Club Med dans Charlevoix: Une bonne nouvelle avec des bémols...

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Par Frédéric Gonzalo, collaboration spéciale

À moins de vivre sous une roche, vous aurez certainement entendu, vu ou lu LA grosse nouvelle pour le tourisme au Québec : Club Med ouvrira le premier centre de villégiature de son histoire au Canada, au pied du Massif de Charlevoix, à Petite-Rivière-Saint-François.

J’étais d’ailleurs sur place lors de la conférence de presse qui se déroulait dans les bureaux du Groupe Le Massif à Québec, et nous avons fait ce Facebook Live que vous pouvez (re)visionner de nouveau :

C’EST UNE BONNE NOUVELLE POUR LA DESTINATION

Ne passons pas quatre chemins : Club Med, c’est gros! On parle d’une locomotive d’importance dans le monde du voyage, une entreprise qui gère près de 70 villages dans 26 pays répartis sur cinq continents, comptant 23 000 employés de 110 nationalités. La force de frappe de ce géant du voyage est donc considérable, et il ne fait aucun doute que le Québec vient de se « mettre sur la mappe » au niveau mondial, auprès d’une nouvelle clientèle potentielle.

Rappelons également que Club Med a été acquise par la chinoise Fosun, celle-là même qui est derrière l’achat du Cirque du Soleil. On commence d’ailleurs à voir des initiatives en commun, comme Creactive au Club Med de Punta Cana.

Or, on sait que Daniel Gauthier, président du conseil au Groupe Le Massif et principal investisseur dans ce projet de développement depuis le début, a cofondé le Cirque du Soleil avec Guy Laliberté, et qu’il conserve des liens d’affaires avec son ancien partenaire. Peut-on imaginer un éventuel projet du Cirque conjointement avec Club Med et le Massif de Charlevoix? C’est une réelle possibilité.

Parlons toutefois des retombées concrètes à court terme. J’ai vu passer bien des chiffres, certains parfois contradictoires. Voici donc les chiffres « officiels » :

  • Investissement de 120 millions de dollars canadiens pour la construction d’un hôtel Club Med au pied de la montagne
  • 70% de cet investissement vient de fonds privés et partenaires financiers (Banque Nationale et Desjardins)
  • 110 M$ seront investis dans le complexe hôtelier à la base de la montagne, et 10 M$ seront investis sur la montagne pour répondre aux besoins de l’expérience Club Med
  • L’objectif est d’être en exploitation dans l’année 2020
  • Création de 325 emplois directs, et 400 emplois indirects pendant l’exploitation
  • Création de 700 emplois pendant la construction
  • L’hôtel aura 300 chambres, et comportera des salles pour réunions et séminaires
  • On prévoit un taux d’occupation à l’hôtel de 85% en hiver, et de 70% en été

Avec une prévision de 50 000 clients par année, le Club Med aura également un impact sur l’achalandage à l’aéroport international Jean-Lesage de Québec, pour représenter de facto 6% du trafic annuel.

Enfin, une telle nouvelle sera un déclencheur évident pour la mise en chantier et les ventes immobilières autour du Massif, un secteur qui vivotait depuis les dernières années face à l’incertitude du développement à long terme.

LES BÉMOLS, MAINTENANT

Plusieurs médias ont accroché sur le fait que les gouvernements fédéral et provincial ont encore une fois été mis à contribution dans ce montage financier, investissant 30% du montant total par le biais de prêts remboursables.

Il faudrait plutôt regarder la portion de l’investissement public depuis les débuts du plan de développement du Massif de Charlevoix, annoncé originalement en 2005 puis décalé dans le temps à de multiples reprises. Pensons notamment :

  • Investissement dans la voie ferrée entre Québec et La Malbaie, remise à neuf en 2009… et ne voyant pratiquement aucun trafic commercial depuis! Valeur : 22 M$
  • Achat et mise en service d’un train touristique en 2011, puis discontinué en 2013. Le train a depuis été remisé et vendu en pièces détachées. Valeur : 13 M$
  • Mise en chantier et ouverture du pôle La Ferme, devenu l’hôtel Germain Charlevoix, incluant gare pour la navette ferroviaire. Valeur : 56 M$

