Depuis longtemps, on tient pour acquis que notre balance touristique est toujours négative. Mais cette affirmation est-elle absolument vraie? Pour vérifier, revisitons trois moments marquants avec l’Expo 67, les Jeux olympiques de 1976 et la satanée pandémie de COVID-19.
EXPO 67
À tout seigneur tout honneur, l’Expo 67 (28 avril au 29 octobre 1967), avec son thème «Terre des hommes"» que j’ai visité en 1967 et ainsi que sa suite en 1968.

Pour la p’tite histoire
Le 13 novembre 1962, le Canada obtient le droit, du Bureau international des Expositions (BIE), de tenir l’exposition universelle. Il avait trois pays en lisses c’est l’URSS qui gagne, mais qui se retire au bénéfice du Canada, au bonheur du maire Jean Drapeau. Nous sommes à l’époque de la crise des missiles à Cuba (octobre 62) alors que le monde entier s’est retrouvé au bord d’une guerre nucléaire.
Les travaux pour l’Expo 67 débutèrent en 1963 avec l’agrandissement de l’île Sainte-Hélène tout en créant une nouvelle île, l’île Notre-Dame, le tout en dix mois et après avoir déplacé 40 millions de tonnes de remblai.
Une exposition universelle qui est passée à l’histoire
L’Expo 67 est passée à l’histoire après avoir reçu plus de 50 millions de visiteurs, dont 44% des É.-U. Elle occupe la 4e position des expositions universelles les plus achalandées de tous les temps et demeure l’événement touristique le plus fréquenté de l’histoire du Canada.

Visionner le reportage Radio Canada 50 ans
Un héritage encore bien vivant
L’Expo 67 a laissé un héritage indéniable tout en permettant le développement de nouvelles infrastructures :
Les Îles, Sainte-Hélène et Notre-Dame
Avec le Parc Jean-Drapeau, La Ronde, la Biosphère (ex-pavillon des É.-U.). Sans oublier Habitat 67, le circuit Gilles-Villeneuve (1978), le Casino (1993), auxquels j’ajoute le Bassin olympique, héritage des JO76 et j’en passe.
Le métro de Montréal
Les travaux du métro ont débuté en mai 1962, l’Expo a permis d’accélérer le développement de la ligne jaune avec les stations, Île-Sainte-Hélène (Jean-Drapeau) et Longueuil.
L’Expo en quelques chiffres
120 gouvernements ont été présents à l’Expo 67, le tout dans 60 pavillons de pays/États, en plus de 53 pavillons d’entreprises/organismes. Le coût total de l’Expo s’est chiffré à 414 M$, tandis que le coût net (déficit) a monté à 273 M$.
Selon le rapport annuel (1967) de la Banque du Canada, le déficit canadien au poste « voyages », qui était de 63 M$ en 1966, s’est transformé en excédent de 427 M$ en 1967 grâce à l’Expo et aux célébrations du centenaire de la Confédération. Tandis que les recettes touristiques ont bondi à 1,34 G$, soit près de 50 % de plus qu’en 1966, un écart positif jamais vu depuis.
Le rapport du ministère du Tourisme de la Chasse et de la Pêche de 1968 indique que le Québec avait accueilli 15 millions de touristes en 1967, plus du double de la moyenne annuelle, alors qu’il y a eu 107% de plus d’entrées aux postes-frontières Canada/É.-U. qu’en 1966.

