L’épidémie nous réapprendra-t-elle l’art de voyager? On peut en douter. Tout au plus, l’exode de ce mois de juillet vers la Gaspésie, le Lac-Saint-Jean ou l’Abitibi pourrait-il permettre aux Québécois de redécouvrir un pays et des régions qui valent mieux, tellement mieux, que ces ailleurs de carte postale.»

Je crois qu’au contraire de M. Rioux, une portion élevée de voyageurs durant le confinement réalisa la fragilité de la vie, l’importance de la nature dans nos vies et la chance que nous avons de voyager. On voyait le retour partout des animaux: pour la 1re fois depuis des décennies, les poissons dans les canaux de Venise, le mont Himalaya de l’Inde, la jeune baleine dans le port de Montréal et même en mer, en juin dernier, une baleine et un orignal à Havre St-Pierre, voyez ici ces images impossibles!

Un tourisme plus lent, plus vert, plus long comme en train, en vélo ou en auto priorisant les expériences locales, la Nature et le mieux -être va devenir un comportement généralisé. On va réapprendre à voyager autrement. La hausse du coût des billets d’avion conjugué à la désapprobation d’utiliser l’avion («flygskam» - en suédois : la «honte de voler») lorsque non nécessaire, fera chuter notre habitude de faire de multiples courts voyages et éloignées par année…surtout que maintenant, les touristes savent qu’ils peuvent rester «coincés» longtemps dans un pays étranger.

Mais avant mars 2020, le monde était devenu un supermarché touristique, approvisionné en lieux merveilleux, mais dont l’authenticité que le voyageur y cherche pour se convaincre qu’il a fait une découverte extraordinaire et qu’il n’est pas un touriste, est souvent contestable et relève de la mise en scène. Ceci étant dit, ces tendances s’accélèrent:

  • De tout temps, la forêt et ses activités de plein air produisent chez les humains un mystérieux effet d’attraction, à la fois enchanteresse et redoutée, porteuse d’une charge symbolique puissante et lieu de ressourcement, de spiritualité.
  • Slow tourism: contempler, vivre nos sens: nous nous transformons en voyage lorsque nous sommes moins distraits par toutes sortes d’activités. Nous sommes en paix, disponibles à la transformation lorsque nous sommes concentrés. C’est ce que le confinement a fait réaliser à plusieurs; ce qui va se décliner dans leurs prochains voyages. Ce qui n’empêche pas de nombreux touristes à un défoulement pur et simple comme on l’a vu cet été… 
  • Voyages à faire avant de mourir: certains touristes vont abandonner les voyages longue distance, mais de nombreux autres sont à planifier les voyages «de leur vie», une courte liste de longs séjours. La géniale application de l’agence américaine Virtuoso frappe en plein dans ce segment très prometteur.
  • Des voyages de sens: tout comme pour l’attrait de la nature, les voyageurs (contrairement aux touristes) veulent vivre de véritables expériences, même si ce terme est largement galvaudé et les expériences transformationnelles, l’exception plus que la norme. Réussir à créer des expériences humaines enrichissantes devrait être la priorité du Québec, alors que notre potentiel est élevé.

«C’est pourquoi les gens parlent de leurs voyages comme d’expériences forcément enrichissantes. Exemple classique: les pèlerinages à Saint-Jacques-de-Compostelle. Prenez 10 000 pèlerins et tous vous diront que cette aventure a été "un moment incroyablement enrichissant de [leur] vie". Mais est-ce vraiment le cas? En définitive, l’expérience demeure passablement superficielle; vous faites ce que 10 000 autres personnes ont fait avant vous et feront après vous. Un peu comme cette photo où votre conjoint fait mine de soutenir la tour de Pise.» - Le philosophe néerlandais Ruud Welten

«Le tourisme, d’une certaine manière, c’est le pur produit du capitalisme. C’est une structure globale liée au phénomène de mondialisation. Ce que le tourisme a opéré comme transformation, c’est que voyager est devenu un plaisir. Avant, c’était une épreuve où on devait affronter l’isolement, la fatigue corporelle, les intempéries, les dangers, l’inconfort… Et pour en faire un plaisir, une espèce d’hédonisme contemporain, le tourisme a aménagé le réel pour le rendre accueillant, propice à satisfaire les attentes diversifiées de la clientèle, des normes de sécurité, des normes de qualité, etc. Cela tend à faire des sites touristiques des lieux standardisés, avec des infrastructures qui sont là pour nous et qui transforment souvent les lieux en galerie commerciale à ciel ouvert.»

«Je ne suis pas certain que le tourisme contribue à l’ouverture des esprits. Aujourd’hui, si on regarde bien les organisations touristiques, ce sont souvent des lieux fermés. La mise en circuit des lieux touristiques, avec les itinéraires, bien souvent l’autre est réduit à être un prestataire de services». - Le sociologue français Rodolphe Christin dans son livre «La vraie vie est ici. Voyager encore?» qui vient de paraître

bbc.com/travel/story/20200611-pico-iyer-on-the-secret-of-immersive-travel

  • Le surtourisme et la tourismophobie

Avec un million de visiteurs par an pour 750 résidents, le village d’Hallstatt en Autriche pouvait se targuer de rivaliser avec Venise et Barcelone au nombre de touristes par habitant. Avec la COVID, ils sont en train de réaliser ce qu’ils avaient perdu en qualité de vie et en respect de l’environnement... Le surtourisme ne disparaîtra pas. Les voyages vers le ud et les croisières vont toujours avoir la cote grâce au rapport qualité/prix imbattable, mais un rééquilibre s’effectuera sous la pression des résidents et des touristes eux-mêmes... On verra l’accélération de mesures limitatives: prix d’entrée, réservation obligatoire, répartition des volumes sur les jours de semaine ou les mois hors-pointe, répartition dans l’espace, etc. Un pays comme le Bhoutan, l’une des dernières destinations à la mode encore bien préservée, a limité les visas à une centaine de milliers par an, avec un gros prix à l’entrée, en disant viser la qualité du tourisme plutôt que sa quantité. Venise impose une «taxe de débarquement» allant jusqu’à 10 euros (15$) à chaque passager de paquebot. Amsterdam a adopté une série de mesures pour stopper l’envahissement de Leidseplein, Rembrandtplein et son «red-light district» où trop de fêtards terminaient leur soirée en vomissant dans un coin ou en pissant dans les canaux. Même les gestionnaires des célèbres sentiers de randonnée des Cinque Terre sur la riviera italienne s’y sont mis, interdisant les sandales et les gougounes. Avec 2,5 millions de vacanciers pour 4000 habitants, la surfréquentation prend là tout son sens.

Et le Québec n’est pas épargné. Je sonnais l’alarme en mars 2017, incluant auprès de l’OTQ mais pas de réactions… plus tard, le maire Labeaume s’est rendu compte lui-même de cet enjeu lors d’un voyage en Pologne en 2019.

«Beaucoup de commerçants et de restaurateurs du Vieux-Québec ont misé sur le volume et sur l’argent facile d’un tourisme de masse rapide», écrivait Francois Bourque dans Le Soleil, le 24 juillet dernier.

La recherche de l’équilibre entre les habitants et les touristes connaît une accélération, et une généralisation de la réservation obligatoire pour les lieux les plus visités du monde est maintenant incontournable. Même AirBnB, symbole de ce surtourisme et conscient de l’être, va devoir se transformer.

Hallstatt en Autriche

  • Écarts de richesse des touristes potentiels. Les frontières vont s’ouvrir tôt ou tard, mais les portefeuilles se refermeront (sans PCU!) sauf pour les plus riches qui ont bénéficié de la pandémie (voyez les rendements exceptionnels à la Bourse!). La crise économique, elle, ne prendra pas de vacances. Même si on en sort bien au Québec dans notre relance et en emploi en général (pas en tourisme, qui connaîtra encore une situation catastrophique pour longtemps), ce ne sera pas le cas ailleurs, dont aux États-Unis, et le dopage artificiel des revenus des ménages canadiens ne durera pas. On sera donc impactés économiquement de toute manière. Bref, avec des frontières ouvertes, le tourisme de luxe croîtra rapidement dès l’arrivée des vaccins/médicaments, mais pour le reste, le retour à nos volumes de 2019 prendra beaucoup de temps…

2. LES ENTREPRISES TOURISTIQUES

On n'a jamais autant parlé du tourisme, des régions et des PMEs que cette année… Bizarrement, dans notre crise touristique actuelle – la pire depuis que le tourisme commercial existe on reconnaît comme jamais l’importance fondamentale du tourisme dans les économies des destinations. On a connu un déconfinement bordélique et une promotion touristique trop tardive et anémique au Québec, avec au final une saison estivale intense dans nos régions, mais catastrophique à Québec et à Montréal.

Un retour à une «normale» en tourisme - avec des fermetures certaines d’entreprises - ne peut se faire sans vaccin ou médication efficace. Et de quelle normalité parle-t-on?

«The unprecedented low-demand environment will cause some hotel owners to walk away from the industry. CBRE expects 60,000 hotel rooms, or a little over 1 percent, of the U.S. hotel supply will permanently close next year. New York City could be well on its way to seeing 20 percent — roughly 25,000 hotel rooms — of its hotel supply shut down for good.» - Skift, 30 juillet 2020

Le tourisme sera durablement affecté par la COVID-19. D’une part, en raison des contraintes sanitaires et de distanciation physique additionnelles qui vont grever, au moins pour un temps, la rentabilité des PME. D’autre part, la crainte d’une crise économique forte et durable peut induire des choix de consommation défavorables aux loisirs de la part des consommateurs.

Vieux-Québec. Achalandage à l’image de l’été qui vient de passer...

Pour le tourisme d’affaires, si essentiel à Montréal et à Québec, la vidéoconférence semble avoir fait des percées importantes en tant que substitut aux réunions en personne. Nous sommes devenus des «Zoombies». Les voyageurs d’affaires ont apprécié le confinement et le télétravail pour la qualité de vie. De plus, les entreprises demeurent fragilisées par l’incertitude économique. Voici la prévision parue dans le magazine Skift du CEO Ed Bastian de Delta Airlines:

En règle générale, une nouvelle saison de voyages d'affaires débuterait en septembre, Delta transitant du transport de vacanciers vers les voyageurs d’affaires fréquents. Delta s'attend à ce que certains voyageurs d'affaires reviennent après la fête du Travail, mais Bastian a déclaré que la compagnie aérienne ne comptait pas sur une reprise significative parmi les voyageurs d'affaires pendant un an à 18 mois. Certains ont prédit qu'une grande partie des voyages d'affaires serait remplacée par des vidéoconférences, mais Bastian a déclaré qu'il ne s'attend pas à ce que la forte baisse du trafic d'entreprises soit permanente.

Pourtant, a-t-il dit, les types de voyages que font les voyageurs pourraient se transformer. «Au cours des cinq dernières années, de nombreux clients de Delta furent très prompts à prendre l'avion, et certains pouvaient voyager pour une réunion de deux heures seulement, payant souvent beaucoup d'argent pour un siège premium. Certains de ces voyages pourraient ne jamais revenir», a déclaré Bastian.

Du côté de l’Australien Qantas, ce n’est guère mieux, alors que son CEO Alaon Joyce mentionnait il y a deux semaines que leurs vols vers les États-Unis ne reprendraient pas avant la fin 2021 si vaccins et médicaments pour la COVID-19 sont éprouvés…

L’aérien ne reviendra jamais comme avant… pas juste à cause de la COVID-19. De 2014 à 2019 furent les seules 5 années où les transporteurs ont pu couvrir leurs coûts en capital depuis qu’Orville et Wilbur Wright effectuèrent leur premier vol en 1903.

