C’est avec l’énergie d’un peloton lancé en pleine vitesse que l’industrie du vélo de montagne s’est rassemblée du 3 au 5 septembre au Mont-Sainte-Anne, pour le tout premier Symposium Québec vélo de montagne. Un total de 250 participants — gestionnaires, constructeurs de sentiers, bénévoles et partenaires touristiques — ont répondu présent à cette rencontre historique, organisée par le regroupement Québec vélo de montagne (QVDM), qui rassemble notamment les cinq centres majeurs de la région de Québec.
« À la création de QVDM, on se disait : commençons par coucher ensemble, puis un jour, on se mariera… Aujourd’hui, on peut dire que l’organisation du Symposium, c’est notre mariage! » a lancé avec humour Frédéric Asselin, directeur général de la Vallée Bras-du-Nord et président de l’alliance QVDM, lors du mot d’ouverture.
La métaphore a fait sourire, mais a surtout frappé juste : les cinq centres flirtaient ensemble depuis 2014 et en tout juste une décennie, ils ont créé une destination de vélo de montagne reconnue internationalement. Dans le même esprit de collaboration, le Symposium visait à rallier cette fois toute l’industrie et lui ouvrir de nouvelles voies.
Se souvenir pour mieux avancer
En entrée de jeu, on a revisité les origines du vélo de montagne au Québec. Entre vélos vintage et témoignages de pionniers comme Patrice Drouin et Chantal Lachance (Gestev), l’auditoire a mesuré le chemin parcouru : des premières Coupes du monde à d’aujourd’hui. Le tout, ponctué de récits sur la genèse de la Vallée Bras-du-Nord partagés par Frédéric Asselin : une démonstration éloquente de la force du collectif et de la vision long terme.

Panel animé par Gilles Morneau (Vélo Mag et pionnier), avec Chantale Lachance et Patrice Drouin (cofondateurs Gestev) et Frédéric Asselin (Vallée Bras-du-Nord et QVDM). Crédit Bruce MacNeil.
Ce retour aux sources a ouvert la voie à des discussions plus stratégiques. La démonstration frappante de la véloéconomie (Vélo Québec) a marqué les esprits : un réseau bien pensé génère des retombées économiques supérieures à celles d’une autoroute. Les données sont claires : plus de 130 centres, 3 000 km de sentiers, 700 000 pratiquants, et une clientèle qui dépense davantage que la moyenne touristique.
De la coopétition à la régénération
Lors d’un panel réunissant des représentants du Québec, du Maine et des Maritimes, la coopétition (coopérer avec ses compétiteurs) est apparue comme un levier incontournable pour séduire les marchés internationaux, renforçant le concept de collaboration.

Panel sur le marketing de destination, animé par René-Martin Trudel de Sofa dans l’bois, avec Samantha Bosence de MTB Atlantic, Joe Fox de Bike Borderlands et Nicolas Labrecque-Sauvé de QVDM. Crédit Bruce MacNeil.
Le lendemain, le ton est monté d’un cran avec une conférence marquante de Yannick Menneron (BikeSolutions, France) : le sentier ne doit plus seulement « réduire son impact », mais générer un impact positif. Restaurer des écosystèmes, revitaliser des villages, redonner vie à des territoires oubliés : le vélo de montagne peut devenir une force de régénération écologique et sociale.
Également, des acteurs clés du fatbike hivernal — Empire 47 et Sentiers du Moulin — ont rappelé que l’hiver n’est pas une pause, mais une opportunité. Bien développé et entretenu, le fatbike peut transformer une saison perçue comme morte en produit phare.
Plusieurs autres enjeux ont été touchés : l’accessibilité des vélos adaptés (abordé par des experts du Vermont), la sécurité dans la culture organisationnelle (véhiculée par Jeff Jackson, sommité en gestion des risques) ainsi que le développement d’infrastructures pour assurer la relève de calibre international et le tourisme sportif pour les destinations. Hugues Foltz (Vooban) a quant à lui démontré comment l’intelligence artificielle doit être apprivoisée dès maintenant.
Un maillage élargi
Au-delà des conférences, panels et sessions participatives, ce Symposium a eu une autre vertu : créer des ponts. Entre les acteurs du vélo de montagne eux-mêmes, mais aussi avec l’hôtellerie, la restauration et les autres activités de plein air. Pour Frédéric Asselin, c’est là la clé :
« Si on veut que le vélo de montagne continue de croître, il faut cesser de travailler en silo. Chaque région doit tisser son maillage entre sentiers, hébergement, restauration et attraits. C’est l’expérience globale qui fait venir — et revenir — les visiteurs. »

Session participative animée par Francis Tétrault, Regroupement vélo de montagne des Cantons. Crédit Bruce MacNeil.
Et maintenant?
Le Symposium a démontré que l‘industrie est prête à passer à une nouvelle étape : celle de la maturité. En se dotant d’outils concrets, en partageant ses meilleures pratiques et en ouvrant ses horizons vers l’inclusion, la régénération et l’innovation, le milieu s’est donné les moyens de ses ambitions.
L’avenir ? Prometteur, certes, mais exigeant. Il faudra continuer à unir les forces, à mobiliser les communautés et à dialoguer avec l’ensemble de l’écosystème touristique. Ce Symposium n’était peut-être que le « mariage » évoqué en ouverture… mais il semble déjà donner naissance à une industrie encore plus forte, solidaire et visionnaire. Et le fait que l’événement incluait deux sorties collectives à vélo illustre bien cette signature : une industrie passionnée et innovante!

Sortie à vélo des participants. Crédit Bruce MacNeil.

Lisa Marie Lacasse, collaboratrice TourismExpress