Crédit photo: Société du Parc Olympique de Montréal
JEUX OLYMPIQUES DE 1976
Neuf ans plus tard, Montréal devient la première ville canadienne à accueillir les Jeux olympiques.
Les JO76 en quelques chiffres
- 3 195 170 spectateurs ont assisté aux 198 compétitions sur deux semaines.
- 92 nations participantes.
- 1 milliard de téléspectateurs dans 125 pays.
Des coûts faramineux
Pour les Jeux de 76, le déficit se situe entre 1,7 G$ à plus de 5G$ (incluant la valeur indexée des actifs). Le déficit est dû à une multitude de facteurs, dont l’absence de budget global en 1976, la complexité des travaux, les grèves, les retards de construction, la corruption, l’inflation élevée (11%), etc. La dette initiale de 1,7M$ a été entièrement remboursée qu’en 2006. La Commission d’enquête Malouf a déposé un rapport très sévère sur les coûts des jeux en juin 1980.
Impact sur le tourisme
Selon le rapport annuel 1976/77 du ministère du Tourisme, de la Chasse et de la Pêche, les revenus touristiques entre 1975 et 1976 passent de 971 M$ à un peu plus de 1 milliard $, une hausse de 9%, mais le nombre de voyageurs hors Québec n’a augmenté que de 1%.
Selon le Comité International Olympique (CIO), les dépenses des touristes pendant les Jeux ont été estimées entre 77 et 135 millions $.
Le plan stratégique 2025 – 2028 du Parc olympique de Montréal souligne que, depuis son inauguration, plus de 100 millions de visiteurs et d’utilisateurs ont été accueillis dans ses installations.
Un héritage important
Les installations olympiques demeurent un actif touristique et sportif important pour Montréal et le Québec, avec le Stade olympique, la Tour de Montréal (complété en 1987), le Biodôme (ex-vélodrome), le centre sportif, le Bassin olympique et j’en passe.
Il faut aussi souligner que les jeux ont été un important déclencheur pour le développement du sport amateur olympique au Québec.
Un nouveau toit … un autre
À l’occasion du 50e anniversaire des Jeux olympiques, les travaux de remplacement de la toiture et de l’anneau technique du Stade, amorcés il y a deux ans, progressent comme prévu : à mi-parcours, le chantier de 870 millions de dollars annoncé en 2024 respecte à la fois l’échéancier et le budget, selon la PDG du Parc olympique, Joëlle Brodeur (LaPresse, 3/3/26).
Toutefois, ce montant ne semble pas couvrir certains travaux complémentaires jugés essentiels, notamment l’installation d’équipements d’éclairage et de sonorisation ainsi que le remplacement des gradins. (JdMtl, 25/3/26).
LA COVID-19 (2020-2022)
Et avec elle, le plus grand choc touristique des temps modernes.
Selon Statistiques Canada, le nombre de visiteurs entrants (Graphique 1) et les recettes qui les accompagnent ont diminué de façon marquée à partir du deuxième trimestre de 2020, pour commencer à remonter au troisième trimestre 2021.

Pour le Québec, selon les rapports annuels de gestion du MTO de 2019 à 2021, la COVID-19 a provoqué un effondrement historique du tourisme en 2020, avec une chute brutale de 84,6 % des touristes internationaux, une contraction de 66,3% des recettes totales et un effondrement des revenus de la taxe sur l'hébergement (TSH) à 44,2 M$ par rapport aux 125M$ de 2019. Et c’est sans négliger la perte de 115 000 emplois pendant la même période.
Le Canada a donc enregistré un surplus temporaire de sa balance des voyages pendant quelques trimestres. Pour le Québec, bien que le déficit touristique international ait fortement diminué, les données que j’ai pu consulter ne permettent pas de confirmer si un surplus a été atteint, et ce, même temporairement.
CONCLUSION
Il est clair qu’avec l’Expo 67 (durée de 185 jours) et le centenaire du Canada, la balance touristique a été positivement inversée en 1967. Pour les Jeux olympiques de 1976 (durée de 16 jours), l’impact sur le flux touristique en 1975 n’est pas significatif. Les données sur les voyages pendant la pandémie (durée 2 ans) démontrent que pendant environ quatre trimestres, la balance touristique a été très légèrement inversée.
Trois p’tites dernières
- Montréal s’est associée à Tourisme Montréal, au Comité olympique canadien (COC) et au Parc olympique pour déposer sa candidature afin d’accueillir cinq épreuves de qualification des Jeux olympiques de Los Angeles en 2028 (Le Devoir, 13/4/26).
- Il faut souligner la sage décision du gouvernement de la CAQ et de la ministre du Tourisme d’alors, Caroline Proulx, d’avoir répondu par la négative à la FIFA pour accueillir la coupe du monde de football (soccer) à Montréal en 2026. Voilà exactement le type d’événement international et de promoteurs avec leurs panoplies d’exigences extravagantes à qui il faut savoir dire non.
- Toujours dans la catégorie d’événement international, après les Championnats du monde cyclisme de 1974 à Montréal (j’y travaillais comme vendeur de programmes), voilà qu’ils reviennent 52 ans plus tard du 20 au 27 septembre 2026. Un événement majeur, entre autres en visibilités. Les amateurs de vélo qui suivent des étapes du Tour de France savent ce que je veux dire. On va y revenir.
Pour ce texte, j’ai lu des dizaines de documents, pour celles et ceux qui désirent échanger sur ce sujet, n’hésitez pas à communiquer avec moi : louisrome@videotron.ca
Crédit: Vidéo Société Histoire du Canada

Louis Rome, collaborateur TourismExpress
Sur le 50e des Jeux olympiques
L’exposition du Musée McCord Stewart sur le 50e des Jeux et la vitrine qui est consacrée au Musée Pointe-à-Callière . Et les sites web de Montréal Olympique du Parc olympique et de Tourisme Montréal.