Warren Buffett, l’investisseur milliardaire mythique, a annoncé récemment que plus jamais il n’investirait dans les compagnies aériennes: «Un capitaliste le moindrement avisé, qui aurait été présent à Kitty Hawk en 1903, aurait rendu un grand service à ses successeurs en abattant l‘avion d’Orville!» Il vient de perdre 1 MM$ en vendant ses parts d’American Airlines. «Le monde a changé avec la COVID-19» raisonne-t-il…

Sans aérien, peu de tourisme international au Québec, et ce, sans compter, comme je l’écrivais récemment, l’enjeu crucial de l’acquisition de Transat AT par Air Canada. Si AC avale AT, le tourisme au Québec sera perdant, je vous le prédis.

Dans le secteur de l’hébergement, plus simple que l’aérien, on passe de la grande personnalisation des services avec un maximum d’employés en contact avec les visiteurs vers un gestion informatisée maximale pour tous les points de contacts. Les hôtels deviennent des lieux aseptisés comme les partenariats Hilton/Lysol et Four Seasons/ «Johns Hopkins Medicine» le démontrent.

Pour la restauration si essentielle pour les visiteurs avec la fermeture des terrasses bientôt et les règles de distanciation en place, le cauchemar se poursuit. Comment rendre à nouveau l’expérience culinaire plaisante et rentable pour le restaurateur? Là est toute la question.

Le défi des organisations en tourisme, comme l’Alliance et les ATR/ATS, sera de transformer leur mise en marché en fonction de nouvelles variables (frontières, vaccins, fermetures de PME, crise économique, etc.). Une très grande flexibilité et rapidité d’exécution sont dorénavant des conditions essentielles de succès. Ce qui est contraire, en général, à leur culture.

Un avis personnel, si vous me le permettez: l’aura des influenceurs/vlogueurs/blogueurs, vecteurs du surtourisme et de fausses expériences touristiques, va fléchir grandement, car ils ne sont trop souvent que de gros égos sur 2 pattes qui «s’autoportaitent» dans une multitude de clichés entendus, toujours «exceptionnels» selon eux. «J’y suis allé, je l’ai fait, je me regarde, regardez-moi». L’opposé de tourisme de sens et transformationnel.  

3. UN MODÈLE ÉCONOMIQUE INSOUTENABLE

Ce n’est pas juste moi qui le dit et pas que des gens de la gauche politique: même des gouverneurs de banques centrales, le FMI et la Banque mondiale appuient sur le bouton panique; c’est tout dire!

Le traitement de nos «anciens» dans les CHSLD nous a montré comment l’intérêt commun est passé second dans nos préoccupations au fil des dernières décennies dans le contexte de la mondialisation, de l’impératif de notre cote de crédit étatique établie par les grandes agences de New York, du profit privé à tout prix et de l’individualisme.

Pauvreté et inégalité conjugués avec la surconsommation, les changements climatiques et la perte de la biodiversité : un cocktail explosif pour tous.

Nous vivons actuellement au Québec et au Canada encore dans une bulle alors qu’en pleine pandémie, on s’enrichit avec les plus généreux programmes de soutien d’urgence de la planète, mais dans la réalité:

  • La crise économique provoquée par le coronavirus pourrait être la plus dévastatrice depuis 150 ans. Selon la Banque mondiale, le PIB planétaire pourrait se contracter de 5,2% en 2020
  • La Banque mondiale estime ainsi qu’entre 70 et 100 millions de personnes pourraient basculer dans l’extrême pauvreté, effaçant ainsi les progrès réalisés ces trois dernières années dans la lutte contre la pauvreté.
  • Selon le Bureau du directeur parlementaire du budget canadien, le «1%» des citoyens détient environ 25,6% de la richesse au Canada. Ne soyons pas surpris que la semaine dernière Rolls-Royce lançait son modèle Ghost à 390 000$ CAD + taxes, équipé d’un moteur bi-turbo V12 de 6,75 litres.
  • «Aujourd’hui pour la première fois dans l’histoire du monde, il y a assez de biens pour assurer le bien-être matériel de tous les habitants de cette planète. Mais la distribution n’est pas organisée de façon juste et équitable.» - Ziegler, 2020
  • Le salaire minimum aux États-Unis en 2020, ajusté à l’inflation, est plus bas que dans les années 1960…
  • Selon la Banque mondiale: l’année dernière, les 500 plus grandes sociétés transcontinentales privées, tous secteurs confondus, ont contrôlé 52,8% de toutes les richesses produites sur la planète. Elles dictent leurs lois aux États les plus puissants, qui dépendent d’elles. Oxfam affirme que les huit milliardaires les plus puissants du monde ont autant de fortune que les 2,7 milliards d’êtres humains les plus pauvres.
  • «Tous ces combats dans lesquels nous sommes engagés, que ce soit le combat contre les violences policières, contre le dérèglement climatique ou pour une économie juste, sont liés. Je crois que beaucoup de gens ont ressenti d’une manière très viscérale, lors de cette crise, à quel point notre système économique est en guerre avec la vie sur Terre. Car lorsque l’économie s’arrête, nos systèmes naturels commencent à récupérer. Nous avons besoin d’un réalignement entre les deux…» - La Canadienne Naomi Klein

Au-delà de la crise engendrée, c’est notre modèle économique lui-même qui est rendu insoutenable: «…d’un capitalisme aujourd’hui gangrené par la finance, les inégalités et la destruction de l’environnement…» - Michel Aglietta est conseiller scientifique au Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII)

Selon le Fonds monétaire international, les investisseurs dans les marchés boursiers ne tiennent aucunement compte de la menace que font peser les bouleversements climatiques, pas même sur leurs placements. À l’évidence, «les investisseurs boursiers dans la plupart des économies ne font pas suffisamment attention aux variables climatiques [et] ne prêtent pas suffisamment attention non plus aux risques liés aux changements climatiques».

La planète et la majorité des humains ne peuvent plus adhérer à l’insoutenable croissance du PIB. Le modèle actuel de mondialisation ne peut tenir la route sans une transformation véritable. Voyez par exemple la nouvelle du 31 juillet dernier relative à Walmart au Québec:

À compter de septembre, Walmart amputera de 1,25% ou 6,25% les montants payés à ses fournisseurs selon que les produits sont vendus en magasin ou sur le Web. La décision de Walmart de réduire les paiements à ses fournisseurs pour éponger une partie de ses investissements a déjà fait des petits. Une semaine après cette annonce mal reçue, voilà que l’entreprise qui négocie les prix pour Metro, Super C, Dollarama et Couche-Tard, notamment, s’attend à bénéficier des mêmes «rabais» que ceux consentis au géant américain. Beau modèle de développement durable pour les fournisseurs de services québécois!

Plusieurs croient fermement que les changements à ce modèle ne pourront venir de ceux qui en profitent le plus:

«Un grave obstacle prive la société mondiale des pensées et des compétences nécessaires pour sortir d’une économie de croissance rapide. Les élites dirigeantes actuelles du monde profitent à court terme de la préoccupation générale d’augmenter le PIB et de l’accent étroit mis sur les mesures financières pour atteindre cet objectif.

Comme ces élites sont pour la plupart myopes, elles utiliseront toutes leurs ressources pour bloquer les efforts visant à inverser la croissance, à diversifier les mesures de bien-être social et à réduire leur propre richesse et leur influence.

La mascarade du progrès indéfini n’est soutenue aujourd’hui qu’en redéfinissant continuellement la croissance – en donnant de plus en plus de poids aux transactions financières qui ne produisent pas de richesse réelle, en donnant de moins en moins de poids aux aliments, aux services et aux productions de biens qui augmentent la richesse réelle; plus de poids au coût de la réparation des dommages, moins de poids aux dommages environnementaux qui nuisent à la vie humaine.

En fait, le véritable bien-être de la personne moyenne sur cette planète est en déclin depuis quelques années.

Cela ne signifie pas que la croissance se poursuivra indéfiniment. Cela signifie plutôt que la fin de la croissance sera imposée à la société par des facteurs échappant au contrôle des élites, tels que la diminution de la disponibilité de l’énergie, la baisse de la qualité des ressources, les perturbations croissantes dues au changement climatique, la baisse des rendements agricoles due à la perte de terres arables, le coût croissant des services environnementaux – eau potable, air respirable, températures permettant de survivre – et, peut-être, les troubles civils causés par le déclin de la cohésion sociale résultant d’inégalités massives.» - Dennis Meadows, Club de Rome

«La mondialisation productiviste, extractiviste et consumériste, en tant que telle, n’est pas viable. Et l’impératif de croissance financière qui la gouverne ne constitue pas un critère pertinent pour organiser l’activité sociale. Ce ne sera pas le fait d’une décision, ni même d’une volonté populaire souveraine: nous changerons de paradigme dans ce siècle, car il le faudra, quitte à le subir. La modération, la frugalité, l’instauration de circuits courts, le développement de régimes démocratiques régionaux, la création d’objets durables et réparables s’imposeront à la manière de nécessités. Ils appartiendront au registre de ce qu’Hannah Arendt associe à des forces de l’histoire, plutôt qu’à des gestes d’origine politique.» - Alain Deneault

Les gouverneurs de plusieurs banques centrales soulignent qu’à moins d’agir maintenant, «la crise climatique sera le scénario privilégié de demain et que, contrairement à la COVID-19, personne ne pourra s’isoler pour l’éviter». Le temps de réflexion collective ouvert par cette pandémie, qui découle en partie des atteintes à la biodiversité, nous invite à restructurer autrement notre économie afin d’atteindre les cibles de réduction de GES et de réduire notre empreinte écologique globale. (Le Devoir, 7 juin).

Comme le suggère Mark Carney, successivement gouverneur de la Banque du Canada et de la Banque d’Angleterre, dans un article récent paru dans The Economist, le moment est propice pour revoir la hiérarchie des valeurs guidant notre «vivre-ensemble» «…putting values above valuations».

Soudainement, le paradoxe entre une nécessaire autosuffisance des pays et leur interdépendance reçoit un nouvel éclairage. En effet, alors que le manque d’équipements permettant de faire face à la pandémie souligne l’importance de développer une autonomie nationale, l’interdépendance entre les régions du monde et les pays est également réaffirmée. La question de la gouvernance mondiale refait surface, puisque seules des solutions harmonisées permettraient d’affronter des défis aussi complexes qu’une pandémie ou l’urgence climatique à laquelle nous sommes déjà confrontés. Le film magnifique de Denis Villeneuve, Arrival, fait figure de métaphore, sinon de prémonition, indiquant que des solutions coordonnées et planétaires ne semblent pas pouvoir être imaginées à moins que des menaces extérieures nous y obligent. (The Economist, 18 avril 2020, p. 52).

On parle de plus en plus de démondialisation et d’un retour au nationalisme économique afin de contrôler localement ce qui peut l’être et ne pas dépendre des autres sur de multiples volets de notre vie. Ce que fait Trump depuis des années et ce que propose en partie maintenant François Legault (je n’aime pas mettre ces deux leaders dans la même phrase, car j’ai trop de respect pour ce dernier). La COVID-19 nous oblige à repenser notre rapport au monde, à la mondialisation et à l’ouverture des marchés. L’ACEUM, l’Accord Canada–États-Unis–Mexique et l’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne seront nécessairement remis en question, surtout avec des objectifs environnementaux si différents.

Ce qu’il faut faire aujourd’hui, c’est démondialiser le secteur de la santé et celui de l’alimentation et requalifier les salaires de ceux qui assurent le bien-être de la population. Pour nous sortir de cette loi désastreuse de la maximalisation du profit, il faut rapatrier la production. Et enfin, établir des réseaux de solidarité.

