Lettre envoyée au premier ministre François Legault: Soutien financier à l'industrie touristique

Gouvernements, Économie · · Commenter

Québec, le jeudi 28 mai 2020 

 

François Legault
Premier ministre du Québec
Ministère du Conseil exécutif
Édifice Honoré-Mercier
835, boulevard René-Lévesque Est
3e étage
Québec (Québec) G1A 1B4

 

Objet : Soutien financier à l’industrie touristique

 

Monsieur le Premier Ministre,

Permettez-nous, dans un premier temps, de vous témoigner toute notre solidarité dans le contexte actuel de la crise COVID-19. Vous pilotez avec leadership, depuis la mi-mars, une situation très complexe, et nous vous remercions des efforts visibles et appréciés que vous faites, jour après jour, pour sortir progressivement le Québec de la pandémie.

Sachez que l’industrie touristique est également au front pour contribuer à l’effort collectif de santé publique au Québec, et ce, depuis vos premières directives en ce sens. Nos entreprises ont une expertise dans l’accueil et la gestion des gens, sur laquelle pourront continuer de compter les Québécois et leur gouvernement, tant dans la phase de déconfinement que lorsque viendra le temps de la relance économique.

Comme vous le savez, notre industrie a été durement touchée par la crise actuelle. Elle a été l’une des premières industries à en ressentir les contrecoups et elle sera l’une des dernières à s’en remettre. Ce constat tient certes pour la saison estivale 2020, mais nous suivra assurément jusqu’en 2022. À titre d’exemple, suite à la crise économique de 2008-2009, le secteur hôtelier a pris quatre ans à revenir à la normale. Et la présente crise est beaucoup plus grave et sans précédent pour nous.

Des études récentes de Destination Canada et de RCGT/Horwath sont claires. L'étude RCGT/Horwath prévoit que, seulement entre le 1er avril 2020 et le 31 mars 2021, dans les secteurs de l’hôtellerie et des attraits touristiques uniquement, 93 000 emplois seront perdus au Québec, et estime que la perte pour l’économie québécoise s’élèvera à 3,9 G$, malgré un déconfinement. En effet, notre environnement d’affaires, et donc la possibilité de générer des revenus pour toutes les entreprises, sera perturbé pour plusieurs mois par la distanciation physique, le contrôle des déplacements, l’accès aux marchés et la limitation des rassemblements. À terme, selon Destination Canada, le total pour notre industrie pourrait atteindre 120 000 pertes d’emplois et 11 G$ de pertes pour l’économie, et ce, dans toutes les régions du Québec.

Notre ministre, madame Caroline Proulx, est bien au fait de cette réalité et s’efforce de faire en sorte, comme elle l’a dit publiquement, qu’il y ait un été touristique au Québec en 2020. Nous apprécions sa collaboration et sa présence avec nous tout au long de cette crise. Mais le nœud de notre défi va au-delà d’un calendrier de déconfinement (par ailleurs toujours incomplet pour plusieurs de nos collègues de l’industrie) et de cet été. Le nœud de notre défi est financier, économique.

C’est pour cette raison que nous vous interpelons directement, de même que notre ministre et ses collègues qui dirigent des ministères à vocation économique et en lien avec l’emploi. Comme nous avons été partenaires du gouvernement pour la santé publique, nous le serons pour le déconfinement et pour la relance économique dans toutes les régions. Mais pour ce faire, nous devons pouvoir survivre nous-mêmes et maintenir les centaines de milliers d’emplois que nous créons. 

Nous avons d’ores et déjà demandé au gouvernement fédéral de prolonger sa subvention salariale pour l’industrie touristique, vu le temps qui sera nécessaire à la reprise pour nous. Nous avons également sensibilisé le palier fédéral au sujet de nos autres obligations financières.

La contribution que nous demandons au gouvernement du Québec est de nous aider à passer à travers les prochains mois sous la forme d’un soutien qui nous aiderait à couvrir nos frais fixes. Après tout, même dans un contexte extrêmement difficile et contraignant, nous voulons faire travailler nos employés et recevoir progressivement des clients. Mais si nous ne pouvons ni garder les lumières allumées, ni payer nos taxes foncières, nous ne resterons pas ouverts bien longtemps, surtout alors que le taux d’achalandage sera très faible. L’étude RCGT/Horwath mentionnée précédemment chiffre cette mesure à 589 M$. Nous aimerions collaborer avec vous afin d’identifier le meilleur mécanisme pour mettre en place rapidement ce soutien pour les entreprises touristiques de toutes tailles et de toutes les régions qui contribuent à l’économie du Québec et à la création d’emplois.

Par la suite, nous pourrons nous tourner ensemble vers la promotion commune du tourisme intra-Québec, qui sera clé tant pour la reprise économique que pour le bien-être de la population.

Loin de nous l’idée de vivre au crochet de l’État. Histoire de survivre à la crise, le soutien que nous requérons pourrait être modulé dans le temps selon divers paramètres de retour à la rentabilité, de même qu’en fonction des réalités régionales et sectorielles. Aucune de nos propositions ne vise à demander une contribution publique à l’équité. Nous souhaitons continuer de partager le risque avec les gouvernements considérant cette pandémie, dans le cadre d’une mesure temporaire et simple d’application qui nous permettrait de couvrir nos frais fixes.

Avant la crise, l’industrie touristique générait annuellement 16 G$ d’activité économique (2,5% du PIB du Québec), 400 000 emplois (100 fois le Cirque du Soleil, ou 1 emploi sur 10 dans la province) partout sur le territoire via 30 000 entreprises (12% des entreprises d’ici) et 2 G$ de recettes fiscales pour le gouvernement québécois. Elle avait également le vent dans les voiles, tant auprès de la clientèle québécoise et canadienne qu’internationale. Elle connaissait une croissance soutenue depuis plusieurs années, dont de 7% en 2018. C’est donc une aide temporaire que nous visons afin de pouvoir nous remettre en marche dès que possible puis à performer dès que ce sera possible, non pas des engagements qui nous lieraient à l’État à long terme, que ce soit via une participation au capital ou des prêts. 

Nous offrons donc notre entière collaboration, de même que celle de la Cellule des chefs d’entreprises de l’industrie touristique québécoise que nous représentons, afin de travailler ensemble à un scénario temporel et financier qui nous permettra de sauver le maximum d’emplois dans toutes les régions du Québec. Cette ouverture va dans le même sens que les recommandations que nous avons récemment soumises et que notre engagement ferme à poursuivre l’effort de santé publique, à réussir un déconfinement ordonné et à relancer l’économie.

Dans l’attente de votre réponse et de celles de vos ministres nous vous prions, Monsieur le Premier Ministre, de recevoir l’expression de notre plus sincère engagement.

 

Christiane Germain, coprésidente du Groupe Germain Hôtels

Jean-Michel Ryan, PDG du Mont Sutton et président de la Cellule des chefs d’entreprises de l’industrie touristique québécoise

Cc     

Caroline Proulx, ministre du Tourisme
Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie et de l’Innovation
Éric Girard, ministre des Finances
Christian Dubé, président du Conseil du Trésor
Jean Boulet, ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale

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