Résumer 30 ans d’existence aussi riches n’a rien de simple. Je croyais bien connaître le CQRHT depuis sa fondation, mais après des recherches et un entretien avec son directeur général, Xavier Gret, ce fut un choc. Même l’Assemblée nationale a souligné, le 29 octobre dernier, le 30e anniversaire du CQRHT.
Une idée audacieuse
Tout a commencé dans une chambre d’hôtel autour d’une poignée de passionnés du milieu touristique : Jean Lortie (aujourd’hui président de la Commission des partenaires du marché du travail – CPMT), premier co-président syndical, Jean-Yves Milot, de la réputée famille des Hôtels et Suites Le Dauphin et premier président du CQRHT, M. Blanchard de la Fédération des pourvoiries du Québec. À ceux-ci s’ajoutent André-Jean Richard, alors directeur général de l’Association hôtellerie du Québec (AHQ) et Michèle Beauchemin directrice des ressources humaines du Mont-Sauveur ( aujourd’hui Sommet Saint-Sauveur).
Quelques mois plus tard, le 21 juin 1995, le CQRHT voyait officiellement le jour.
« Ils sont partis de rien, raconte Xavier Gret. À l’époque, l’Association restauration Québec (ARQ) voulait aussi créer son propre comité, mais tous ont uni leurs forces pour fonder le premier comité sectoriel de la main-d’œuvre, sur les 29 CSMO qu’on compte aujourd’hui. »
Dès le départ, ceux-ci ont réalisés que les employeurs et les représentants des travailleurs partageaient les mêmes préoccupations : la formation, la valorisation des métiers, la montée en compétence et la rétention de la main-d’œuvre – des enjeux toujours d’actualité.
Trois directions générales en 30 ans
Bien que le CQRHT ait été constitué en 1995, c’est en mars 1996, qu’Adèle Girard devint sa première directrice générale, fonction qu’elle assuma jusqu’en 2011. Beaucoup se souviennent d’Adèle qui est malheureusement décédée en 2018.
« Adèle avait le profil idéal pour bâtir les assises du CQRHT. Elle a même été chercher la première source d’autofinancement, en faisant la traduction des documents de RH Tourisme Canada. Un trésor de guerre qui profite toujours au CQRHT » souligne Xavier Gret.
De plus, dès 1996, elle a piloté la publication d’un document fondateur Diagnostic d’ensemble des ressources humaines en tourisme : orientations et plan d’action.
Sous sa gouverne, le CQRHT, a contribué dans la mesure de ses moyens, au déploiement de la Loi 90 (1998), connue comme la loi du 1 %, obligeant les entreprises dont la masse salariale dépasse 2 millions de dollars d’investir au moins 1 % de celle-ci dans la formation des employés. En 2006, le CQRHT déposait un mémoire en commission parlementaire en prévision de la modification de la loi en 2007.
Une deuxième direction générale
Isabelle Girard (aucun lien de parenté avec Adèle) a occupé le poste de direction générale de 2011 à 2021, après une dizaine d’années au sein de l’équipe. Elle assura la continuité tout en amorçant la transition vers la numérisation et l’intelligence du marché du travail (IMT).
« Le CQRHT a été l’un des premiers CSMO à se doter d’une ressource dédiée à l’IMT », rappelle Xavier Gret. « On devait mieux comprendre notre secteur avec des données concrètes : il faut des chiffres pour convaincre. »
Autre exemple parmi tant d’autres. L’outil de description des fonctions et tâches, amorcé sous Adèle Girard, continua d’être bonifié. C’est encore aujourd’hui la section la plus consultée du site web du CQRHT.
Un troisième DG et pas le moindre
Depuis septembre 2021, Xavier Gret assure la direction générale du CQRHT, après avoir siégé à son conseil d’administration à partir de 2017 à titre de DG de l’AHQ (2016-2021).
Son approche repose sur la proximité avec le terrain, avec les gens et sur une solide équipe de 22 personnes : « Des gens capables de répondre aux besoins de l’industrie avec une expertise réelle.»
Pour Xavier Gret, cette expertise doit s’appuyer sur une intelligence du marché sans cesse actualisée : « Nous développons Vision IMT, un outil intégrant l’intelligence artificielle pour anticiper les tendances plutôt que les subir. »
Les champs d’expertises du CQRHT couvrent aujourd’hui la saisonnalité de l’emploi, la transformation numérique, l’information sur le marché du travail (IMT), les enquêtes de rémunération, la productivité, les diagnostics sectoriels, la polycompétence, les tendances en main-d’œuvre, une multitude d’outils d’accompagnements et de formations, et plus encore.
Une présence terrain incontournable
Malgré la montée du numérique, le CQRHT mise toujours sur les relations interpersonnelles : sa participation à de nombreux salons permet chaque année de dialoguer directement avec des milliers de personnes intéressés par notre industrie.
Le CQRHT mène aussi une vaste tournée de consultations auprès de plus de 250 travailleurs et gestionnaires, en groupes de discussion, afin de cerner leurs attentes et de nourrir ses orientations futures.
S’arrimer aux tendances mondiales
Dans un contexte de concurrence internationale, le CQRHT est devenu membre affilié de l’ONU Tourisme (anciennement OMT) en juin 2024, pour suivre de près les grandes tendances mondiales du tourisme et des ressources humaines.
Les tendances
Xavier Gret « constate une baisse de la qualité du service, autant chez les jeunes que les plus expérimentés. Il faut hausser les compétences et le professionnalisme, car il existe une relation directe entre la compétence des équipes et la qualité du produit touristique. »
Il ajoute que « nous devons rester agiles face à l’évolution rapide de la technologie, notamment de l’intelligence artificielle. Le tout dans un contexte d’une économie mondiale de plus en plus complexe. »
Déjà 30 ans
Trente ans plus tard le CQRHT est toujours aussi dynamique et soyons bien rassuré, il n’a pas fini d’être notre phare en matière de ressources humaines.

Louis Rome, collaborateur TourismExpress
À lire, l’entrevue entre Xavier Gret et Mélody Lardin le 29/04/2024