J’aime bien la citation récente de la réputée avocate et gestionnaire internationale Louise Arbour: «Il n’est pas nécessaire d’être animé par de grands sentiments humanistes pour espérer un monde plus équitable. Il y va de nos intérêts, autant que de nos idéaux. Ce que cette pandémie nous rappelle haut et fort, c’est que personne n’est vraiment en sécurité tant que nous ne sommes pas tous en sécurité».

4. ENVIRONNEMENT & CLIMAT

«On ne fait pas brûler notre maison avant de la donner à nos enfants.»

«Si on retrouve l’émerveillement et le respect face à la nature, on a envie d’en prendre soin.» - Le moine boudhiste Mathieu Ricard

Même s’il est pénible, dans le contexte de la catastrophe actuelle dans laquelle le monde touristique est plongé, de parler en même temps de «la mère de toutes les crises» - celle rattachée aux changements climatiques - nous n’avons pas le choix car rebâtir notre secteur sur les mêmes base que la pré-COVID est suicidaire. Les gouvernements vont investir encore des milliards de dollars dans les prochains mois et il s’agit d’une opportunité rare, qui ne repassera pas deux fois (la machine à imprimer les billets va manquer d’encre) pour créer un nouveau tourisme durable.

La Terre, depuis l’industrialisation (autour de 1720), s’est réchauffée de 1 °C jusqu’en 2014. D’ici à 2032, les experts du GIEC des Nations-Unies estiment que la hausse sera de 0,5 °C avec des conséquences catastrophiques. C’est dans 12 ans!  Et que le monde devrait s’être réchauffé de 3 °C à 5 °C à la fin du siècle. Pour éviter une tragédie planétaire permanente, il faudrait réduire nos émissions de GES de 50% d’ici à 2032 et à zéro en 2050. Or, cela implique des changements rapides dans nos façons de vivre et de produire des biens. Pas dans 5 ou 6 pays, mais partout sur la planète….

Le «jour du dépassement de la Terre» qui marque le jour où l’humanité a consommé toutes les ressources que les écosystèmes peuvent produire en une année, est tombé le 22 août 2020 avec l’arrêt forcé du printemps, soit trois semaines plus tard qu’en 2019. Nul doute qu’en 2021, cette journée sera à nouveau autour du 1er août…

La baleine vedette dans le port de Montréal ce printemps est une puissante allégorie de la nature qui reprend sa place quand l’humain limite sa présence, mais dont la machine économique de la mondialisation (symbolisée par le navire qui l’a tuée) nous rappelle qui a vraiment primauté sur cette Terre…

Autre symbole? Depuis 1995, il y a eu 6 débuts tardifs (janvier) des patinoires extérieures à Montréal, alors que dans les 45 années précédentes, seulement à une occasion…

Le courant-jet ralentit depuis quelques années et provoque les extrêmes météo

À moins d’être double borgne ou complotiste, le dérèglement de notre planète et de ses écosystèmes apparaît partout:

  • Les abeilles et autres pollinisateurs sont responsables du tiers de la nourriture sur nos tables. Mais plusieurs populations de pollinisateurs sont menacées, en partie à cause des insecticides qui nuisent à leur capacité de se diriger, d'apprendre, à trouver de la nourriture et de se reproduire.
  • L’ours blanc pourrait disparaître complètement à la fin du siècle si le réchauffement continue…
  • Depuis plusieurs décennies, on constate non seulement une diminution de la biodiversité chez les insectes, mais aussi une accélération de cette baisse. Il faut prendre acte de la situation le plus rapidement possible pour éviter qu’on atteigne un point de rupture, un effondrement. - Maxim Larrivée, directeur de l’insectarium de Montréal
  • Existe-t-il d'autres espèces aussi canadiennes que l’orignal et le castor? Oui, révèle un nouveau rapport qui montre que pas moins de 308 espèces et sous-espèces animales et végétales ne se trouvent que sur le territoire canadien, et nulle part ailleurs sur la planète. Protéger ces espèces est la priorité du Canada dans sa lutte contre la perte de la biodiversité mondiale. La conséquence de notre échec à les protéger est l’extinction.
  • «On passerait du royaume du sapin de Noël au royaume de l'érable, si on en croit les processus des changements climatiques.» Les prochaines générations vont voir une forêt boréale qui est différente, affirme Évelyne Thiffault, professeure au Département des sciences du bois et de la forêt à l'Université Laval,  alors que les compagnies forestières préfèrent et replantent essentiellement des essences de résineux.»
  • Sept municipalités sur dix contaminent les rivières au Québec, selon une étude récente par la Fondation Rivières.
  • Niveau de la mer. Si l’émission de GES se poursuit tel qu’actuellement, en 2050, plus de 204 millions de personnes le long des côtes seront à risque. Plus de 253 millions en 2100.
  • Vous en voulez plus? Abonnez-vous au compte-rendu quotidien de la «Federal Emergency Management Agency» américaine, reçu presque tous les matins par courriel. Voici un résumé du 5 août dernier: L'ouragan Isaias, qui venait de labourer la côte Est, coupant l'électricité à des millions de foyers dans une douzaine d'États; les incendies de forêt en Californie et au Nevada; le risque d'«orages violents» dans les plaines centrales; certaines parties du Texas attendent toujours les évaluations des dommages causés par l'ouragan Hanna le week-end dernier; et, bien sûr, la COVID-19, la maladie causée par le nouveau coronavirus, qui a tué 155 204 Américains, selon le dernier décompte de l'agence.

«…Cependant, l’augmentation constante des phénomènes extrêmes ne peut s’expliquer uniquement par la variabilité naturelle du climat. Il faut donc faire intervenir un autre facteur, en l’occurrence le réchauffement planétaire, qui entraîne des modifications au sein du climat, ce qu’on appelle le changement climatique. Le changement climatique est donc provoqué par le réchauffement planétaire et non l’inverse. Jusqu’à maintenant, nous avons discuté de ce qu’on appelle la dynamique de l’atmosphère. Parallèlement, pour ce qui est de la température et de l’humidité, on note qu’avec l’augmentation des températures, il en résulte un accroissement de la quantité de vapeur d’eau dans l’atmosphère. Cela est dû au fait que plus l’air est chaud, plus il peut contenir de vapeur d’eau. Par conséquent, plus l’atmosphère contient de la vapeur d’eau, plus le potentiel de voir apparaître des précipitations abondantes augmente.

Compte tenu de l’augmentation des températures à l’échelle mondiale, l’atmosphère adopte donc un nouvel état d’équilibre climatique qui se traduit par une augmentation des événements météorologiques extrêmes.»

À moins d’être un Trumpiste, la preuve scientifique du réchauffement de notre planète par l’activité humaine n’est plus à faire. J’en faisais référence dans cet article de mars 2019.

«Les gens commencent à réaliser que nous ne pouvons détourner notre regard de ces choses-là. On ne peut balayer ces injustices sous le tapis. Et même si les pays réduisent la carbone tel que promis, on se dirige tout de même vers une hausse catastrophique des températures de 3 à 4 degrés…» - Greta Thunberg

Le respect par le Canada de ses promesses de réduction des gaz à effet de serre (GES) pourrait sauver plus de 100 000 vies et créer 1,3 million de nouveaux emplois durables entre 2030 et 2050, conclut un rapport dévoilé le 14 juillet par une coalition de 17 associations de professionnels de la santé québécois et canadiens.

La climatologue québécoise Corinne Le Quéré est professeure à l'Université d'East Anglia, au Royaume-Uni. Elle est membre de la prestigieuse société savante Royal Society qui regroupe les grands scientifiques de la planète.

Elle affirmait, le 21 mai dernier à Radio-Canada: «Aussitôt que le confinement va se lever, les émissions vont rebondir très près de leur niveau précédent - les émissions de gaz à effet de serre (GES) - Quand on émet du CO2, environ la moitié est absorbée relativement rapidement par les océans et par la biosphère terrestre. Mais l’autre moitié reste dans l’atmosphère et prend beaucoup de temps à partir.

Ce CO2 qui est dans l’atmosphère, c’est lui qui absorbe le rayonnement terrestre et qui fait en sorte que la planète se réchauffe. C’est le principal gaz à effet de serre responsable des changements climatiques aujourd’hui. La pollution, ça ne reste pas dans l’atmosphère très longtemps. Le CO2 reste dans l’atmosphère une centaine d’années. Quand on émet du carbone, ça reste là longtemps. Mais la pollution, non.

Il faudrait ramener les émissions mondiales à zéro d’ici 2050 ou 2070. Ça veut dire une réduction de 3% par année, voire plus si on est plus ambitieux par rapport aux objectifs climatiques. On ne peut pas le faire sans restructurer l’économie…»

Comme nous allons l’invoquer plus longuement dans cette trilogie, il existe de multiples solutions:

  • Planter de arbres, mais cela ne peut à lui seul renverser le changement climatique. Les forêts boréales du Canada représentent 25% des forêts restantes du monde, «Par acre, elles stockent environ deux fois plus de carbone que la forêt amazonienne.» Plus de 80% de ce carbone est stocké dans les sols boréaux. La coupe à blanc perturbe le sol et libère le carbone dans l'atmosphère. Alors que l'industrie a longtemps soutenu que les forêts récoltées retrouveraient éventuellement leur capacité à séquestrer le dioxyde de carbone si de nouveaux arbres étaient plantés, Skene a souligné le contraire. Elle a cité une étude récente dans le nord de l'Ontario, selon laquelle 14% des zones de coupe à blanc ne repousseront tout simplement pas, même des décennies plus tard. Les routes forestières et autres infrastructures utilisées pendant la récolte compactent le sol et le rendent inutile pour la replantation. Sans ces forêts qui repoussent, davantage de dioxyde de carbone se retrouve dans l'atmosphère. Skene a déclaré que si la déforestation en Ontario se poursuit au rythme actuel, d'ici 2030, 41 millions de tonnes métriques supplémentaires de carbone qui auraient pu être capturées par les forêts boréales se retrouveront dans l'atmosphère. C’est l’équivalent de près de neuf millions de voitures sur la route pendant un an.

Source: thenarwhal.ca/canada-clearcut-logging-boreal-forest-report

  • Même cesser toutes nos émissions de GES ne suffirait pas. Nous devons activement les retirer de l’atmosphère. L'une des idées sur la façon d'y parvenir s'appelle BECCS - bioénergie avec captage et stockage du carbone. Cela signifie cultiver des cultures qui absorbent le CO2, puis les brûler pour produire de l'électricité tout en captant et en enfouissant le carbone produit. Une autre technologie qui a suscité beaucoup d'intérêt est la capture directe d'air (DAC), où les machines extraient le CO2 directement de l'atmosphère. Un certain nombre d'installations expérimentales de cette idée ont été mises en œuvre avec succès, notamment en Suisse, en Norvège et au Canada.
  • L’hydrogène d’origine décarbonée, recommande le rapport: «en investissant dans leur commercialisation, gouvernements et entreprises s’assurent une croissance sur le long terme».
  • Technologies de stockage, véhicules électriques et stations de recharge, réseaux intelligents, efficacité énergétique dans le chauffage et la climatisation… L’excellent résumé qu’en a fait Bill Gates récemment est éclairant:

«Nous voulons que plus de personnes et de marchandises puissent voyager. Pour certaines des personnes les plus pauvres du monde, les produits comme l’essence, le diesel et même le carburéacteur sont la norme pour une raison: ils peuvent vous faire voyager pour un faible coût par gallon.

