Un éléphant dans la pièce: les changements climatiques, par Jean-Michel Perron

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Pourquoi nous allons droit vers un mur… de changements climatiques. Constats et pistes de solutions en tourisme pour le Québec

Avec le défi des « ressources humaines », le RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE devrait être considéré comme prioritaire pour notre industrie. Nous aurions tous intérêt à écouter M. Hans Joachim Schellnhube, physicien allemand, fondateur du Potsdam-Institute for Climate Impact research, président du Conseil sur les changements globaux pour le gouvernement fédéral allemand et conseiller auprès de la Commission européenne. Son constat est aujourd’hui alarmant: malgré l’accord de Paris signé en décembre 2015 qui prévoyait de contenir d'ici à 2100 le réchauffement climatique « bien en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels » et si possible de viser à « poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5 °C », la majorité des grands pollueurs ne corrigent pas le tir et nous risquons fort probablement de dépasser largement une hausse de 2 °C ce qui sera à court et moyen terme catastrophique pour l’industrie du tourisme et notre planète. Ainsi, par exemple, une hausse de 5 °C signifie la disparition complète des plages partout sur la planète. Pour le Québec, c’est la forêt boréale qui risque de disparaître. Un article appuyé du journal The Guardian, en Grande-Bretagne, en novembre dernier, titrait que les politiques actuelles de la Chine, de la Russie et du Canada mènent la planète vers une hausse de 5 °C. Cette pratique de grand pollueur adoptée par le Canada va tôt au tard nuire à l’’image de marque « nature », incluant celle du Québec, à moins de s’y distancier par des politiques différentes du Canada.

Inconcevable donc +5 °C? En octobre dernier, l’Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC), la référence mondiale à ce chapitre, révisa les prévisions devant les bouleversements naturels multiples sur notre planète et estime maintenant que la hausse à 1,5 °C se produira d’ici 20 ans maximum, probablement, aussitôt qu’en 2029. Loin de l’objectif de ne pas dépasser 1,5 °C en 2100 tel que défini à Paris! Alors qu’avec la hausse actuelle de 1 °C depuis le 18e siècle, on constate déjà les impacts majeurs sur la nature et les citoyens. Imaginez +,5 °C confirmé d’ici 20 ans maximum! Désolé, on va presque tous voir ça de notre vivant!

Hans Joachim Schellnhuber

Comment agir en tourisme alors au Québec ?

