Tomorrowland: ode à la démesure, par Martin Roy

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Le président-directeur général du RÉMI, Martin Roy, était de passage au grand festival de musique électronique belge Tomorrowland, en juillet dernier. Il nous raconte.

Comment décririez-vous Tomorrowland à ceux qui ne le connaissent pas?

J’ai l’impression que l’événement est aux festivals ce que Disney est aux parcs d’attractions. Les moyens sont tellement considérables, le « produit » offert aux festivaliers l’un des plus originaux, des plus achevés qui soit. On y entre un peu comme Alice au pays des merveilles ! Concrètement, on y trouve une quinzaine de « scènes » au centre d’univers et de décors tous différents les uns des autres, dans ce qui ressemble d’ailleurs, justement, à un parc d’attractions, où lesdites scènes auraient remplacé les manèges. Certaines sont couvertes, en tout ou en partie. En prime, l’amphithéâtre principal a une capacité comparable à celle d’un stade et la scène — ou plutôt le décor, dans lequel est intégré la scène — fait quelque 250 mètres de long. Le thème de cette année étant The Book of Wisdom – The Return, c’était une énorme bibliothèque renfermant de grands classiques de la littérature, mais aussi une locomotive, une chute et mille et une choses, dont des rampes de lancement pour l’omniprésente pyrotechnie.

Autrement, qu’est-ce qui différencie Tomorrowland des autres festivals du monde?

Il est unique à plusieurs égards, mais ce qui me sidère, c’est son immense succès. Il faut avoir la chance de mettre la main sur un billet, puisqu’ils s’envolent en moins d’une heure et que quelque 400 000 personnes vont à l’événement sur les deux weekends durant lesquels il se déroule (il s’agit plus vraisemblablement de visites ou d’« entrées », plutôt que de visiteurs uniques). Dans la presse belge, l’un des frères Beers fondateurs de l’événement, Michiel, confessait qu’un million de personnes sont chaque année dans la file d’attente virtuelle — et auraient pu acheter quatre billets chacun — quand l’événement affiche complet après seulement 45 minutes.

Aussi, je note l’expérience client, qui peut être complète pour le festivalier, à partir de l’achat du billet jusqu’après l’événement. De partout dans le monde, des vols thématisés sont offerts aux couleurs de l’événement, avec la musique à bord et tout. En 2018, 32 000 personnes ont participé à ce voyage officiel ou accrédité qu’est le « Global Journey », sur 240 vols, en partance de 83 aéroports, dont 11 000 seulement avec Brussels Airlines. À l’aéroport, des hôtesses aux couleurs de Tomorrowland accueillent les passagers. Dans l’aire d’attente, avant d’entrer sur le site, près des tourniquets, l’animation est continue. Cette année, dès leur arrivée, les festivaliers se voyaient offrir une coupe de crème glacée pour les remercier d’être du 15e anniversaire ! Après l’événement, la mise en ligne de la vidéo officielle est en soit un nouvel événement : celle de 2012 a été vue à ce jour 157 millions de fois sur YouTube. Bref, de l’achat du billet au bilan, il y a un continuum.

Du point de vue touristique, ce doit être aussi tout un succès!

Indéniablement ! On le constate de visu sur place, puisque beaucoup de festivaliers choisissent de s’y rendre avec leur drapeau national. S’ils se disent citoyens du monde, les millénariaux aiment bien s’afficher aux couleurs de leur pays ! À mes côtés, un Japonais était venu passer le weekend. Partout, des Chinois, des Brésiliens, quelques Canadiens et… même des Québécois. On rapporte que l’événement génère 202 millions d’euros en retombées économiques pour la Belgique, soit près de 300 millions $ CAN (selon un calcul peut-être légèrement différent du nôtre, mais les plus grands festivals québécois n’excèdent pas les 50 millions $ en retombées, en vertu de la méthodologie officielle du gouvernement du Québec). À Bruxelles, qui est quand même à trente minutes du festival, 60 000 nuitées seraient attribuables à l’événement, en sus de celles faites à Dreamville, le camping officiel de Tomorrowland, attenant au site, et où séjournent près de 40 000 festivaliers sur un terrain 128 plus grand qu’un terrain de football.

C’est aussi un succès du point de vue financier, évidemment, puisque la société mère de Tomorrowland, Wearone.world affichait en 2017 un chiffre d’affaires de plus de 150 millions $ CAN. Une étude du bureau de change No 1 Currency, publiée dans The Guardian, rapporte que l’événement est, avec Coachella en Californie, l’un des plus dispendieux au monde puisqu’il en coûte quotidiennement environ 378 $ pour participer (billets, nourriture et boisson).

Vous avez vu des choses qui pourraient inspirer les festivals québécois?

Bien sûr. J’ai particulièrement aimé l’expérience du cashless à Tomorrowland. Ça requiert la technologie RFID, que plusieurs festivals québécois ont adoptée, sans aller au-delà de l’aspect billetterie, à quelques exceptions près. L’un des principaux fournisseurs de cette technologie dans le monde est la montréalaise Intellitix, qui a décroché le partenariat à Tomorrowland il y a déjà plusieurs années.

Donc, à Tomorrowland, on achète dans les nombreux bureaux de change des « perles » qui constituent la monnaie locale. Elles sont versées directement dans la puce de votre bracelet. L’approvisionnement se fait bien, les paiements sont facilités dans un contexte multilingue et où il y a forcément beaucoup de bruit. Cela favorise les ventes, la vitesse des transactions et par le fait même les revenus de l’organisation. Puis, le taux de change des perles par rapport aux euros fait en sorte qu’on a même l’impression de payer ses achats moins chers. Qui plus est, l’organisation fait de l’argent avec tous ceux qui ne se donnent pas la peine de réclamer ce qu’il reste dans leur puce après l’événement.

Autre chose, les poubelles et le recyclage sont des éléments de décor à Tomorrowland. C’est fou à dire, mais ça donner envie aux festivaliers de jeter leurs déchets ou leur recyclage dedans. On dit qu’il y a 30 % moins de détritus par terre depuis qu’elles ont cette apparence.

Au-delà de ça, je pense qu’on a tous à prendre acte de ce succès et à créer les nôtres. Des festivals québécois sont parmi les mieux cotés au monde. Il s’agit de les faire connaitre et de bien les développer pour, qui sait, en amener quelques-uns à avoir autant de retombées touristiques et économiques que ce rendez-vous belge.

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