Alors, comment comblons-nous exactement notre besoin de nous déplacer sans émettre de gaz à effet de serre? La réponse est simple, même si cela ne sera pas possible: utiliser de l’électricité propre pour faire fonctionner tous les véhicules que nous pouvons et obtenir des carburants alternatifs bon marché pour tout le reste.

Les batteries qui les alimentent ont connu une baisse de prix de 85% depuis 2010, de sorte qu'elles deviennent plus abordables à l'achat (même si elles sont toujours plus chères que les options à essence). Les véhicules électriques ne seront probablement jamais une solution pratique pour des véhicules comme les 18 roues, les bateaux-cargos et les avions de passagers. L'électricité fonctionne lorsque vous devez parcourir de courtes distances, mais nous avons besoin d'une solution différente pour les véhicules lourds et long-courriers. Les biocarburants avancés d’aujourd’hui sont très différents de ceux de première génération dont vous avez entendu parler, comme l’éthanol. Certains sont fabriqués à partir de plantes qui ne sont pas cultivées pour la nourriture, donc ils ont besoin de peu ou pas d'engrais (qui sont, vous en conviendrez, un grand émetteur de gaz à effet de serre). D'autres sont fabriqués à partir de sous-produits agricoles, comme les tiges de maïs et la pulpe qui sert à la fabrication du papier. Certains de ces carburants peuvent même être utilisés dans les moteurs existants sans qu'aucune modification ne soit nécessaire.

Les électrocarburants constituent un autre type de carburant alternatif. En utilisant l'électricité pour combiner les molécules d'hydrogène dans l'eau avec le carbone dans le dioxyde de carbone, nous pouvons créer un carburant liquide qui fonctionne dans les moteurs existants. Le dioxyde de carbone utilisé par ce procédé est capturé directement de l’atmosphère, de sorte que la combustion d’électrocarburants n’ajoute pas aux émissions globales. Ils sont cependant très chers. Selon le carburant que vous remplacez, les électrocarburants peuvent coûter de 3 à 7 fois plus cher que les carburants fossiles. Et comme pour les VE, l'électricité utilisée pour les créer doit provenir de sources zéro carbone pour être une vraie solution.»

Pour Bill Gates, qui nous avait averti de la pandémie à venir il y a quelques années, sans qu’on y porte attention (sauf moi en fausse humilité… voir mon texte de février 2017 ICI) , les prévisions relatives aux changements climatiques sont les suivantes:

«On sait que la semaine dernière, plus de 600 000 personnes sont mortes de la COVID-19 dans le monde. Sur une base annualisée, c'est un taux de mortalité de 14 pour 100 000 personnes.

Comment cela se compare-t-il aux changements climatiques? Au cours des 40 prochaines années, les augmentations des températures mondiales devraient augmenter les taux de mortalité mondiaux du même montant - 14 décès pour 100 000 habitants. D'ici la fin du siècle, si la croissance des émissions reste élevée, le changement climatique pourrait être responsable de 73 décès supplémentaires pour 100 000 habitants. Dans un scénario d'émissions plus faibles, le taux de mortalité tombe à 10 pour 100 000. En d'autres termes, d'ici 2060, le changement climatique pourrait être tout aussi mortel que la COVID-19, et d'ici 2100, il pourrait être cinq fois plus meurtrier.

Il faudra des décennies pour développer et déployer toutes les solutions d'énergies propres dont nous avons besoin. Nous devons créer un plan pour éviter une catastrophe climatique - utiliser les outils zéro carbone dont nous disposons actuellement, développer et déployer les nombreuses innovations dont nous avons encore besoin et aider les plus pauvres à s'adapter à l'augmentation de température déjà inévitables.»

Concernant l’état général de la planète, à l’heure actuelle, 75% de la surface terrestre est altérée, 66% des océans subissent des impacts cumulatifs croissants et plus de 85% de la surface des milieux humides ont disparu[2]. Jusqu’à un million d’espèces différentes sont menacées de disparition[3] et 60% des populations de mammifères, oiseaux, poissons, reptiles et amphibiens ont diminué. Cette situation est critique pour la nature, mais aussi pour la santé et le bien-être humains. À titre d’exemple, à l’échelle mondiale, entre 235 et 577 millions$ des cultures agricoles sont à risque à cause de la disparition de pollinisateurs.

Spécifiquement au Québec, seulement 10,7% du milieu terrestre et 1,3% du milieu marin sont protégés, alors que l’un des objectifs fixés dans le cadre de la stratégie de la Convention sur la diversité biologique des Nations-Unies (objectifs d’Aichi) pour protéger la biodiversité et les écosystèmes visait à avoir protégé 17% des territoires terrestres et 10% des milieux côtiers et marins en 2020. À ce jour, 38 espèces fauniques et 78 espèces floristiques ont été désignées menacées ou vulnérables, et 115 espèces, sous-espèces ou populations de la flore et 433 espèces de la flore sont susceptibles d’être désignées comme tel.

Au Québec, le commissaire au développement durable, Paul Lanoie, a documenté l’indifférence de l’ensemble du gouvernement quand il est question de considérer ces instruments économiques pourtant essentiels à l’atteinte de l’objectif du gouvernement Legault de diminuer de 37,5% les émissions de GES en 2030 par rapport à 1990. Cette cible est en deçà, rappelons-le, de ce que recommande le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) pour éviter la catastrophe climatique, soit 50% pour 2030 et zéro émission en 2050. Le commissaire relève que les centaines de programmes d’aide financière gouvernementale, qui représentent un débours de 7,6 milliards par an, ne comprennent que très rarement des critères d’écoconditionnalité ou d’écoresponsabilité.

Selon la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques, cinq facteurs directs sont responsables des impacts les plus lourds sur l’environnement à l’échelle mondiale. Dans l’ordre décroissant, il s’agit de:

  • la modification de l’utilisation des terres et des mers;
  • des changements climatiques;
  • de la surexploitation directe des organismes et des ressources naturelles (par ex.: chasse, pêche, foresterie);
  • de la pollution;
  • des espèces exotiques envahissantes.

Ces dernières années, les cris d’alerte se sont multipliés pour dénoncer l’empreinte écologique des transports ou encore les méfaits du tourisme de masse, qui met sous tension les ressources, déséquilibre les écosystèmes locaux, met en péril les sites naturels et patrimoniaux, contribue au déplacement des populations et engendre de nombreux désagréments dans la vie quotidienne des résidents. Osons le dire: la transition écologique et le tourisme responsable sont incompatibles avec la massification des voyages.

Ce que la science dit avec insistance depuis plusieurs années, c’est qu’il faut laisser les combustibles fossiles dans le sol, cesser toute forme d’extraction, entreprendre immédiatement une transition vers des énergies renouvelables (dont le nucléaire, s’il le faut !) et commencer à capter les GES pour les retirer de l’atmosphère.

Un autre élément à considérer pour l’avenir de la Planète consiste à l’augmentation sensible des populations qui accentue d’autant la pression sur les ressources naturelles et par ricochet, les changements climatiques. Une lueur d’espoir (!), à ce chapitre semble poindre: en 1950, les femmes avaient en moyenne 4,7 enfants au cours de leur vie. Des chercheurs de l'Institute for Health Metrics and Evaluation de l'Université de Washington ont montré que le taux de fécondité mondial avait presque diminué de moitié à 2,4 en 2017 et leur étude, publiée dans le Lancet, prévoit qu'il tombera en dessous de 1,7 d'ici 2100.

En conséquence, les chercheurs s'attendent à ce que le nombre de personnes sur la planète culmine à 9,7 milliards vers 2064, avant de retomber à 8,8 milliards d'ici la fin du siècle. Les causes? Plus de femmes en éducation et au travail, ainsi qu'un meilleur accès à la contraception, ce qui conduit les femmes à choisir d'avoir moins d'enfants.

Pour terminer cette section, vous voulez savoir si vous êtes vous-même un ou une «climato-responsable», passez ce petit test du New York Times:

New Delhi on Nov. 1, top, and again in April.Credit Manish Swarup/Associated Press

5. LE MONDE CHANGE RAPIDEMENT. ET NOUS?

«La crise actuelle est non seulement sanitaire, humanitaire, économique et écologique: c’est une crise morale à laquelle nous sommes confrontés. Nous vivons dans un monde où nos actions sont en train de compromettre l’avenir de la vie.» - Dominic Champagne, le 28 mai 2020

Il y a ceux et celles qui veulent revenir comme avant et il y a ceux et celles qui veulent changer personnellement et professionnellement. De quel côté êtes-vous?

5.1 LES ACCÉLÉRANTS

La pandémie actuelle constitue un puissant accélérant de tendances technologiques et sociétales qui étaient déjà présentes dans notre société et envers lesquelles on doit réagir afin de rester pertinents en affaires et répondre aux besoins et aux attentes de nos clients touristiques en mutation:

  • Introspection sur nos existences

«Bien avant la pandémie. Nous nous éloignions les uns des autres. Subrepticement. Sans égard à l’âge ou au sexe. Les téléphones intelligents. Toujours à pitonner nerveusement à l’affût d’un texto, d’un balado, d’une vidéo, d’une photo.

Cela fait bien plus de dix ans qu’on parque nos aînés pour ne plus voir comment on sera plus tard. Sans téléphones intelligents. Qui, plusieurs d’entre eux, auraient-ils appelé de toute façon? Pour eux, le confinement avait commencé bien avant.

Si, au lieu de ces scénarios catastrophes à la Orwell ou tirés des blockbusters d’Hollywood, on préparait un après-COVID plus humain, où nous aurions le souci les uns des autres, la détermination de créer un monde meilleur, de sauvegarder notre environnement, de stimuler le contact entre les générations, en bref, de sauver l’humanité.» - L’écrivaine Huguette Poitras, 25 août 2020

  • Attraits des régions

Depuis quelques mois, le marché immobilier est hyperactif partout dans le monde occidental. Les gens recherchent des résidences ou des chalets en banlieue ou à la campagne. Les régions du Québec vont avoir la cote pour longtemps, surtout avec l’acceptation plus élargie du télétravail, en autant que l’accès à l’Internet rapide s’accélère. Voici un excellent texte de Bernard Vachon, Ph.D., professeur retraité du département de géographie de l’UQAM sur cette tendance lourde:

«Au télétravail, s’ajoutent trois autres facteurs pour expliquer la nouvelle attractivité des régions: la qualité de vie, le cadre de vie et l’autonomie alimentaire. Conjugués, ces quatre facteurs viennent amplifier l’exode métropolitain et accélérer le mouvement de reconquête des villes et villages en région dans la perspective, chez plusieurs, de vivre autrement.

Un contexte nouveau est en cours d’édification découlant d’évolutions récentes qui confèrent un caractère plus attractif à maints territoires:

  • l’essor du télétravail issu de l’économie du savoir et de la révolution numérique;
  • la quête d’une meilleure qualité de vie;
  • la valorisation des milieux naturels;
  • l’attrait du foncier et de l’immobilier à moindre coût, tant pour l’habitation que pour les espaces de bureaux ou de production manufacturière ou industrielle, etc.;
  •  le désir, chez un nombre croissant de familles, de cultiver ses légumes et de faire de petits élevages.

Le Québec des territoires est victime d’assèchement par l’hyperconcentration des forces économiques et démographiques sur les agglomérations de Montréal et de Québec, qui drainent talents et capitaux, ressources naturelles et soutien de l’État, et par des politiques peu sensibles aux réalités des petites villes et communautés rurales.

Les régions du Québec nous appellent, pas seulement en tant que touristes mais aussi pour un nouveau milieu de vie plus durable. Ici, les îles prés d’Unamen Shipu en Basse-Côte-Nord.

