État des lieux sur les liaisons directes vers le Québec, par Mohamed Reda Khomsi

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L’Alliance de l’industrie du touristique du Québec a lancé, plus tôt en octobre, un appel à projets pour soutenir le développement des liaisons internationales directes vers le Québec. Avant d’exposer un état des lieux sur la situation des liaisons internationales vers les aéroports québécois, il est important de rappeler que l’accessibilité à une destination, aussi bien aérienne, ferroviaire que terrestre, est un facteur de développement économique important. Dans une étude publiée par le Cabinet Mckinsey et Compagny en 2015, il est démontré que les pays fortement connectés ont une croissance de 40 % supérieure à celle des pays moins connectés.

L’aéroport international Montréal-Trudeau : il y a encore de la place à l’amélioration

L’Europe : avantage Montréal, mais…

Montréal s’est positionné depuis sa création comme la plaque tournante des vols à partir du Canada vers l’Europe, et plus particulièrement vers les destinations francophones du continent comme la France, la Belgique et la Suisse. Aujourd’hui, l’aéroport de Montréal propose à ses clients 29 liaisons directes vers l’Europe, soit trois de plus que l’aéroport de Toronto. Cela dit, en analysant les liaisons desservies à partir des deux aéroports (Montréal et Toronto) nous constatons que 15 destinations sont communes aux deux aéroports. En sus, parmi les 14 destinations desservies exclusivement à partir de Montréal, il faut noter que la moitié, sans compter Paris, est à destination des villes françaises. À partir de là, il est évident que l’avantage de l’aéroport de Montréal par rapport à celui de Toronto n’est pas aussi important qu’on peut le penser.

L’Asie : de belles percées, mais il reste beaucoup de travail à faire

L’aéroport de Vancouver est réputé comme étant celui ayant le plus de connexions vers les destinations asiatiques (15) tenant compte de la proximité géographique et de l’importance des diasporas asiatiques dans la province britanno-colombienne. Néanmoins, est-ce une raison pour que Montréal se contente de deux destinations (Tokyo et Shanghai) vers l’Asie en attendant le retour des vols vers Pékin ? Il est reconnu dans l’industrie que pour qu’une liaison directe soit rentable pour une compagnie aérienne il faut qu’il y ait un volume d’affaires probant pour soutenir un minimum de trafic pendant la basse saison. À ce titre, on peut se poser la question si le dynamisme économique du Québec en général et de Montréal en particulier, ne justifie pas une liaison directe au moins vers Hong Kong et peut-être vers Séoul ?

Et les autres continents ?

L’Afrique : Montréal relie actuellement les trois grandes capitales du Maghreb (Casablanca, Alger et Tunis) alors que Toronto propose uniquement une liaison vers Addis-Ababa (Éthiopie). À ce titre, et eu égard à l’importance de la communauté francophone en provenance de l’Afrique de l’Ouest au Québec il y a lieu de se poser la question s’il n’y a pas de potentiel de liaison de Montréal vers Dakar (Sénégal) où le Québec possède justement une délégation générale.

L’Amérique centrale et l’Amérique du Sud : Montréal a renforcé au courant des dernières années ses liaisons avec quelques pays de l’Amérique centrale, cependant, nous pensons qu’il y a un potentiel à explorer vers les destinations sud-américaines. Pour le moment, ces destinations sont mal desservies à partir du Canada de façon générale et une bonne partie des voyageurs qui souhaitent explorer cette région du monde doit souvent transiter par les aéroports américains.

Et l’aéroport de Québec

Pour le moment, l’aéroport Jean-Lesage ne propose que deux destinations internationales à savoir Paris et Londres. Le lecteur peut poser la question si Québec ne mérite pas d’avoir au moins plus de connexions avec l’Europe. Vu le développement urbain et économique de la grande région de Québec et de l’est du Québec en général, il est tout à fait légitime de se poser la question. Néanmoins, en l’absence de données probantes sur le comportement de voyage des résidents de cette région de la province, il est difficile d’avoir un avis tranché sur la question. Cependant, Air Canada et Air Transat peuvent apporter une partie de la réponse en calculant le volume des voyageurs en provenance de l’est du Québec qui voyage vers l’Europe, mais à partir de Montréal.

En conclusion

Nos deux principaux aéroports ont encore un potentiel de croissance important vers plusieurs destinations à travers le monde. Cela dit, la viabilité d’une connexion directe vers une destination dépend de plusieurs facteurs économiques, géographiques et sociologiques. Or, dans un contexte postpandémique où plusieurs économies peinent à se relever, où l’inflation pèse sur le portefeuille de plusieurs ménages et où la menace de récession semble de plus en plus concrète, il est difficile d’avoir des projections fiables.

Mohamed Reda Khomsi
Professeur-chercheur & Directeur des cycles supérieurs en tourisme
Département d’études urbaines et touristiques
École des sciences de la gestion
Université du Québec à Montréal

Note : L’analyse ne tient pas compte des liaisons transfrontalières vers les États-Unis ni vers les destinations soleil.

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