Le directeur général et copropriétaire de l’Hôtel Bonne Entente à Québec n’y va pas de main morte. La démission de Robert Mercure à titre de directeur général à Destination Québec cité constitue un pas de recul pour la région. « Depuis le départ de Pierre Labrie, il n’y a pas eu de stabilité à ce poste stratégique », déplore l’hôtelier.
À son très grand désarroi, la région de Québec vient de perdre un de ses meilleurs, sinon son meilleur ambassadeur sur la scène touristique internationale. « En raison des récents événements - pour lesquels je signe et persiste : il n’y avait vraiment pas de quoi en faire toute une histoire -, notre destination vient de se priver d’un dirigeant qui bénéficiait d’une excellente crédibilité dans les marchés hors Québec », affirme Alain April.
Aucune intention malveillante
Soulignons que les révélations du Journal de Québec sur des dépenses douteuses à Destination Québec Cité, publiées au printemps dernier, ont fini par avoir raison de la tête de son dirigeant, Robert Mercure. Le 27 novembre dernier, la ville de Québec a fait savoir en point de presse que le principal gestionnaire de DQc a remis sa démission.
En congé depuis plusieurs mois, Robert Mercure a collaboré à l’enquête interne qui n’a révélé aucune intention de malveillance ou de tentative de fraude de la part des employés, peut-on lire dans un article de Radio-Canada. Un certain nombre d'employés seront toutefois contraints de rembourser des réclamations jugées non conformes.
Robert Mercure avec qui nous avons échangé nous a mentionné avoir voulu lâché prise.
Revoir les politiques de dépenses, ça presse!
Maintenant, qu’est-ce que cette situation lance comme message à l’industrie ? Quelle leçon de gouvernance ses principaux acteurs à travers le Québec doivent-ils en tirer?
« Ce cas fait la démonstration que tout type d’organisme qui reçoit des fonds publics de l’ordre municipal, provincial ou fédéral a tout intérêt à mettre en place une politique de contrôle des dépenses claire et précise », soulève Alexandra Langelier, vice-présidente exécutive à l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques (IGOPP).
« Des politiques qui non seulement doivent adoptées par les conseils d’administration de ces organismes en tenant compte des réelles activités de ces derniers, mais dont l’application par l’organisation doit être surveillée régulièrement afin d’éviter ce type de dérive », insiste-t-elle.
Le directeur général de l’Association hôtelière de la région de Québec, Alupa Clarke, reconnaît qu’il y a certains flous au sein des politiques de dépenses au sein de Destination Québec cité. « Des flous qui seront éradiqués au cours des prochaines semaines », dit-il.
Alain April en rajoute. « Assurons-nous que la révision de ces politiques tienne compte des vrais montants liés aux dépenses et aux frais de représentation de notre industrie. Si la ville de Québec souhaite attirer des congrès internationaux, des croisiéristes et des touristes hors Québec dans sa cour, ce n’est pas en invitant les représentants de ces marchés manger dans un restaurant fast-food qu’elle va réussir son coup. »
Outre son rôle de gestion, le dirigeant de DQc représente et s’assure du développement international de la région, tient à rappeler l’hôtelier. « Que l’on accorde à ce rôle une allocation de dépenses digne de ses fonctions. Ce n’est pas normal que notre dirigeant doive s’en tenir aux mêmes mesures qu’un autre employé de la ville dont les sorties et frais de représentation sont limités » persiste Alain April.
Des conséquences dramatiques
Malgré cet incident malheureux, l’hôtelier demeure convaincu que l’ex-dirigeant de Destination Québec cité, qui affiche une longue et riche feuille de route (directeur général du Palais des congrès de Montréal, directeur général du Fairmont Château Frontenac, directeur au Fairmont Monte-Carlo, Monaco…) ne restera pas longtemps sur les lignes de côté.
Un avis que partage Caroline Codsi, une experte qui baigne dans la gouvernance depuis plus de 15 ans. Selon elle, ce cas dépasse largement le cadre de simples règles de gouvernance. « Les montants qui sont en cause dans cette histoire relèvent de lacunes liées à des politiques internes. Pourtant, cette démission crée un choc structurel qui va bien au-delà des erreurs qui sont reprochées à l’ex-dirigeant », soutient la fondatrice de l’organisation Gouvernance au féminin.
Ce qui est réellement dommage, avance-t-elle, c’est la réaction disproportionnée qu’a prise cette histoire. « Tout ce brouhaha n’ayant révélé aucune faute malveillante affaiblit Destination Québec cité davantage que l’incident initial. Les conséquences dramatiques qui en découlent sont très lourdes non seulement pour l’organisation (dont l’équipe est déstabilisée), mais aussi pour la région de Québec, pour l’industrie touristique et en fin de compte, pour le contribuable. En fait, toute cette histoire se traduira par des pertes économiques beaucoup plus importantes que les quelque 1950 $ de dépenses douteuses », commente Caroline Codsi.
D’ailleurs, conclut cette experte en gouvernance, un tel traitement à l’égard de l’ex-dirigeant qui affichait un parcours sans faute risque de rendre ce type de poste beaucoup moins attractif pour des leaders qualifiés.

Journaliste et collaboratrice