Au menu du budget du 4 juin : régime minceur

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Louis RomeLes Libéraux ont repris le pouvoir le 7 avril et ils vont déposer le premier budget de l’ère Couillard, moins de deux mois plus tard. Dans l’état actuel des finances publiques, le gouvernement a peu d’alternatives à aussi brève échéance, il doit mettre l’appareil administratif au régime minceur. Mais avec un des plus petits ministères du gouvernement, que reste-t-il à couper dans celui du Tourisme? Après plusieurs années de rationalisation, la couche de gras est rendue mince, faudra-t-il s’attaquer aux muscles : services à la clientèle (touristes) et aux entreprises (programmes)? Va-t-on se rendre jusqu’à l’os?

Ce que le gouvernement ne dit pas c’est  que des efforts de rationalisation sont demandés depuis des années aux différents ministères, sauf pour ceux de la Santé et de l’Éducation qui ont un régime différent. Malgré tout, année après année, nous finissons avec un déficit. La cause, selon plusieurs, le modèle québécois et le haut niveau d’interventionniste de l’État.

Ceux qui me lisent régulièrement savent que je suis un partisan pour revoir le modèle d’affaires et de gouvernance au sein de l’industrie touristique.  Et ce à tous les paliers et dans tous les secteurs. Nous avons intérêt à initier nous-mêmes la réflexion sur un modèle qui répondrait aux défis d’aujourd’hui et de demain, que de s’en faire imposer un.

Mais voilà que l’état des finances publiques nous rattrape avec un  gouvernement, qui n’a guère le choix que d’imposer un régime minceur mur-à-mur. C’est là le danger, le mur-à-mur, ça règle parfois des problèmes à court terme, mais souvent quelques années plus tard on réalise qu’avec le gras est partie du muscle et même un bout os. Des exemples, il y en a plein, les coupures, via des mises à la retraite massives, dans la Santé à l'époque du gouvernement du Parti québécois  qui a vu des centaines de médecins et d’infirmières quitter le navire, ou dans le ministère des Transports qui a aussi perdu une partie de son expertise en ingénierie aux profits de firmes d’ingénieurs qui d'ailleurs n’arrêtent pas d’être au micro de la Commission Charbonneau.

Le petit ministère du Tourisme

Avec moins de 150 M$ de budget, le ministère du Tourisme est microscopique par rapport à ceux de la Santé et de l’Éducation. Depuis plusieurs années au ministère, moins d’un fonctionnaire sur trois est remplacé au moment de son départ. Qu’est-ce que le budget de dépenses du ministère nous réserve-t-il pour le 4 juin?

Comment est réparti le budget du ministère du Tourisme? Avant d’aller plus loin, l’exercice que je vous propose ne correspondra pas au langage et aux normes comptables d’un ministère. De plus, il est évident que je vais m’abstenir de mettre des chiffres sur les différentes activités du ministère, car comme vous tous, je n’ai aucune idée des surprises que nous réservent le ministre des Finances, Carlos Leitao et le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux. Monsieur Coiteux, est également  ministre responsable de la Révision permanente des programmes, à ne pas négliger.

La ministre Dominique Vien hérite donc d’un ministère qui a un budget de moins de 150 M$.

1) Environ 60% de son budget est réservé :

  • Au Palais des Congrès de Montréal;
  • À la RIO (Régie des installations olympiques);
  • Au Centre des congrès de Québec.


Est-ce donc dire que c’est ici que le gouvernement jettera son dévolu. Pas évident comme réflexion, alors que l’industrie du congrès est essentielle pour notre économie et que le toit du Stade, qui tombe en morceaux, doit être remplacé, un p’tit 300 millions avec ça?

Pour le ministère du Tourisme, il reste environ 40% du budget accordé à la ministre, soit approximativement 60 M$. Ici aussi cela se corse.

2) Il y a les dépenses de fonctionnement du ministère de nature administrative:

  • Les ressources humaines;
  • L'informatique;
  • Les affaires juridiques;
  • Les communications;
  • Le secrétariat général;
  • Etc.


Donc, si c'est pour s'attaquer aux dollars de fonctionnement du ministère, c'est ici que cela se passe. Il y a aussi un élément à ne pas négliger...les RH. Si le gouvernement continue de remplacer qu'une partie des employés qui quittent, il est évident que le ministère va perdre encore plus de l'expertise et que finalement la qualité des services aux touristes et aux entreprises en souffrira.

3) Il y a les ressources humaines et financières qui touchent directement à la clientèle touristique, par exemple:

  • L'accueil;
  • Les renseignements touristiques;
  • Services de traitement des plaintes;
  • Et même BQC;
  • Etc.


C'est une activité qui exige que le ministère s'adapte constamment à l'évolution des technologies de l'information, des réseaux sociaux et des changements d'habitudes de consommation des voyageurs. Est-ce que le ministère peut arriver à suivre le rythme avec moins de ressources financières? La réflexion porte sur la manière dont nous désirons accueillir et renseigner les voyageurs.

4) Il y a les dépenses qui touchent directement les entreprises touristiques, par exemple :

  • Les services d’accompagnement et de conseil;
  • La recherche et la connaissance;
  • Le développement de produit;
  • Les attestations de classification (hébergement, etc.);
  • Les programmes d’aide financière directement versés aux entreprises ou via un partenaire. Par exemple, les ententes de partenariat régional entre le ministère et les ATR qui profitent aux entreprises;
  • Etc.


C’est un secteur d’activité essentiel, qui inclut les programmes d’aide aux entreprises, si importants pour celles-ci. Naturellement, dans la mesure où les programmes répondent bien aux besoins des entreprises et de l’ensemble de l’industrie. Le président du Conseil du trésor et son comité de Révision des programmes vont sûrement y jeter un coup d’œil. Il faudra que les entrepreneurs soient vigilants.

5) Il y a l’enveloppe réservée au marketing pour faire la promotion du Québec sur les marchés hors Québec et maintenant à l’intra Québec. Cela inclut entre autres :

  • Les campagnes de publicité sur différentes plateformes;
  • Les représentants du Québec auprès de différents marchés;
  • Encore BQC;
  • Etc.


Voilà un poste budgétaire qui pourrait être tentant de diminuer, mais avec quelles conséquences pour l’ensemble de l’industrie? Je suis plutôt de ceux qui croient que dans la révision de notre modèle de gouvernance, le marketing devrait être au cœur des réflexions.

6) Et enfin, les activités que le ministère accomplit pour l’atteinte de sa mission de concertation de l’industrie. On y retrouve :

  • Les activités de concertation (les comités, les stratégies, etc.);
  • Les sommes versées à ses partenaires (ATR, ATS, etc.);
  • Etc.


Pas évident, ce sont des joueurs qui sont au cœur de la stratégie de concertation du ministère et de l’approche de décentralisation des gouvernements depuis près de 50 ans. C’est toutefois, là aussi une activité qui devrait faire partie d’une réflexion sur notre modèle d’affaires. Comment renforcir encore plus la concertation en fonction de l’évolution de  notre industrie (TI, OTA, concurrence des marchés émergents, etc.).

Le budget du 4 juin

J’ai découpé le ministère du Tourisme en six secteurs d’activités. Où le gouvernement va-t-il porter son attention? Tous seront-ils également affectés via une approche mur-à-mur? Où l’approche sera plus chirurgicale? À suivre le 4 juin…

Louis Rome
Rédacteur en chef
louisrome@tourismexpress.com

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