Mais l’exode urbain a débuté bien avant la pandémie. Il a fait perdre 178 067 personnes à Montréal dans ses échanges interrégionaux entre 2010-2011 et 2018-2019, dont 27 890 pour la seule année 2018-2019.

Après la vague de délocalisation d’entreprises manufacturières et industrielles vers des pays à faibles coûts de production et aux contraintes environnementales moindres, assisterons-nous à un mouvement de retour d’entreprises au pays, un phénomène de «relocalisation»? La poursuite du plus haut taux d’autosuffisance en biens manufacturés, associée à une conscience environnementale ayant fait de nouveaux pas, pourrait-elle conduire à une diversification élargie de notre structure industrielle et manufacturière, tout en accélérant l’adhésion aux principes de l’économie circulaire et le développement de nouvelles filières au tableau du développement durable? Ce qui impulserait de nouveaux moteurs de développement en région.

La pause à laquelle nous contraint la pandémie doit nous amener à réfléchir au sens de cette trajectoire et aux pertes qu’elle a causées dans son sillage. Elle doit nous conduire à nous interroger sur la façon de réintroduire l’humain au cœur de la vie économique et dans nos organisations sociales tels l’habitat, les relations métropole/région et ville/campagne, l’urbanisme de nos villes et villages, l’architecture de nos maisons, la vie de quartier. Revoir nos priorités à l’égard des milieux naturels, des espaces publics et communautaires, des transports, des terres cultivables. Nous amener à concevoir le développement du territoire, non plus en termes d’équations comptables, mais en termes de bien commun, une notion qui a été évacuée du modèle de développement pour céder toute la place à la croissance et au caractère individualiste de nos comportements. Comme le suggère le sociologue et philosophe français Edgar Morin: «…il faudrait que des forces se rassemblent dans un mouvement d’un type nouveau, avec une pensée qui sache qu’il y a une nouvelle politique qui utilise les besoins écologiques, qui soit sociale, qui soit fondée sur la solidarité et la lutte contre les inégalités. Il faut que cette nouvelle politique se dessine.»

Tout compte fait, il y a quatre logiciels à reprogrammer: 1. Celui du pouvoir politique pour qu’il soit libéré de l’emprise du pouvoir financier; 2. Le système économique pour en faire un outil au service du progrès social; 3. L’occupation du territoire pour plus d’équilibre centre/périphérie et ainsi dissiper les fractures économiques et sociales; 4. Nos cadres de vie pour favoriser un meilleur vivre-ensemble.

Il faut remettre l’économie au service d’un projet global de développement dont les collectivités territoriales seront au cœur. Il faut réapprendre à habiter notre territoire, à cultiver la terre, à respecter les cycles de la vie tant au sein de la nature qu’à celui des relations intergénérationnelles.»

  • Choisis ton camp!
    • Mondialistes versus nationalistes
    • Minorités versus majorités
    • Droits individuels versus droits collectifs
    • Montréal versus les «régions»
    • Multiculturalistes canadiens versus identitaires québécois
    • Sciences versus les «fausses vérités»
    • Touristes versus Voyageurs

Les temps présents ne sont plus aux nuances, au gris, mais au blanc ou au noir. Triste.

L’opposition entre le touriste (qui recherche ailleurs le même confort & les mêmes repères que chez soi: un séjour agréable est un séjour sans histoire) et le voyageur (qui sort de ses habitudes; veut goûter à l’inconnu, à l’exotisme & apprendre; transformation intérieure. Bref: un choix culturel, sensoriel & cognitif) s’accentue et vont se confronter dans la réalité de nos entreprises!

  • Complotisme, négationisme et désinformation

Il n’y a pas que Trump qui déconne. Par exemple, quand Mario Dumont écrit:

«J’ai toujours cru que l’action en matière de changements climatiques devait être progressive, tenir compte de l’économie. J’ai toujours cru que les gens ne voudraient pas arrêter de vivre…»  

C’est de la pure désinformation, car il est prouvé scientifiquement que pour combattre les changements climatiques, il ne peut plus y avoir de demi-mesures et que le développement et l’utilisation de nouvelles technologies vont créer des millions d’emplois… les travailleurs de Fort McMurray vont pouvoir continuer de travailler, mais dans un autre secteur!

La multiplication des vérités à travers les médias sociaux et leurs algortyhmes qui regroupent les gens qui pensent pareil nous amène vers le bas (un bel exemple: QAnon est une théorie conspirationniste qui, à ses débuts, en 2017, assurait que Donald Trump travaillait en secret à débarrasser le monde d’une cabale d’élites mondialistes responsable de tous les maux du monde) et un bref retour à faire confiance aux sciences au début de la pandémie s’est transformée dans un monde où de nombreuses personnes se trouvent dorénavant compétentes à affirmer des vérités qui n’en sont pas… Alors imaginez comment les changements climatiques sont et seront de plus en plus traités dans ce contexte…

Bref, on vit un règne malsain par les médias sociaux où mensonges/faussetés/médisance/lapidation se confondent avec honnêteté/vérité/lucidité/justice sous l’œil omnipotent des Mark Zuckerberg de ce monde.

  • Développements des technologies

Partout. Quelques exemples:

L’entreprise canadienne la plus évaluée à la Bourse est Shopify. Elle veut compétitionner Amazon.

Elle permet aussi aux petites entreprises une présence Web transactionnelle efficace et peu dispendieuse. L’achat direct aux PMEs, c’est ce qui va sauver des millions de petites entreprises, dont en tourisme. En autant que votre présence Internet soit minimalement efficace. Dans mon article d’avril dernier, d’ailleurs, j’indiquais qu’en hôtellerie, il faut trouver une manière de canaliser les ventes en soutenant financièrement pour 3 ans minimum, une plateforme transactionnelle québécoise afin que des gens comme moi, qui dépensons des milliers de dollars au Québec annuellement via les Trivago et les Booking.com de ce monde, puissent migrer vers celle-ci permettant d’augmenter sensiblement les revenus des hôteliers québécois en coupant la commission aux OTA (agences en ligne). Je constate qu’à part les appels à l’achat en direct des associations hôtelières, rien ne s’est fait en ce sens…

Et en hôtellerie, avec les mesures sanitaires qui vont perdurer, tout ce qui peut éliminer les contacts humains (allô l’expérience!!) sera remplacé par la techno. Google est la dernière grande entreprise à s’y intéresser. La distanciation et autres mesures sanitaires ont encouragé les Hilton et Marriott de ce monde à développer des applications d’enregistrement et de sélection des chambres à même nos téléphones intelligents. Mais Google veut aller plus loin, jusque dans la chambre à coucher. Nest Hub, annoncée le 26 août dernier, permet un séjour sans contact. Aseptisé par la techno! La prochaine étape: on dort debout pour éviter les punaises de lit?

  • Ralentissement de l’homogénésiation des destinations touristiques

Les voyageurs longs-courriers vont devenir majoritaires (versus les touristes) et ils rechercheront la diversité, l’authenticité non galvaudée et seront prêt à payer le prix. Or, depuis quelques décennies, la mondialisation a provoqué plutôt l’uniformisation et la banalisation des expériences en tourisme. Les lieux d’expériences authentiques potentiels sont devenus rarifiés, mais sont très élevées dans plusieurs régions du Québec, sauvegardées par un sous-développement touristique.

  • Surconsommation

Au Canada, entre 1990 et 2015, les ménages sont passés de 15 à 23 appareils électriques en moyenne par foyer, la surface des logements a bondi de 122 m2 à 143 m2 , alors même que la taille des ménages passait de 2,8 à 2,5 personnes (RNCan, 2020).

Sans compter tous ces produits jetables, l’obsolescence programmée et l’usage unique du plastique de retour en accéléré avec la COVID.

Le niveau de consommation des foyers québécois a maintenant rejoint son niveau normal depuis l’arrivée de la pandémie.

  • L'Internet des objets

«Tout objet domestique contient de l’électronique. C’est pratique (…) mais l’information va aussi à Google, Facebook et aux gouvernements. Cela donne un potentiel énorme de contrôle et de surveillance, et c’est déjà là, ce n’est pas dans le futur. Il y a des sociétés qui développent des technologies qui permettent aux employeurs de voir ce que leurs employés ont sur leur écran d’ordinateur, de vérifier vos frappes sur le clavier, et, si vous vous éloignez de votre écran, de comptabiliser ça comme une pause. Ce n’est pas inévitable, de même que le changement climatique n’est pas inévitable. On peut laisser ça se produire, ou l’arrêter. Si on laisse ces géants technologiques contrôler notre vie, c’est ce qui se passera. Ça ressemblera à la Chine, où il y a des systèmes de "crédits" sociaux, de la technologie de reconnaissance faciale partout. Tout ce que vous faites est surveillé. Vous traversez au mauvais endroit, vous pouvez perdre des crédits.» – Le philosophe Noam Chomsky

  • Télétravail

Longtemps revendiqué par plusieurs et en un temps record imposé depuis le printemps dernier à plusieurs, le télétravail signe maintenant la nouvelle normalité pour de nombreux travailleurs. Sans possible retour en arrière. Avec ses avantages en flexibilité et en conciliation travail-famille, mais aussi avec son lot d’isolement, de dépendance et de contrôle et sans collectif immédiat pour négocier la répartition des fruits de l’augmentation de la productivité induite par cette nouvelle organisation du travail.

  • Le développement de l’industrie de la sécurité sanitaire

Qui sera au coronavirus ce que la plantureuse industrie de l’hypersécurité a été au 11 septembre 2001.

  • Déficit démocratique et perte de confiance dans la politique

Dérives graves du pouvoir effectuées par Bibi en Israël, Jair au Brésil, Viktor en Hongrie, Recep en Turquie, Donald aux USA, Xi en Chine et Vladimir en Russie.

  • GAFAM (les 5 Américaines qui dominent le numérique: Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft)

Elles dominent aussi nos vies. Elles grossissent sans cesse. Le nouveau pouvoir! Lequel se cache de plus dans les paradis fiscaux. Un seul exemple? Amazon, avec son «projet Constellation The Kuiper», vient d’avoir l’accord des autorités américaines pour déployer 3 236 satellites afin d’assurer l’accès à Internet partout sur la planète. Imaginez, il y a seulement 2 600 satellites actifs en 2020… Le ciel étoilé ne sera plus jamais pareil.

Parlant de paradis fiscaux, tant que la Caisse de dépôt et placement du Québec et les autres gros fonds souverains des gouvernements ne se retireront pas eux-mêmes des paradis fiscaux, les entreprises continueront de les utiliser elles-mêmes au maximum en vue de payer le moins possible d’impôts au détriment de la majorité des citoyens. Une des grandes injustices de nos sociétés!

Même la privatisation du ciel! Depuis que le groupe Starlink a lancé ses satellites en mai 2019, plusieurs astronomes amateurs se plaignent de leurs traces brillantes dans le ciel, tel qu’observé ici par le «Cerro Tololo Inter-American Observatory» au Chili. Imaginez les 3 236 nouveaux satellites d’Amazon qui se rajoutent sous peu…

  • Le monde financier versus la réalité économique

Depuis le début de la pandémie, il est surréaliste de constater l’écart de la santé financière des investisseurs à la Bourse et la réalité économique. La bulle va bientôt dégonfler?

Les sociétés cotées en Bourse en sont venues graduellement, depuis les années 1980, à œuvrer presque exclusivement pour maximiser la création de valeur pour leurs actionnaires.

