On est 8,5 millions, «Faut se parler!» par Louis Rome

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Le titre fait référence à la campagne publicitaire que l'agence de publicité BCP a créée, en 1975, pour la Brasserie Labatt et son produit vedette, la 50. On est 6 millions, faut se parler!

Selon le blogue  des 50 ans de musique de François Dompierre. «La création de la ritournelle publicitaire a été confiée à François Dompierre. Diffusée en 1975 et en 1976, cette campagne de bière a pratiquement joué le rôle d'une campagne nationaliste.» 

En 2013, la campagne pour la Labatt 50, fut revisitée par les Journées québécoises de la solidarité internationale (JQSI), avec un, On est 8 millions, faut se parler! bien senti. 

Voilà pour la petite histoire.

ON EST 8,5 MILLIONS, FAUT SE PARLER!

Le message est d’autant plus d’actualité à cause de la Covid-19, et ce tout particulièrement pour l’industrie touristique du Québec dans cette période de déconfinement.

Quand on regarde la situation dans le monde, à la frontière canado-américaine et avec les provinces voisines, il est indéniable que la  1re phase de la relance de l’industrie touristique va passer par le marché intra-Québec, comme l’affirment les principaux porte-parole de l’industrie.

Toutefois, il y a un autre défi qui s’ajoute avec ce début du déconfinement, les réactions de certains acteurs municipaux et régionaux, de même que certaines tranches de la population.

Alors oui! On est 8,5 millions, faut se parler!

L’HOMO SAPIENS TOURISTIQUE QUÉBÉCOIS

Selon les données les plus récentes, les Québécois et Québécoises représentent près de 75 % des visiteurs qui sillonnent la province.

Nous connaissons relativement bien le profil et le comportement des Québécois et Québécoises qui font des escapades et des voyages au Québec. Le où? Le quand? Le qui? Le combien? Le comment? Le quoi? Le pourquoi? Etc., sont tous documentés, mais devraient être actualisés.

Toutefois, quelles sont les connaissances des Québécois, toutes origines confondues, du Québec, de son histoire, de  sa culture, des régions et de leurs particularités, des communautés autochtones, etc.? Le patrimoine bâti ou immatériel, les gens des régions autres que celle que nous habitons, la culture, les paysages sont trop souvent méconnus.

Les études sur le niveau de connaissance des Québécois et Québécoise du Québec sont difficiles à dénicher, du moins si elles existent. Près de 75% des visiteurs au Québec sont des Québécois, ils le voyagent, le découvrent et l’expérimentent. Quel est leur niveau de connaissance de leur coin de pays, de leur quartier, de leur  région, des régions et du Québec? 

Dans le contexte actuel, la mise à niveau de notre compréhension de
l’homo sapiens touristique québécois est essentielle pour l’interpeller.

POUR QUE LE QUÉBEC NOUS HABITE, IL FAUT LE MARCHER*

Tourisme Québec, dans une étude réalisée en 2017 auprès de 4 481 Québécois, qualifiait ceux-ci de clientèles ambassadrices, car plus de 97 % des touristes québécois n’en étaient pas à leurs premiers voyages au Québec et les trois quarts d’entre eux avaient voyagé au Québec au cours de la dernière année.

Malgré cela, dans l’histoire récente du Québec touristique, la balance commerciale du tourisme n’a été positive que pendant l’Expo 67. Depuis, l’augmentation du déficit de la balance commerciale n’a eu de cesse d’augmenter. Entre  2001 et 2011, le déficit a subi une hausse vertigineuse de 853% pour s’établir à -3.1 milliards de dollars. En 2017, le solde négatif atteignait 4.5 milliards.

Mon objectif n’est pas d’entrer dans l’analyse du pourquoi et du comment de cette situation. Toutefois, la Covid-19 pourrait être est une occasion pour freiner cette saignée, du moins temporairement, en améliorant les connaissances des Québécois de leur coin de pays et des gens qui l’habitent pour en faire de meilleurs ambassadeurs.

La meilleure manière d’habiter un territoire passe par une connaissance de celui-ci, par le vécu de celui-ci. Pour faciliter les échanges entre les différentes communautés, il faut favoriser les rencontres entre celles-ci. C’est aller les visiter, mais aussi de les inviter. D’ailleurs, le programme Explore Québec pourrait y contribuer. Le lien entre les différentes communautés, toutes origines confondues, doit se faire par la connaissance de l’autre et le partage du territoire qu’est le Québec et les régions qui le composent.

Je demeure convaincu que le tourisme peut contribuer à faire le pont
entre les 8,5 millions de Québécois et le «connaître» du Québec.
Il y a toutefois une nouvelle donnée à considérer, les craintes exprimées par plusieurs
en ce début du  déconfinement des régions.

DES AMBASSADEURS ET AMBASSADRICES DU QUÉBEC ET DE SES RÉGIONS

Alors que Tourisme Québec, qualifie les Québécois de  clientèles ambassadrices. Dans son analyse, Pourquoi créer un réseau d’ambassadeurs? publié sur le site de la Veille en tourisme (2017), Maïthé Levasseur rappelle avec justesse que «Les amoureux de leur territoire constituent des sources d’information et de précieux alliés touristiques puisqu’ils jouissent d’une grande crédibilité auprès des visiteurs. Pour répondre aux attentes des voyageurs en quête d’authenticité, on cherche à humaniser l’offre touristique, à la qualifier et à la raconter. On tente également de dénicher les secrets bien gardés, les expériences uniques que souvent, seuls les résidents connaissent.» Et d’ajouter une question toujours d’actualité.

Et si les résidents passionnés de votre destination en devenaient les ambassadeurs ?

L’analyse de Maïthé Levasseur rejoint les propos de François-G Chevrier dans son article, Vous connaissez l’offre touristique de votre région? Vraiment?  (2006), alors qu’il était analyste au Réseau de veille en tourisme. Il estimait «qu’une meilleure appropriation du tourisme par la collectivité locale génère de nombreux impacts positifs,…». Et d’ajouter «Qu’une population convaincue est synonyme d’ambassadeurs convaincants.» Tout en soulignant que «plusieurs régions du Québec ont produit des campagnes promotionnelles visant spécifiquement à faire découvrir à leurs résidents locaux les attraits, les sites et les événements à caractères culturel et touristique.»

Il ajoute plus loin «Si de tels efforts permettent de générer un achalandage local accru, les organismes qui favorisent cette approche visent surtout à sensibiliser les «locaux» afin qu’ils deviennent de meilleurs ambassadeurs lorsqu’ils reçoivent des visiteurs.» Et enfin,

Il ne faut surtout pas oublier que, en bout de ligne, ces actions d’information
à l’échelle locale contribuent également à valoriser le tourisme et
à renforcer le sentiment de fierté et d’appartenance à la région.

Je n’aurais pas pu dire mieux.

Les réflexions du MTO, pour l’élaboration de la stratégie de croissance économique de l’industrie touristique 2020-2025, seront indéniablement influencées par la pandémie de la Covid-19. N’oublions pas que les Québécois sont des acteurs incontournables de cette démarche. Et souhaitons-nous une période de déconfinement qui saura nous unir.

Louis Rome
Collaboration spéciale

Sources :

*Pour que le Québec nous habite, il faut le marcher, est le titre d’un mémoire que j’ai déposé au MTO le 22 octobre 2019 dans le cadre de la réflexion sur la  stratégie de croissance économique de l’industrie touristique 2020-2025. Je proposais une démarche pour l’amélioration de la connaissance des Québécois et des Québécoises, toutes origines confondues, du Québec, via des sorties scolaires et les vacances familiales.

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