De qui relèvera le développement touristique à la suite de la disparition des CLD ?

D’abord, qu’est-ce que le développement touristique exactement ? À qui incombe cette responsabilité ? Est-il vraiment nécessaire ? Pour plusieurs acteurs du milieu même, c’est nébuleux. Le développement touristique n’est pas tellement discuté sur la place publique, comme si celui-ci se faisait tout seul, sans que personne ne s’en occupe. Le marketing est beaucoup plus « glamour », avouons-le. On en parle sur toutes les tribunes. Toutefois, force est de constater que les enjeux se situent à plusieurs niveaux également, dont le développement touristique.

LE RÔLE DU DÉVELOPPEUR ÉCONOMIQUE EN TOURISME

Le rôle du développeur économique en tourisme est d’accompagner les entreprises touristiques qui ont de nouveaux projets et à les orienter vers les nouvelles tendances en matière de consommation et de consommateurs (marché et clientèles cibles), en matière de technologies, de concurrence, de partenariats, de marketing, etc. Notre rôle consiste donc à aider le promoteur dans la rédaction de son plan d’affaires, l’informer sur les sources possibles de financement de son projet et l’aider dans ses prévisions financières, tout en l’aidant à se fixer des objectifs à court, moyen et long termes, dans le but de voir son projet se concrétiser.

Nous pourrions dire que nous agissons comme coach professionnel et spécialiste afin de guider les promoteurs qui sont issus, dans la majorité des cas, d’autres milieux professionnels et qui ont souvent un grand rêve à réaliser. Parfois, nous devons « péter des bulles », mais vaut mieux un promoteur déçu qu’un promoteur plumé ! Ce rôle est extrêmement important en région particulièrement, car l’argent est si rare que s’il est mal investi, c’est dommageable non seulement pour l’entreprise elle-même, mais également pour les autres autour. On n’est jamais aussi fort que le maillon le plus faible de la chaîne, dit le dicton.

Ceci ne devrait jamais être perdu de vue, particulièrement en tourisme où l’expérience touristique se définit par le cumul des différentes expériences de service à la clientèle vécue auprès de chacune des entreprises visitées, même si elles sont toutes opérées indépendamment. Le défi de satisfaction de la clientèle n’est plus individuel, mais bien collectif. La responsabilité est donc double.

CLD, ATR ET MRC - L'EXEMPLE DE LA MAISON LOUIS-CYR

Dans Lanaudière, les CLD travaillent main dans la main avec l’ATR, ce qui a permis de mettre en place un mécanisme d’optimisation des projets de développement dans le cadre du Fonds de développement de l’offre. Rappelons que le mandat des ATR en est un de promotion touristique et non de développement. En effet, les promoteurs devaient impérativement travailler avec leur CLD sur le montage de leurs projets avant de les déposer. De l’extérieur, cette façon de faire peut sembler banale. Cependant, les résultats sur la structuration de la majorité des projets se sont révélés beaucoup plus élevés, en termes d’attractivité, d’investissement et ultimement de créations d’emplois et d’achalandage.

À titre d’exemple, citons le projet de la Maison Louis-Cyr, nouvelle attraction ouverte depuis juin 2014 à Saint-Jean-de-Matha, sur le territoire de la MRC de Matawinie, dans Lanaudière. Tout d’abord, l’un des principaux enjeux en Matawinie en matière de développement touristique, est son manque d’attraits culturels, intérieurs, ouvert quatre saisons. Déjà, un tel projet était directement en ligne avec la planification stratégique territoriale. J’ai reçu un appel de l’un des administrateurs me disant qu’il devait me rencontrer urgemment, car il voulait faire une demande de financement auprès de Tourisme Lanaudière.

Nous prenons donc rendez-vous et cet administrateur présente un projet de 400 000 $, que l’organisme n’arrivait pas encore à financer et qui « devait » prendre une tournure touristique pour être admissible à la subvention. Après discussion, il apparaissait que le projet, tel que présenté, ne se ferait jamais financer. Je lui propose donc de le retravailler avec lui et lui explique que monter une exposition, ça doit être fait par des professionnels si on veut intéresser un public, etc. Eurêka, cet administrateur est emballé par la discussion et est prêt à revoir le projet. Nous l’avons donc revu de A à Z, en suivant tous les conseils, pour finalement présenter un projet de 1,2 M$ qui s’est financé en moins d’un an.

Bien sûr, ce ne fut pas gagné d’avance ni facile, ils ont dû se battre, mais ils y sont arrivés. L’attraction est ouverte depuis le 24 juin 2014 et ils ont déjà enregistré 10 000 visiteurs pour les six premiers mois. La Maison Louis-Cyr a déjà gagné plusieurs prix depuis son ouverture officielle. De l’aveu même de cet administrateur, l’exercice de révision du plan d’affaires a été la clé de la réussite du projet, réalisant du même coup qu’ils avaient tourné en rond des mois auparavant en frappant aux mauvaises portes tout ce temps, c’est peu dire.

Si cette entente avec le CLD n’avait pas eu lieu, le projet aurait été déposé dans sa première version et l’organisme n’aurait pas eu ses aides financières remboursables (PADAT) et non remboursables et cette attraction n’aurait sans doute jamais vu le jour. Je suis convaincue qu’il y a plusieurs autres exemples de ce type à travers le Québec.

MAINTENIR DES EXPERTISE TOURISTIQUES EN RÉGION POUR DÉVELOPPER L'OFFRE

Cet exercice servait à démontrer la pertinence de maintenir des expertises touristiques en région pour voir se développer l’offre, la maintenir ou encore la structurer. Avec l’abolition des CLD dont la plupart avaient une ressource en développement touristique, il reste à souhaiter que les MRC prennent la balle au bond et poursuivent dans cette voie, même si dans certaines régions, ces postes furent les premiers coupés. Voir à ce propos l’article toujours actuel d’André Nollet, du 5 décembre dernier: 

Peu importe la mécanique qui en ressortira, il faut poursuivre sans relâche les discussions avec les élus et le milieu pour bien faire comprendre ce qu’est le développement touristique, et ce, à tous les paliers, afin que cet important maillon de la chaîne ne tombe pas dans l’oubli faute de budget ou pire… de vision!


Collaboration spéciale, Marie-Andrée Alarie
Commissaire en développement touristique
CLD de la Matawinie
malarie@matawinie.org  

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