D’ailleurs, quel est le taux d’occupation annuel de l’hôtel Germain Charlevoix, selon vous? Selon mes sources, on parle de 57-58%. Dans une région où le taux d’occupation moyen est de 38%, et qu’un hôtel comme Fairmont Le Manoir Richelieu fait, bon an, mal an, un taux d’occupation annuel de 55-60%, on se demande alors comment Club Med fera pour obtenir 85% en hiver et 70% en été

Une anecdote qui en dit long, selon moi. Lors de la conférence de presse, le PDG de Club, Xavier Mufraggi, a mentionné que 70% des Brésiliens qui font des voyages de ski optent pour les Club Med en Europe, plutôt qu’une destination connue comme Aspen, au Colorado. « Une clientèle qu’on pourra attirer au Massif en janvier et février, par exemple », a-t-il ajouté lors de la période de questions. J’ai failli m’étouffer dans mon café!

Il s’adonne que la clientèle brésilienne, je connais. Et je l’ai côtoyé toute ma vie dans un contexte de ski, que ce soit justement en Europe, au Chili ou au Colorado où je travaillais justement dans un… Club Med! Quand je suis revenu au Québec, en 1999, nous avons d’ailleurs tenté de courtiser cette clientèle alors que je bossais à Tremblant. En un mot : oubliez ça! La clientèle mexicaine et sud-américaine, en janvier et février, quand il fait -1000 °C, ça ne marchera jamais, à moins d’un réchauffement climatique accéléré…

Le dernier bémol, et non le moindre pour moi, est qu’on s’éloigne vachement de la vision d’origine de Daniel Gauthier, qui souhaitait mettre au monde un projet inclusif à l’échelle du territoire de Charlevoix. Ou comme il le disait à l’époque, un « anti-resort ».

L’arrivée du Club Med est donc la bouée de sauvetage et la bouffée d’oxygène pour remettre le développement de la montagne (et l’immobilier) sur les rails. C’est néanmoins en contradiction flagrante avec une approche inclusive de la région, alors que les G.M. (gentils membres) viendront passer leur semaine auprès de G.O. (gentils organisateurs) et G.E. (gentils employés). Quelles seront réellement les retombées pour la région et le tourisme local?

La plus grande question, selon moi, est dans l’engagement à long terme du Club Med dans Charlevoix. Selon les termes de l’entente, il s’agit d’un engagement d’une durée minimale de 15 ans, avec une mise de fonds (non confirmée) de 14 M$ de Club Med dans le projet.

Si les résultats ne sont pas au rendez-vous, il se passe quoi? Club Med a déjà été présent en Amérique du Nord, d’abord à Copper Mountain, puis à Crested Butte, au Colorado. Mais la décision a été prise de quitter ces stations pour différents facteurs. Ce scénario pourrait-il se répéter au Québec?

Bref, on résume. La venue du Club Med est une excellente nouvelle pour le rayonnement du Québec, et plus particulièrement pour la ville de Québec et la région de Charlevoix. Pour le développement de la montagne à moyen terme, c’est également un catalyseur important. Pour certains fournisseurs locaux, il y aura des opportunités d’affaires non négligeables. Des retombées économiques importantes découlant de cette annonce, il y en aura.

Chapeau à Daniel Gauthier pour sa résilience et persévérance face aux épreuves et dans cette négociation de longue haleine!

Mon expérience me dit toutefois de rester vigilant quant aux projections lancées lors de cette annonce. Hâte de voir ces jours-ski et nuitées se matérialiser, et je serai le premier sceptique à être confondu quand l’heure sera venue. D’ici là, permettez que je me garde certaines réserves…


Frédéric Gonzalo a travaillé trois ans au sein de Club Med, notamment dans des centres de ski (Colorado, Japon), dans un centre de villégiature de ski au Chili, une année à Tremblant ainsi que trois ans au sein du Groupe Le Massif à titre de vice-président Marketing de 2008 à 2011.

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« Les connaissances dans tous les domaines, avec du vouloir, ça s’apprend, mais la passion, tu l’as ou tu l’as pas. Patrick a la passion pour sa région. Je suis privilégiée de travailler à ses côtés. Les quatre dernières années ont été remplies de défis à tous les niveaux et ensemble, on a grandi dans cette aventure. Cette nomination est la suite logique d’un travail acharné », souligne Mme Renée Dumas, directrice générale. 

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