  • Il faudra avoir le courage de faire des choix dès maintenant sinon nous serons tous en mode réactif pour les prochains 20 ans. Je comprends qu’il y a la réalité politique mais « l’éléphant dans la pièce » que tout le monde voit sans vraiment réagir va bientôt nous écraser et forcer le changement qu’on le veuille ou non…;
  • Sensibiliser sérieusement tous les acteurs de notre industrie en leur donnant des outils pour les supporter dans une transition nécessaire autant sur les normes à mettre en place, qu’un outil sur les impacts anticipés à court et long terme pour leur secteur. Par exemple, supporter l’organisme québécois Ouranos afin qu’il offre les mêmes services que Corpenicus qui lance actuellement un portail en Europe pour tous les acteurs du tourisme (données précises sur les conditions de neige, un index météo des vacances, les données sur l’eau des rives côtières, la température des lacs, les feux de forêt, etc.);
  • Les plus gros pollueurs du secteur touristique sont les avions et surtout les navires de croisières alors qu’un navire de tonnage moyen pollue par jour autant qu’un million d’automobiles. De l’avis même de M. Adam Goldstein, haut dirigeant de Royal Caribbean Cruises, que j’ai entendu candidement affirmer en conférence récemment: « Il n’y a pas de solutions à court ou moyen terme et les nouveaux navires de 2019 vont être en fonction jusqu’en 2050… ».  Selon M. Schellnhube,  le physicien allemand, « …les avions devront se concentrer sur les vols long courrier et des moyens de transport sans utilisation d’énergies fossiles (train électrique) doivent être priorisés sur les courtes et moyennes distances. Les navires de croisière énergivores devraient être abolis… » En affirmant cela, il était conscient que le poids économique fera que les leaders de ces secteurs n’accepteront jamais une telle recommandation. Pour le Québec, à part pour le corridor Gatineau-Montréal-Québec, l’avion va demeurer nécessaire aux déplacements régionaux. Pour les navires de croisières au Québec, les gouvernements du Québec et du Canada ont investi massivement dans de multiples infrastructures. Je crois que les ports de départ et d’arrivée sont viables économiquement (ville de Québec principalement) mais toutes les autres escales ne récupéreront jamais en retombées, malgré l’avis des compagnies de croisières et instances locales, les centaines de millions de fonds publics investis.  Ce que je disais déjà en 2008…en même temps, les compagnies de croisières ne viendront pas à Québec sans escales en cours de chemin au départ de New York ou de Boston. On est loin d’un développement durable: retombées économiques locales limitées versus investissement public et pollueur #1 en tourisme!
  • Identifier et respecter les pratiques de développement durable (ex: le Grand Prix de Montréal n’est pas durable). Depuis les débuts de la Loi sur le développement durable et ses 16 principes en 2006, Tourisme Québec et les autres ministères ne les ont pas vraiment appliqués.
  • Notre premier ministre a raison de miser sur notre hydroélectricité pour l’avenir du Québec. Nous devrions également, pour atteindre nos cibles de réduction des gaz à effet de serre, transformer trois secteurs précis en tourisme dans cette direction :
    • Pour les circuits en automobile, fort populaires auprès des clientèles internationales (le classique étant Montréal-Mauricie-Lac-St-Jean—Saguenay-Charlevoix-Québec), supporter la mise en place d’une ou de plusieurs entreprises de location de véhicules électriques et s’assurer d’un réseau de bornes à chargement rapides.
    • Pour les autocars et minibus touristiques, adopter les véhicules électriques qui se développent actuellement.
    • Poursuivre le développement de la motoneige électrique en implantant un réseau de bornes/remplacement des batteries en conséquence.
  • Un autre secteur d’intervention, afin de minimiser nos impacts environnementaux, consiste à abandonner dans la construction, lorsque possible, l’acier et le béton afin de privilégier le bois, très écologique, sécuritaire et durable, contrairement à l’acier et au béton, de très grands pollueurs lors de leur transformation. (il faudra 600 000 voitures électriques de plus au Québec pour compenser la pollution générée par la nouvelle cimenterie McInnis en Gaspésie. McInnis, c’est notre Fort McMurray!). On peut aujourd’hui construire un hôtel de 20 étages en bois. Une politique de subventions touristiques (et autres ministères) exigeant des composantes en bois québécois répondrait aussi aux désirs des visiteurs, mais aiderait également à supporter notre industrie forestière. Avec le tourisme, l’électricité et le bois de nos forêts représentent l’avenir écologique du Québec des régions.
  • Bannir partout en tourisme l’utilisation du plastique à usage unique.
  • Miser encore plus sur l’hiver comme positionnement distinctif du Québec car le réchauffement climatique, à moyen terme, risque de nous donner un sérieux avantage comparatif (ex: par rapport à la Scandinavie ou à la Nouvelle-Angleterre) pour les activités hivernales.  Avec l’immensité et le positionnement géographique de notre territoire, nous pourrons offrir de la neige de qualité encore longtemps, pas dans toutes les régions, mais dans de nombreuses.
  • Pour réussir un tel virage majeur, les partenaires à associer sont les agences et ministères québécois et fédéraux à titre de pourvoyeur sde subventions et de donneurs d’ouvrage; les PME & organisations en tourisme; les visiteurs (replanter des arbres pour compenser leur voyage en avion ou en auto) et les citoyens.

Bref, nous ne sommes plus à l’étape du «  Si les changements climatiques… » mais du comment chacun de nous personnellement et à titre d’acteur en tourisme peut minimiser les impacts et transformer en conséquence ses activités à court et moyen terme. Allons les vieux, il est temps de joindre maintenant la jeune génération  qui en est consciente!

Jean-Michel Perron
PAR Conseils
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