Et l’hébergement illégal, on en fait quoi?

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Frédéric GonzaloDepuis les dernières semaines, on parle beaucoup des rumeurs concernant la hausse éventuelle de la taxe sur l’hébergement (TSH) au Québec. Ce sont d’ailleurs les articles les plus lus et les plus commentés en ce moment sur TourismExpress! Tant mieux si la discussion permet d’alimenter la réflexion et de contribuer à une prise de décision, au final, mieux éclairée. Ce dont on parle moins, toutefois, est la nécessité d’adresser un fléau qui continue de sévir en toute impunité : l’hébergement illégal. 

Airbnb et les autres
En juin 2013, je signais deux articles dédiés à l’économie collaborative: Hébergement illégal: l’industrie touristique face à un dilemme ainsi que Hébergement illégal: on fait quoi maintenant? Je vous invite à les relire pour avoir une meilleure idée des enjeux quant à cette nouvelle réalité. Il est plutôt désolant de constater que, deux ans plus tard, la situation n’a pratiquement pas évoluer depuis, du moins au niveau de la législation. Le ministre du Tourisme de l’époque, Pascal Bérubé, parlait ouvertement de cette réalité et il semblait y avoir une réelle intention au Ministère du Tourisme de mettre au pas les locateurs fautifs ainsi que les plateformes permettant les transactions. On sait que des discussions sont en cours avec des représentants d’Airbnb afin de collecter la taxe sur l’hébergement au niveau provincial, mais sinon on entend peu parler des locateurs qui retirent des revenus substantiels de cette économie parallèle. Les grands joueurs de cette nouvelle économie, par contre, n’ont pas cessé de poursuivre leur croissance fulgurante au point où Airbnb est une entreprisée évaluée à 16 milliards de dollars alors que Uber en vaudrait… plus de 40 milliards de dollars!

Économie de partage, collaborative ou… de business?
Il s’en trouve encore d’ailleurs pour croire que des sites comme Airbnb, HomeAway, Chalet à louer et tant d’autres rassemblent surtout sur des petits propriétaires qui louent leur appartement, condo, chalet ou maison afin d’arrondir leurs fin de mois, au même titre que Uber permet le covoiturage. Que voilà une vision bien naïve de la réalité!

Publicité du service UberX sur Facebook
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Un site comme Couchsurfing, où l’on permet à des étrangers de dormir sur le divan, passe encore. Mais dans l’ensemble, on parle bien d’une économie de partage qui génère de la grosse business: selon le cabinet PriceWaterhouseCoopers, les segments de cette économie (finances, hébergement, transport) représentent présentement 15 milliards de revenus, mais devraient représenter plus de… 335 milliards de revenus dans 10 ans, en 2025! Prenons l’exemple du fleuron de cette nouvelle économie, Airbnb. Certes, il se trouve encore des locataires occasionnels qui seront sur place lors de votre passage, pour vous donner des conseils sur les choses à faire et à voir en ville ou dans la région. Mais de plus en plus, on observe une professionnalisation des locateurs. En janvier 2015, le site Inside Airbnb a d’ailleurs analysé plus de 16,000 hébergements listés à New York sur Airbnb. Ce qui fut constaté:

  • Les appartements sont loués en moyenne… 247 jours par année;
  • Plus de la moité des appartements loués se faisaient sans la présence ou l’accompagnement du propriétaire ou hôte du logement;
  • Selon une analyse du Crédit Suisse, les tarifs hôteliers à New York sont plus bas de 5% dans les quartiers où on retrouve une plus forte densité de logements offerts sur Airbnb.


Bref, on ne parle pas de location occasionnelle, mais bien d’une compétition directe pour les établissements hôteliers qui doivent se plier à une panoplie de règlements, d’assurances et de frais divers, incluant pour faire la promotion de la destination.

On fait quoi, alors?
Il n’existe malheureusement pas 36 solutions pour régler cette situation qui n’est pas si simple, il faut bien le concéder. Les suggestions que je proposais il y a deux ans demeurent selon moi d’actualité:

  1. Dénoncer les illégaux: Bien que je ne sois pas un adepte de sites qui incitent à dénoncer son voisin, on devrait à tout le moins avoir un système de whistle blower en place. Une adresse courriel ou ligne 1-800 pour signaler des locations au noir. C’est une solution qui n’a de sens, néanmoins, que si un chien de garde veille au grain et qu’il y a des conséquences. Voir le point #2.
  2. Imposer des amendes: Le système actuel est un peu ridicule. Aux dernières nouvelles, il n’y avait que deux inspecteurs pour la province au complet. Les contrevenants n’ont pas d’amende dès la première offense, mais plutôt un avis pour se conformer. Bref, le processus est lourd, et les amendes sont bancales, oscillant entre 750$ et 2,250$ par jour d’infraction, pour les récidivistes. Vous en connaissez plusieurs, des gens qui ont reçu une amende, vous?
  3. Revoir les règles: C’est la recommandation la plus complexe mais potentiellement la plus intéressante. On sait que les auberges, gîtes et hôtels doivent se conformer à une multitude de certificats et standards, sans parler des taxes municipales souvent gonflées par leur statut d’établissement d’hébergement. Peut-on envisager désserrer certains critères? À l’inverse, peut-on imposer les assurances et un certificat de conformité pour tout établissement souhaitant figurer sur un site comme Airbnb?


Je maintiens que nous avons dorénavant l’obligation de nous entendre avec ces grands joueurs, qui prendront une place dominante dans l’industrie au cours des prochaines années. On voit d’ailleurs des endroits comme San Francisco, Portland et New York prendre le taureau par les cornes pour collecter les taxes, mais aussi obliger certaines assurances et la reddition de comptes. Car ne l’oublions pas, la vaste majorité des revenus tirés de cette économie parallèle échappe également aux impôts, une autre bonne raison pour notre gouvernement d’y jeter un coup d’oeil intéressé en ces temps d’austérité!


Collaboration spéciale, Frédéric Gonzalo, Gonzo Marketing

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