Randa Napky tire sa révérence…tout en demeurant (très) active dans l’industrie, par Claudine Hébert
Ce n’est pas parce que Randa Napky quittera ses fonctions de directrice générale de l’Association touristique régionale Abitibi-Témiscamingue (ATRAT) en juin prochain qu’elle cessera de partager son riche bagage au sein de l’industrie…et plus particulièrement au sein de sa région qu’elle a adoptée depuis 40 ans.
La retraite…non merci
« Je suis prête à céder ma place, mais il n’est pas question que je m’arrête », soulève d’emblée la jeune sexagénaire qui se retirera après 25 années aux commandes de l’organisation. « J’ai peut-être moins d’énergie, mais la flamme est loin d’être éteinte » poursuit-elle.
Randa Napky compte s’impliquer activement dans la mise en place du nouveau pôle d’innovation de tourisme régénératif et de bien-être en Abitibi-Témiscamingue. Ce dernier, qui sera opérationnel en septembre prochain, aura son siège social, à Rouyn-Noranda. Elle souhaite aussi accompagner François Bédard, directeur général du Centre mondial d’excellence des destinations, une organisation en lien avec l’UQAM.
Une équipe extraordinaire
En attendant de tirer sa révérence, Randa Napky savoure ses dernières semaines au sein de l’ATRAT avec le sentiment du devoir accompli.
« J’ai eu le privilège de travailler avec une équipe dévouée, un conseil d’administration allumé et surtout des citoyens et citoyennes fiers de leur territoire. Des atouts qui m’ont permis de repousser les façons de faire en dehors de la boîte. Mon père m’a toujours répété qu’il n’y a que les poissons morts qui suivent le courant. C’est exactement l’ADN des gens de l’Abitibi-Témiscamingue. Ici, on ne suit pas le courant. »
Un tourisme pas comme les autres
En Abitibi-Témiscamingue, dit-elle, les gens sont débrouillards. Ce sont des précurseurs dans tous les secteurs d’activité. Une façon de vivre qui dicte la manière de voir et d’interpréter le tourisme d’une autre façon que les autres régions.
D’ailleurs, raconte-t-elle, en 2006, l’ATR est allée à contrecourant en développant le tourisme pour le citoyen d’abord. Les 67 municipalités du territoire ont signé une charte d’engagement dans ce sens. « L’Abitibi-Témiscamingue ne sera jamais une destination de tourisme de masse et ce n’est pas ce qu’on souhaite. C’est ce qui nous permet de bâtir un tourisme adapté à nos forces et nos enjeux pour attirer la visite », dit-elle fièrement.
Une initiative qui fait des petits. « Après 20 ans de développement touristique « pour nous, avant tout », nous sourions toujours quand nous voyons d’autres destinations faire de même », souligne-t-elle.
La Démarche Culturat
En 2012, l’ATRAT a mobilisé de nouveau les municipalités et les sept communautés anichinabées dans une démarche régénérative afin de verdir et fleurir le territoire, de le marquer par les arts et de favoriser le rapprochement des peuples.
Cette démarche citoyenne visait à faire ressortir la créativité du territoire en misant sur la culture comme source de mobilisation, de fierté et d’enracinement, note-t-elle.
« Jusqu’à présent, cette démarche s’est traduite par près de 500 œuvres artistiques (murales et sculptures), du verdissement et fleurissement du territoire, et un rapprochement des peuples qui a fait naître l’organisation anichinabé unique, Minwashin. Cette dernière est même devenue un exemple de mise en valeur de la culture et de la langue anichinabées. »
En fait, poursuit fièrement Randa Napky, la démarche Culturat a positionné l’Abitibi-Témiscamingue comme Territoire Leader-Culture 21, aux côtés de villes comme Bilbao, Lisbonne et Milan.
Des enjeux, mais il y a des solutions
La DG de l’ATRAT demeure néanmoins consciente de la réalité de son territoire. La région ne peut pas nier certains enjeux environnementaux dans certains secteurs de son territoire. « Certes, ce sont des enjeux complexes, mais on peut bâtir un dialogue et focaliser sur ce qui nous définit comme territoire. Je crois profondément qu’en continuant de mobiliser nos forces autour du bien-être des communautés, nous faciliterons le dialogue et trouverons la solution. On ne peut pas faire autrement, nous vivons sur un territoire d’exception, un territoire très riche que nous aimons. »
Passion, lucidité et authenticité
Enfin, Randa Napky a été très claire auprès du conseil d’administration. Elle ne veut pas se mêler du processus de sélection pour son ou sa successeure. N’empêche que Randa a tout de même un petit conseil pour celui ou celle qui occupera la fonction. « En tourisme, il faut savoir s’adapter constamment et rapidement. Il y a toujours des éléments extraordinaires qui surgissent et impactent en tout premier lieu notre secteur d’activités. La personne devra être passionnée, lucide, audacieuse et surtout authentique, elle devra se montrer agile et solide, peu importe ce qui arrive.»
Claudine Hébert
Journaliste et collaboratrice
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