Un homme et ses lagons, par Jean-Michel Perron

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4 complexes de chalets locatifs répartis au Québec avec au centre de chacun, un vaste lagon artificiel chauffé à l’année, à 38 °C. Investissements autour d’un milliard $ : le plus gros projet touristique que le Québec ait jamais vu, privé et sans aucune subvention !

Louis Massicotte, fondateur de la société GeoLagon (le volet immobilier des sites relève d’une corporation distincte), le premier lagon géothermique en Amérique, fait partie de ces personnages passionnés qui ne laissent pas indifférents. N’eût été son CV en tourisme (conseiller-stratège d’affaires, gestionnaire ou publicitaire de Mégaparc à Québec, Parc Calypso, Ski Stoneham, Théâtre Capitole, IMAX, Le Bonne Entente, Manoir Richelieu, Hôtel de Glace et Village Vacances Valcartier), je me serais, d’entrée de jeux, questionné sur les propos de ce promoteur singulier avec son projet de lagons artificiels à 38 °C à l’année au Québec. Et il est le seul actionnaire, par le biais de ses sociétés et de sa fiducie familiale.

Offrir un seul attrait majeur (un lagon de 100 000 pieds carrés au coût de 12 $ M à 15 M$, le plus grand au monde) au lieu d’un parc multiactivités fera toute la différence et positionnera le Québec sur la scène internationale, affirme-t-il. « Selon moi, il vaut mieux créer une attraction de calibre international plutôt que plusieurs petites attractions, surtout si on le fait dans une forêt ou en pleine nature. Et ce ne seront pas des parcs aquatiques, c’est plutôt dans la lignée des spas... », poursuit-il. Il mentionne que les lagons pourraient être accessibles aux excursionnistes également et non pas exclusifs aux touristes séjournant sur place en chalets locatifs.

Les « 4 villages » quatre saisons seront situés à Saint-Adèle (déjà propriétaire d’un terrain de 6 millions de pieds carrés à 4 minutes de la 15, voisin du Sommet Olympia et de la piste du P’tit train du Nord. Ce terrain est zoné pour l’hébergement à court terme), en périphérie de Québec, en Estrie et dans l’ouest du Québec. Les chalets se sont tous vendus en 42 heures dans les Laurentides ; 50 % vendus en Estrie/Québec et 40 % sur le site de l’ouest du Québec. Les gens achètent 2 chalets jumelés avec porte communicante (ce qu’il nomme « Pavillon hôtelier ») au coût de 789 K$ en forêt ; directement autour du lagoon : 1 M$.

Revenant tout juste d’Islande, son inspiration « lagoonaire » (Blue Lagoon et Sky Lagoon, tous deux artificiels), il dit s’être aussi inspiré des villages vacanciers près de Copenhague (Growing Greener) pour l’aménagement des chalets qui seront construits par Maison Laprise. Les sites des lagons québécois seront uniques au monde, en ce sens qu’ils seront tous en milieu forestier et offriront des séjours en chalets, contrairement à un seul hôtel présent au Blue Lagoon.

Blue Lagoon, Islande

Sky Lagoon, Islande

« En misant sur la frénésie immobilière, nous avons fédéré 1500 investisseurs qui veulent acquérir un pavillon hôtelier à gérer sur Airbnb ou VRBO (minimum 300 000 $ de mise de fonds pour une transaction moyenne de 850 000 $), ce qui me donne accès à des flots monétaires qui frisent le milliard de dollars. Nous visons à créer un réseau de géolagons dans 4 marchés géographiques au Québec. Sur le plan technique, nos géolagons bénéficient d’un brevet provisoire déposé à Washington. Il s’agit d’une méthode unique pour chauffer nos bassins grâce à la géothermie et aux pompes, en combinaison avec des compléments d’énergie renouvelables qui peuvent inclure la biomasse et l’électricité. En un mot, ce brevet protège une méthode qui s’inspire du bain-marie avec un réservoir très chaud sous le lagon et avec des supports logiciels automatisés pour équilibrer les températures, sans aucun rejet dans l’environnement. » – Louis Massicotte

Je lui souligne la critique récente de la mairesse de Sainte-Adèle, Mme Michèle Lalonde,  dans un média local : « Mais avec la localisation du site, l’accessibilité qui se ferait par un secteur résidentiel, ça me paraît un peu Mickey Mouse comme projet. Il y aurait aussi des permis provinciaux à obtenir. » M. Massicotte réagit : « Je prends cette aimable comparaison avec Disney comme un hommage, avec un sourire en coin. »

Aussi la critique d’un ingénieur sur le lagon : « Cela représente beaucoup de volume pour maintenir ça à 38 degrés celsius en hiver. C’est faisable, mais il va leur falloir plusieurs puits géothermiques et des multiples pompes à chaleur. Ça risque de coûter assez cher en entretien et en frais d’opérations. Ça pourrait aussi drainer l’eau du sous-sol environnant, ce qui pourrait occasionner des problèmes en approvisionnement d’eau potable pour les éventuels voisins, s’ils ne sont pas branchés au réseau d’aqueduc municipal », a-t-il averti. M. Massicotte rétorque : « Aucun expert ne peut donner d’opinion s’il ne connaît pas notre méthode et les détails de notre projet. Nos demandes de permis révéleront tout. Je sais ce que fais et je le ferai bien. »

Louis Massicotte revient souvent à un sondage récent effectué par Léger auprès des adultes québécois révélant que 73 % de tous les Québécois considèrent que la création de lagons géothermiques au Québec est une offre unique en Amérique qui pourrait permettre de distinguer clairement le Québec et attirer des touristes de partout dans le monde. Le sondage confirme que 56 % des adultes québécois sont intéressés à louer à un tel endroit… Il prévoit d’ailleurs annoncer les localisations des autres projets d’ici 45 jours avec un calendrier de réalisation.

Il termine l’entrevue par une invitation aux entrepreneurs touristiques québécois : « Je veux dire à tous les acteurs du tourisme que c’est maintenant qu’il faut investir. Il faut innover et changer nos infrastructures… il faut changer notre modèle… il va y avoir un engouement fantastique… il y aura une vague post-COVID. »

En terminant, je salue l’audace et la détermination de ce promoteur. Je souhaite sincèrement que sa technologie de « bain-marie » pour chauffer ses lagons performe tel qu’anticipée, car l’enjeu de ces projets n’en est pas un commercial ou de mise en marché, mais purement technologique. J’espère que la géothermie produira réellement la majorité de l’énergie requise pour les lagons, car dépendre trop de l’hydro-électricité sera non seulement dispendieux, mais non durable. Notre électricité est une énergie renouvelable, certes, mais chaque fois que nous l’utilisons inutilement ou sans réelle nécessité, le Québec en exporte moins aux États-Unis qui alors produit localement son électricité par le charbon, le pétrole ou le gaz naturel, ce qui accélère les changements climatiques.

Jean-Michel Perron
Bénévole à Tourisme durable Québec
Conseiller chez PAR Conseils 
Blogueur sur Tourte Voyageuse

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