Au moins, ces sociétés devraient désormais être responsables, non seulement de leurs performances financières, mais tout autant de l’atteinte d’objectifs précis en matière d’environnement (E), d’enjeux sociaux (S) et de gouvernance (G). Pour les grandes entreprises tout particulièrement, le triplé ESG, de facto le modèle des parties prenantes, est devenu une caractéristique essentielle de la gouvernance. Puis, signe des temps, quelque 181 p.-d.g. des grandes sociétés américaines ont pris l’engagement, il y a un an à peine, de donner à leurs entreprises une nouvelle «raison d’être» comportant un «engagement fondamental» envers leurs clients, leurs employés, leurs fournisseurs, leurs communautés, leur environnement et, ultimement, leurs actionnaires. À suivre.

  • Agriculture locale, biologique, moins de viande et bien-être des animaux

La démondialisation a commencée. Heureusement. L’autonomie alimentaire est réaliste au Québec et ce à l’année. «Le rapport aux saisons est complètement mort!», s’exclame Élisabeth Cardin, copropriétaire du restaurant Manitoba à Montréal, qui se consacre à la cuisine du terroir. Pour manger localement en hiver, il faut briser le «mythe des patates bouillies et du navet trop cuit», croit-elle. «Quand c’est la saison des récoltes, j’achète des fruits et légumes en grande quantité et je les transforme de trois, quatre manières différentes», explique-t-elle. Même si la restauratrice reconnaît que tout le monde n’a pas le temps de mettre en conserve, de faire fermenter ou de congeler des aliments, elle est «fascinée d’à quel point c’est facile» de manger local toute l’année.

Et l’enjeu de la réduction de notre consommation de viande est d’autant plus important que 37,3% des émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole au Québec proviennent de la fermentation entérique des animaux, autrement dit de leur digestion. Or, on parle ici d’émissions de méthane. Sachant que ce gaz est 86 fois plus dommageable pour le climat que le CO2 sur un horizon de vingt ans, nous avons tout intérêt à porter une attention particulière à ce GES, puisque l’on dispose de moins de dix ans pour éviter le point de bascule climatique. La viande et les produits laitiers ne fournissent que 18% de nos besoins caloriques et 37% de nos besoins en protéines alors que leurs productions accaparent 83% des terres agricoles dans le monde.

Sollio Groupe Coopératif (auparavant La Coop fédérée qui comprend BMR et Olymel) priorise avec raison:

  • Augmentation de la productivité
  • Accroissement de l’autonomie alimentaire et exportation
  • Développement de la vitalité des régions
  • Soutien à l’économie durable (dont les circuits courts)
  • Valorisation des métiers de première ligne

Il faut donc cesser de globaliser la nourriture et localiser nos aliments.

  • Nos gros chars: les véhicules sont de plus en plus gros et de plus en plus vides

Et alors que tous les autres secteurs de transport (maritime, ferroviaire, aérien) ont diminué ou très peu augmenté leurs émissions de gaz à effet de serre (GES), le transport routier émet 50% de plus de GES qu’en 1990. «L’amélioration de l’efficacité énergétique ne nous a pas permis d’économiser de l’essence, elle nous a permis d’avoir de plus gros chars. C’est un peu absurde», ajoute Catherine Morency, professeure spécialiste en génie du transport de Polytechnique Montréal et titulaire de deux chaires de recherche sur la mobilité.

Plusieurs enjeux actuels sont associés à l’omniprésence de l’automobile et des véhicules de loisirs dans nos milieux de vie: augmentation de la part du budget des ménages dédiée aux dépenses de transport, accidents routiers, congestion et pertes de temps en découlant, maladies associées à la diminution du niveau d’activité physique, consommation d’espace favorisée par l’étalement urbain, perte d’indépendance par les enfants et les adolescents, dépendance à l’automobile pour pouvoir se déplacer, coûts collectifs importants des infrastructures, iniquité sociale, etc.

  • Appréciation des travailleurs essentiels sous-payés (résidences pour personnes âgées, éboueurs, etc.)

La pandémie permet de vérifier ce constat fait par l’anthropologue David Graeber, que plus un emploi est utile à la société, moins il est payé et considéré. On découvre soudain l’importance cruciale des gens dont nous dépendons pour nous soigner, nous nourrir, nous débarrasser de nos ordures, et qui sont les premiers exposés à la COVID-19.

Les villes vont accélérer partout en Amérique et en Europe les aménagements défavorisant l’automobile et intégrant encore plus la nature dans les villes.

Citons le remodelage en faveur des cyclistes et des piétons: Athènes accélère les plans pour un centre historique sans voiture, Berlin introduit 14 milles de nouvelles pistes cyclables et Paris augmente également considérablement ses pistes cyclables, pour faciliter surpeuplement potentiel.

  • Croissance des achats numériques

Avec comme conséquence la fermeture de commerces de proximité/centres commerciaux et le transport élevé des marchandises pour assurer la livraison à domicile entraînant une hausse sensible de la circulation et de la pollution atmosphérique, conjugué avec le télétravail, pas surprenant que l’espace commercial au centre-ville de Montréal perds de sa valeur et vit une crise majeure.

5.2 PISTES DE SOLUTIONS POUR UN MONDE MEILLEUR

«Ça va amener une réflexion où les gens vont dire "Attends une minute, voici les affaires qu’il nous faut faire différemment. Et tant qu’à réinvestir et à relancer, faisons-le de façon durable" » - Monique Leroux, ex-présidente du Mouvement Desjardins de 2008 à 2016

Les gouvernements ont des approches différentes: la France avec un investissement de 20 MM d’Euros s’en va résolument vers des énergies et un développement durables, tandis que les États-Unis, la Chine (qui ouvre de nouvelles mines de charbon!) et le Canada n’ont pas de plans en ce sens et au contraire, veulent soutenir le développement des énergies fossiles en coupant dans les évaluations environnementales[4]! En ce qui concerne le Québec, la relance par l’ex-projet de loi C-61, reportée à cet automne, devrait être une occasion pour le Québec tout entier de se donner des objectifs et une vision commune pour un avenir durable, mais pour le moment il n’en est rien: investissons des milliards dans des infrastructures qui ne font que perpétuer nos façons de faire actuelles, mais qui ne mènent nulle part!

Je vous présente ici des démarches inspirantes pour notre planète, lesquelles se sont mis en branle ou se sont accélérées depuis l’arrivée de la COVID-19. Vous verrez le dynamisme à plusieurs endroits sur la planète mais au Québec, pour le moment, ce sont essentiellement les forces vives de la société civile et d’anciens leaders qui poussent vers le changement. Les gouvernements québécois et du Canada ne proposent aucunement une vision d’avenir pour un monde plus juste et meilleur, surtout un monde résilient face à la tempête prochaine des changements climatiques. Je connais notre premier ministre depuis que j’ai vendu mon agence de voyages à Transat en 1996. Je sais qu’il est une personne foncièrement honnête et qui veut le bien de la population du Québec. Je l’ai d’ailleurs soutenu bénévolement pendant quelques années en politique dans Lanaudière. Je souhaite de tout cœur qu’il aura le courage de changer profondément nos façons de voir le Québec à court terme en dégageant un projet de société innovant dont on peut très bien se doter, bien au-delà du simple rendement économique.

A. Le «Green New Deal»

«Pour résoudre la crise climatique, on agit d’ordinaire en créant par exemple une taxe carbone, qui rend l’énergie et l’essence plus chères. Mais dès que l’économie ralentit, c’est la première chose qui est supprimée, pour soulager les populations. Le «Green New Deal» ne place pas la taxe carbone au centre, il s’articule autour de la création d’emplois.» - Naomi Klein

L’idée est claire, avec le Green New Deal: en transformant les infrastructures et nos modes de production/transport/consommation à l’échelle recommandée par les scientifiques, l’humanité a une occasion rarissime de corriger un système économique qui nuit à une majorité de la population. Ce qui détruit la planète est en train de détruire la qualité de vie d’une majorité: stagnation des salaires, fragmentation de la société, inégalité et effritement des services publics, pour ne nommer que ceux-là.

Dans un article paru dans Le Devoir, on y apprend que chaque million de dollars américains investi dans les énergies renouvelables créerait trois fois plus d’emplois que la même somme investie dans les combustibles fossiles.

«L’Agence internationale pour les énergies renouvelables veut faire la démonstration qu’une relance post-COVID axée sur la transition, l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables ne s’oppose pas à l’urgence d’une reprise économique rapide aux retombées immédiates.

La part des énergies renouvelables dans la demande totale d’énergie finale a très faiblement progressé, de 9,6% en 2013 à 11% en 2018 […] Les énergies renouvelables se sont certes fait une place dans le secteur de l’électricité (avec une part de 26%), mais restent encore marginales dans la production de chaleur et de froid (10%) et, plus encore, dans les transports (3%)», écrivait REN21.

Dans une présentation récente devant le CORIM, le président du Conseil mondial de l’énergie, Jean-Marie Dauger, rappelait que les hydrocarbures «couvrent encore près des deux tiers des besoins à l’horizon 2040, voire 2050».

En octobre dernier, le Fonds monétaire international réitérait que «la taxe carbone est l’instrument le plus puissant et le plus efficient» dans la lutte contre les changements climatiques. Mais à un prix qui se doit d’être incitatif. Seulement une cinquantaine de pays ont mis en place une forme ou une autre de tarification, pour un prix mondial moyen du carbone équivalant à 2$ US la tonne. Or, pour rester sur la trajectoire d’un réchauffement de la planète sous les 2 °C, cette moyenne mondiale devrait être d’au moins 75$ US la tonne, disait le FMI.»

Après la Grande Dépression des années 1930, le «New Deal» du président Franklin Delano Roosevelt permit aux Américains de remettre au travail des millions de travailleurs avec de vastes travaux d’infrastructures.

Le «Green New Deal» américain, quant à lui, est actuellement porté par le parti démocrate, surtout les leaders à la gauche du parti tels que Berny Sanders et la jeune représentante de New York Alexandria Ocasio-Cortez. Si Biden est élu, plusieurs des éléments de ce plan pour sauver la planète seront mis en place, à l’opposé de Trump qui a sabré dans de multiples lois sur la protection environnementale et de soutien à la santé et aux familles.

Voici les grands éléments de ce plan pour la planète, mais ici adapté pour les États-Unis:

  • Énergies renouvelables

Répondre à 100% de la demande d'électricité aux États-Unis grâce à des sources d'énergie propres, renouvelables et à émission nulle. Ce serait un revirement massif de la politique énergétique américaine. Les énergies renouvelables - y compris l'hydroélectricité, l'éolien, la biomasse, le solaire et la géothermie - représentent actuellement environ 20% de la production d'énergie aux États-Unis, à peu près à égalité avec l'énergie nucléaire, comme le souligne l'Agence américaine d'information sur l'énergie. Le gaz naturel représente la plus grande part - environ 32% - et le charbon n'est pas loin derrière, à 30%. Selon les projections actuelles, les énergies renouvelables représenteront environ 31% de la production d'énergie aux États-Unis d'ici 2050, avec de fortes baisses pour le nucléaire et le charbon.

  • Efficacité énergétique

Modernisation de tous les bâtiments existants aux États-Unis et construction de nouveaux bâtiments pour atteindre une efficacité énergétique maximale, une efficacité de l'eau, la sécurité, l'accessibilité, le confort et la durabilité, y compris grâce à l'électrification.

  • Transport

Rénover les systèmes de transport aux États-Unis pour éliminer autant que possible la pollution et les émissions de gaz à effet de serre du secteur des transports, notamment en investissant dans (i) l'infrastructure et la fabrication de véhicules à zéro émission; (ii) transports publics propres, abordables et accessibles; et iii) train à grande vitesse

  • Solutions «low-tech»

Éliminer les gaz à effet de serre de l'atmosphère et réduire la pollution, notamment en restaurant les écosystèmes naturels grâce à des solutions éprouvées de faible technologie qui augmentent le stockage du carbone dans le sol, telles que la préservation et le reboisement.

  • Les vaches et le changement climatique

Travailler en collaboration avec les agriculteurs et les éleveurs aux États-Unis pour éliminer la pollution et les émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole, dans la mesure du possible sur le plan technologique.

  • Emploi, congés, vacances et retraite garantis

Garantir à tous les citoyens des États-Unis un emploi avec un salaire de subsistance minimum décent, des congés familiaux et médicaux adéquats, des vacances payées et une sécurité de la retraite.

  • Droit du travail

Renforcer et appliquer les normes du travail, de la santé et de la sécurité au travail, de la lutte contre la discrimination et des salaires et heures de travail dans tous les employeurs, industries et secteurs.

  • Propriété publique

Fournir et tirer parti, d'une manière qui garantit que le public reçoit des participations appropriées et un retour sur investissement, des capitaux adéquats (y compris au moyen de subventions communautaires, des banques publiques et d'autres financements publics), une expertise technique, des politiques de soutien et d'autres formes d'assistance aux communautés, aux organisations, aux agences gouvernementales fédérales, étatiques et locales et aux entreprises travaillant à la mobilisation du Green New Deal.

  • Fournir un enseignement supérieur

Fournir des ressources, une formation et une éducation de haute qualité, y compris un enseignement supérieur, à tous les habitants des États-Unis, en mettant l'accent sur les communautés de première ligne et vulnérables, afin que ces communautés puissent être des participants à part entière et égaux à la mobilisation du Green New Deal.

  • Syndicats

Renforcer et protéger le droit de tous les travailleurs de s'organiser, de se syndiquer et de négocier collectivement sans coercition, intimidation et harcèlement.

  • Accords commerciaux

Promulguer et appliquer des règles commerciales, des normes de passation des marchés et des ajustements aux frontières avec de fortes protections du travail et de l'environnement.

  • Premières Nations

Obtention du consentement libre, préalable et éclairé des peuples autochtones pour toutes les décisions qui concernent les peuples autochtones et leurs territoires traditionnels, respect de tous les traités et accords conclus avec les peuples autochtones, et protection et application de la souveraineté et des droits fonciers des peuples autochtones.

  • Soins de santé, logement, sécurité, air et eau purs, nourriture saine et nature

Fournir à tous les habitants des États-Unis: (i) des soins de santé de haute qualité; (ii) un logement abordable, sûr et convenable; (iii) la sécurité économique; et (iv) l'accès à l'eau potable, à l'air pur, à une nourriture abordable et à la nature.

Ce plan repose sur la création élevée de nouveaux emplois rattachés à la production des énergies renouvelables.

Trop optimiste? Dans le documentaire produit récemment par Michael Moore «Planet of the Humans» on nous met en garde contre les «solutions faciles» de l’éolien et du solaire, alors que les mêmes lobbys et multinationales énergétiques vont contrôler ces nouveaux marchés; qu’on ne peut toujours pas emmagasiner l’énergie avec ces technologies et que pour fabriquer les panneaux solaires on a besoin du charbon, donc des énergies fossiles… bref, on ne serait pas mieux avancés avec ces filières! On remplacerait ainsi les gros méchants marchands de pétrole par de gros méchants du solaire, sans régler notre problème énergétique et climatique!

Personnellement, je crois qu’il faudra apprendre à marcher en marchant… et qu’on n’a pas le choix d’expérimenter à grande échelle avec les ajustements qui seront nécessaires, sinon Planet of the Humans est carrément déprimant.

B. Le modèle du «beigne hollandais»

Inspiration pour le XXIe siècle? Un autre modèle de développement économique émergent qui se passe à Amsterdam depuis 2012, dont d’autres pays s’inspirent actuellement, tel que le plan «Regenerate Costa Rica». Il vise à trouver l’équilibre entre croissance et bien-être. Répondre aux besoins des gens dans le respect de notre planète et ne pas tout ramener aux «isme»: capitalisme, socialisme, féminisme, racisme… Il y a entre autres 9 systèmes qui supportent la planète, à la frange du beigne. Voyez la courte vidéo très bien présentée.

Tout le monde, toute la société d’une ville, d’une province, d’un pays est inclus dans le beigne. Personne n’est laissé à lui-même, sans pouvoir répondre à tous les besoins humains fondamentaux. Il n’y a pas que des crises climatiques, de la santé ou de l’économie; chacune distincte: tout est relié et ça change les façons de faire des décideurs, des politiciens… Au lieu de viser une croissance sans fin, il faut viser vers le mieux-être et la résilience…

Parlant de durabilité à Amsterdam, les autorités municipales - qui avaient du mal à faire face à environ 18,3 millions de nuitées touristiques en 2019 - espèrent également que la pandémie sera un catalyseur de changement. En mai dernier, le maire a appelé à une extrême prudence, lors de la réouverture aux touristes, tandis que le groupe à but non lucratif Amsterdam & Partners estime que la pause touristique pousse au sommet de l'ordre du jour, l’objectif de réduire leur nombre, de rendre Amsterdam aux habitants et d'attirer le «bon» type de visiteurs, et a lancé un groupe de travail sur la durabilité pour tracer la voie à suivre.

Le beigne hollandais

C. La convention citoyenne française

150 citoyens volontaires français ont rédigé récemment la Convention citoyenne pour le climat afin d’assurer la transition écologique et réduire les émissions de gaz à effet de serre portant sur de multiples volets, dont la rénovation énergétique du parc immobilier, la lutte contre l’artificialisation des sols et l’obsolescence programmée, la publicité, le fret, ou encore l’éducation et l’environnement.

Lisez bien le résultat: 146 sur 149 de leurs suggestions furent retenues par le gouvernement président Macron. Parmi celles-ci: interdiction des publicités de VUS, des semences génétiquement modifiées, des trajets intérieurs en avion (lorsque prendre le train est possible!!!), moratoire sur les nouvelles zones commerciales en périphérie des villes, fin de l’artificialisation des sols, etc.

Macron a par ailleurs promis de tenir deux référendums sur ces propositions d’ici 2021.

L’un porterait sur l’ensemble des 146 mesures retenues. L’autre demandera aux Français s’ils sont d’accord pour inscrire les notions de biodiversité, de protection de l’environnement et de lutte contre le dérèglement climatique dans l’article 1 de la Constitution du pays.

En juillet, le nouveau premier ministre Jean Castex annonça un plan de 20 MM d’Euros pour concilier transition écologique et pouvoir d’achat. Et pour respecter les objectifs de la stratégie nationale bas carbone dans trois secteurs les transports, le bâtiment et l’énergie . Il s’agira également «d’accompagner individuellement les Français», par le financement des projets de rénovation thermique ou la prime à la conversion pour les véhicules les plus polluants. Le premier ministre a également promis d’accélérer les investissements dans les filières agricoles afin de développer une «alimentation de qualité, locale, accessible dans tous les villes et villages», ainsi que de mettre en place un «plan vélo très ambitieux et contractualisé avec les collectivités territoriales», notamment pour investir dans les vélos électriques. D’ici à la fin 2021, tous les territoires devront être dotés de «contrats de relance et de développement écologiques». S’il a abordé plusieurs de ces grands objectifs, Jean Castex a repris deux propositions précises de la Convention citoyenne pour le climat, dont il a salué le «remarquable travail»: il a annoncé un moratoire pour l’installation de nouveaux centres commerciaux dans les zones périurbaines et la régulation de la publicité pour «réduire les incitations à la surconsommation de produits polluants».

Tout ça depuis l’arrivée de la pandémie. Quelle leçon de démocratie et de vision commune!

D. Le Québec

Et ici au Québec, on parle encore, en ce beau mois de septembre, de rallonger des autoroutes comme projet de relance post-pandémique de notre société!

Après les États-Unis, le Québec et le Canada sont les deux gouvernements de l’OCDE prélevant le moins de taxes liées à l’environnement. Dans la province, seulement 3,6% de la recette totale des taxes relève de ce domaine, tandis que la moyenne de l’OCDE est de 6,8%.

Le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) doit faire connaître cet automne sa stratégie de lutte contre les changements climatiques. Le projet de loi 44 vise «la gouvernance efficace de la lutte contre les changements climatiques et à favoriser l’électrification». Or, dans la réalité, ce projet de loi vise essentiellement la gestion des sommes du déficient Fonds vert québécois qu’alimente la plus importante mesure d’écofiscalité au Québec, soit une taxe de 4 cents sur le litre d’essence.

La réaction du gouvernement du Québec, au printemps dernier, fut d’annoncer le projet de loi C-61 avec ses 202 projets d’infrastructures pour relancer l’économie. Parmi les projets, on en trouve 39 de rénovation d’écoles, 90 en santé, notamment des rénovations de CHSLD, d’agrandissement d’hôpitaux et de construction de Maisons des aînés, mais aussi une amorce plus rapide de 34 projets routiers.

Deux ingénieurs de l’Université de Toronto et de Cambridge écrivaient le mois dernier dans le New York Times:

«La plupart des pays développés ont déjà des réseaux routiers efficaces; ils peuvent être maintenus, mais les avantages économiques de l'expansion sont marginaux et les inconvénients importants. La construction de routes est destructrice pour l'environnement et favorise l'étalement urbain, la congestion, la pollution de l'air et les inégalités. Le défi, hier et aujourd'hui, est de trouver un équilibre entre les exigences politiques et économiques pour créer immédiatement des emplois et les demandes prospectives de mesures significatives vers un futur. L'Amérique a échoué à ce défi en 2009. Peut-elle réussir cette fois?

La Nouvelle-Zélande est un chef de file mondial dans le domaine de la reprise après sinistre, ayant récemment reconstruit des sections de la ville de Christchurch après un tremblement de terre en 2011. Sa plus grande leçon a été de définir les priorités. Cette année, il se lance dans un plan de «reconstruction» Covid-19 qui commence par un investissement prêt à l'emploi, qui sera suivi de projets de transformation et de génération. En Nouvelle-Zélande et en Australie, ces projets comprennent des investissements dans des jardins d’enfants, des bus, des pistes cyclables, des voies piétonnes urbaines et des améliorations de la protection contre les inondations.

Ces projets à court terme et à orientation sociale créent l'espace politique et économique nécessaire pour s'attaquer à la phase suivante, beaucoup plus vaste. L'infrastructure nationale a besoin de plus de planification, de plus d'argent et de plus de temps que les dépenses de relance immédiates ne peuvent en fournir. Dans notre course à l'impact et au changement, les mégaprojets - comme le train à grande vitesse interurbain - ne devraient pas être accélérés sous prétexte qu'il n'y a pas le temps de délibérer.»

Le gouvernement du Québec va lancer sous peu son Plan de relance d’une économie verte. Quel rôle le tourisme va-t-il y jouer? Dans la partie III de cette trilogie, je me permets plusieurs recommandations.

Benoit Charette, ministre de l’Environnement du Québec, confirmait que la cible fixée par le gouvernement Charest en 2009, de diminuer de 20% en 2020 les émissions de GES par rapport à leur niveau de 1990, était hors de portée. Pour une troisième année en 2017 (les dernières données disponibles), le Québec a fait du surplace. Avec un recul de 8,7% des émissions depuis 2009, on est donc encore très loin de l’objectif de 2020 et à des années-lumière de la cible d’une baisse de 37,5% en 2030, cible que le gouvernement caquiste a reprise à son compte.

On sait qu’au Québec, compte tenu de notre profil énergétique, c’est du transport routier, qui représente 35% des émissions de GES au total, que doit provenir une grande partie de la réduction visée pour 2030.

Source : ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, 2019

Note: ne sont pas comptabilisés :

  • les émissions liées à notre consommation de biens et de services qui viennent d’ailleurs (tout ce que l’on importe d’Asie par exemple, et les serveurs de données numériques hors Québec) ;
  • les émissions des vols internationaux (on ne comptabilise que les vols intérieurs) ;
  • les impacts de la modification du territoire qui réduisent notre capacité d’absorber les GES (coupe de forêts, destruction de tourbières et milieux humides, etc.).

Le gouvernement Legault veut qu’un million et demi de véhicules électriques circulent sur les routes du Québec d’ici 10 ans, soit près de 30% du parc automobile. Il s’agit de l’une des 40 cibles comprises dans sa politique-cadre de lutte contre les changements climatiques, son très attendu «Plan pour une économie verte», qu’a pu obtenir La Presse en juin dernier. Le 31 décembre dernier, le Québec comptait environ 66 000 véhicules électriques immatriculés, à peine 1,3% du parc automobile. Et l’an dernier, «seulement 7% des véhicules individuels nouvellement immatriculés étaient des véhicules électriques», note-t-on.

«Si on vise 1,5 million de véhicules électriques et qu’on les subventionne à 8000$ chacun… cela fait 12 milliards de dollars. C’est beaucoup d’argent pour des véhicules importés et pour une économie qui cherche une relance, selon l’expert Pierre-Olivier Pineau. De plus, rien n’est budgété pour ces 12 milliards.

Sur papier, l’objectif de ce plan vert est de réduire de 37,5% les émissions de gaz à effet de serre (GES) au Québec d’ici 2030 par rapport au niveau de 1990. Or, selon les calculs d’un expert consulté par La Presse, Québec sera loin du compte. Les mesures de la politique ne permettent de réduire les émissions de GES que de 24%, estime-t-il.

Avec les mesures contenues dans la politique, le Québec réduirait ses émissions de GES de 16,5 mégatonnes, plutôt que de 28,4 mégatonnes, l’objectif fixé par l’accord de Paris.

Dans un autre registre, le Québec, depuis des années, n’utilise pas tous ses outils pour encourager le respect de la planète.

Le gouvernement assure qu’il veut recourir davantage aux mesures fondées sur les principes de l’écofiscalité, de l’écoconditionnalité et de l’écoresponsabilité. Il s’agit par exemple de taxes sur les produits polluants, de subventions conditionnelles au respect de critères environnementaux ou de crédit

Or, le commissaire au développement durable, Paul Lanoie, constate que le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) et les comités interministériels qu’il préside n’ont pas su orienter l’appareil étatique dans cette direction. Par ailleurs, l’efficacité des mesures existantes est rarement évaluée, si bien qu’il est difficile de savoir si elles contribuent réellement à la protection de l’environnement et à la diminution des émissions de gaz à effet de serre (GES). Par ailleurs, les objectifs en la matière de la Stratégie gouvernementale de développement durable 2015-2020 ne sont pas précis. Si bien que, depuis 2015, seulement huit nouvelles mesures ont été mises en place.

Quant aux subventions offertes par Québec — qui sont rarement conditionnelles à l’atteinte d’objectifs environnementaux —, le résumé du rapport du commissaire fait mention d’une «occasion manquée». «Malgré un budget estimé de 7,6 milliards de dollars en 2018‑2019, l’octroi de l’aide financière par le biais des programmes normés est rarement lié au respect de conditions environnementales ou à des critères d’écoresponsabilité», a déclaré M. Lanoie lors de la présentation du document à l’Assemblée nationale.

Pire, le projet de loi 44 prévoit notamment l’abolition du Conseil de gestion du Fonds vert, un organisme indépendant qui attribue les 1,8 milliard à des projets visant notamment à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES). C’est le ministre de l’Environnement, Benoit Charrette, qui déciderait donc lui-même d’allouer les fonds. De la pure politique!

Et le «plus pire»? La Loi sur le développement durable promulguée en 2005 avec ses 16 principes établies mais jamais respectés surtout pas par le Ministère du Tourisme sinon ça ferait longtemps que les subventions massives à des événements comme la F-1 seraient abolies…

«Si l’argent est investi au bon endroit, dans une structure économique différente, on pourrait alors avoir une réduction en émissions qui pourrait durer dans le temps. Si les gouvernements n’ont pas la vision nécessaire pour mettre en place un plan à grande échelle, on va vite retourner à notre point de départ, voire pire.» La climatologue québécoise Corinne Le Quéré est professeure à l'Université d'East Anglia, au Royaume-Uni. Elle est membre de la prestigieuse société savante Royal Society, qui regroupe les grands scientifiques de la planète.

Les idées innovantes ne manquent pourtant pas au Québec. Des dizaines de sommités et de leaders se manifestent. L’initiative la plus achevée est sans conteste celle des «101 idées pour la relance du Pacte pour la transition»

La militante et écologiste Laure Waridel, à ce propos, indique qu’une économie qui pollue au point de menacer notre santé et notre sécurité, celle qui provoque des bouleversements climatiques et la perte de biodiversité, celle qui facilite l’éclosion d’épidémies d’origine animale comme la COVID-19, n’est pas viable.

«Veut-on relancer une économie mondialisée qui carbure à l’exploitation environnementale et sociale? Celle où les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent? Les décideurs peuvent s’inspirer des 101 idées pour la relance du Pacte pour la transition. Issue d’un travail de coconstruction entre citoyens, scientifiques et économistes, cette synthèse propose les bases pour une relance verte et juste.»

Le Pacte pour la transition avec Laure Waridel et Dominic Champagne est un collectif de citoyens, scientifiques, économistes et écologistes qui apporte des solutions concrètes  à la crise. Sera-t-il écouté par notre gouvernement?

L’instigateur de ce mouvement, l’auteur Dominic Champagne, rajoute dans un excellent texte:

«Tout ce qui contribue à la dégradation de notre monde: la surconsommation, et de la pétrochimie à outrance, l’évasion fiscale et le soutien aux entreprises qui la pratiquent, l’agriculture et l’alimentation industrialisées, le tourisme de masse et l’usage de l’avion, à commencer par les jets privés, la production de produits de luxe, la surexploitation de nos forêts, la surpêche, la destruction des milieux naturels, des océans, des rivières.»

Il y a également le Conseil Québécois de l’environnement qui écrivait en juin dernier: «Vers une économie viable. Cela implique un plan de transition qui met la science, la justice et la qualité de la vie au cœur des choix d’investissement de fonds publics qui vont façonner les dix prochaines années. D’abord faire croître ce qui est essentiel. Rêvons un peu. On constate à la dure qu’on ne peut plus laisser nos vieux vivre et mourir ainsi. On va faire de la dignité de leur avenir une priorité.

«Dans cette logique, il faudrait notamment se poser la question du bien-fondé de construire, sans débat public préalable, autant de nouveaux CHSLD et de Maisons pour aînés plutôt que d’investir dans l’institutionnalisation et le soutien à domicile.»

Il y a les présidents de syndicats: Daniel Boyer, Jacques Létourneau, Sonia Ethier et Luc Vachon, respectivement président de la FTQ, président de la CSN, présidente de la CSQ, président de la CSD, qui affirmaient le 18 juin dernier:

«Pour nous assurer que la reprise économique pourra bénéficier au plus grand nombre et diminuer les impacts potentiels de crises similaires dans le futur, nous croyons qu’il est nécessaire de réduire notre dépendance envers la production hors de notre territoire en stimulant une réindustrialisation du Québec afin de renforcer la résilience de son économie. Consommer local, c’est bien. Produire au Québec, c’est mieux!»

Il y a le Plan de relance du Québec réalisé par les 15 maires (dont Plante et Labeaume) et des idées de 22 pôles d’économie sociale du Québec:

«Nous devons miser sur ceux qui habitent nos milieux et mettre en valeur les spécificités territoriales. La réduction des émissions de gaz à effet de serre tout comme le renforcement de notre tissu social doivent s’inscrire systématiquement dans notre grille d’analyse pour les investissements à venir, notamment pour le soutien à nos artères commerciales et noyaux villageois, le développement des transports collectifs et actifs, la réfection des routes, la promotion de l’achat local, la rénovation des bâtiments, la mise en valeur du patrimoine, l’aménagement d’écoquartiers, l’embellissement d’espaces publics, la construction et la rénovation de logements sociaux et abordables ainsi que l’accès aux infrastructures numériques.»

Il y a une «Vision pour restaurer la confiance», un collectif composé de l’UPA, Vivre en Ville, Fondation David Suzuki, etc.) qui vise à l’élaboration d’une Politique nationale d’aménagement du territoire ambitieuse et orientée vers des actions durables.

Je laisse le mot de la fin de cette section traitant d’un autre monde à l’économiste visionnaire Thomas Piketty.

«Peut-on redonner un sens positif à l’internationalisme? Oui, mais à condition de tourner le dos à l’idéologie du libre-échange absolu qui a jusqu’ici guidé la mondialisation, et d’adopter un nouveau modèle de développement fondé sur des principes explicites de justice économique et climatique.

Supposons qu’un pays, ou une majorité politique en son sein, juge souhaitable de mettre en place un impôt fortement progressif sur les hauts revenus et patrimoines afin d’opérer une redistribution importante en faveur des plus modestes, tout en finançant un programme d’investissement social, éducatif et écologique. Pour aller dans cette direction, ce pays envisage un prélèvement à la source sur les profits des entreprises, et surtout un système de cadastre financier permettant de connaître les détenteurs ultimes des actions et des dividendes et d’appliquer ainsi les taux souhaités au niveau individuel. Le tout pourrait être complété par une carte carbone individuelle permettant d’encourager les comportements responsables, tout en imposant lourdement les plus fortes émissions, ainsi que ceux qui bénéficient des profits des entreprises les plus polluantes, ce qui exige, là encore, de connaître leurs détenteurs.

Un tel cadastre financier n’a malheureusement pas été prévu par les traités de libre circulation des capitaux mis en place dans les années 1980-1990, en particulier en Europe dans le cadre de l’Acte unique (1986) et du traité de Maastricht (1992), textes qui ont fortement influencé ceux adoptés ensuite dans le reste du monde. Cette architecture légale ultrasophistiquée, toujours en vigueur aujourd’hui, a de facto créé un droit quasi sacré à s’enrichir en utilisant les infrastructures d’un pays, puis à cliquer sur un bouton afin de transférer ses actifs dans une autre juridiction, sans possibilité prévue pour la collectivité de retrouver leur trace.»

Jean-Michel Perron
Conseiller en tourisme (PARConseils.ca) et blogueur (Tourte Voyageuse)

VERSION IMPRIMABLE DE LA PARTIE I

À venir :

16 septembre PARTIE II Nouveau tourisme: Rêver mieux

23 septembre PARTIE III Nouveau tourisme: Agir ensemble maintenant


[1] Roméo Bouchard, 10 août 2020, facebook.com/694608848/posts/10160729600323849/?sfnsn=mo

[2] Brondizio, E. S., Settele, J., Díaz, S., & Ngo, H. T. (2019). Global assessment report on biodiversity and ecosystem services of the Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services. IPBES Secretariat.

[3] Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services (IPBES). 2019. Global assessment report on biodiversity and ecosystem services. https://ipbes.net/global-assessment.

 [4] Forages en mer exemptés d’une évaluation environnementale au Canada. Le Devoir, 5 juin 2020. 

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