TourismExpress poursuit sa série d’entretiens avec des maires et mairesses du Québec afin de mieux comprendre comment les villes intègrent le tourisme dans leur vision de développement, de rayonnement et d’identité.
Maire de Gaspé depuis 2013, Daniel Côté dirige l’une des municipalités les plus vastes du Québec, au cœur d’un territoire qui occupe une place particulière dans l’imaginaire touristique québécois. Avocat de formation et natif de la région, il s’est imposé au fil des années comme une voix active des régions ressources et des enjeux d’occupation du territoire.
Dans un contexte où la Gaspésie demeure l’une des destinations les plus fortes du Québec, la ville de Gaspé doit composer avec plusieurs réalités structurantes : l’accessibilité du territoire, la saisonnalité touristique et la capacité d’accueil. Rencontre avec un maire qui voit dans le tourisme à la fois une opportunité économique majeure et un défi d’aménagement du territoire.
Le tourisme, une composante essentielle de l’identité gaspésienne
À Gaspé, le tourisme dépasse largement la simple activité économique. Il s’inscrit profondément dans l’identité du territoire. Pour Daniel Côté, cette réalité est évidente : la région vit avec le tourisme depuis des générations et en a fait l’un de ses principaux moteurs de développement.
Ayant grandi en Gaspésie, il a été témoin direct de l’évolution de cette industrie au cours des dernières décennies. Le tourisme s’est transformé, passant d’une fréquentation largement québécoise et estivale à une clientèle plus diversifiée, attirée par la nature, les paysages et les grands espaces.
L’accessibilité : un défi majeur pour la région
Pour Daniel Côté, le principal enjeu du développement touristique gaspésien demeure l’accessibilité. Dans une région éloignée des grands centres urbains, la mobilité représente un facteur déterminant pour attirer et retenir les visiteurs.
Au cours des dernières années, la Gaspésie a connu plusieurs turbulences en matière de transport. Le service ferroviaire de passagers, qui reliait autrefois la région au reste du Québec, est interrompu depuis maintenant près de quinze ans. Le transport par autobus demeure un service essentiel mais est limité et souvent imparfait, ce qui réduit les options pour les visiteurs qui souhaitent se rendre dans la région sans voiture.
Le transport aérien, de son côté, a connu certaines améliorations récentes. Grâce à l’intervention du gouvernement du Québec visant à réduire le coût des billets sur les liaisons régionales, l’accessibilité aérienne s’est quelque peu améliorée, même si les enjeux de fréquence et de connectivité demeurent présents.
Selon le maire, il est difficile pour une destination de prétendre à un positionnement international sans une accessibilité solide et prévisible. Malgré tous les efforts depuis 25 ans, la voiture demeure la reine de l’accès à la région. Dans cette perspective, la question du transport routier, ferroviaire et aérien s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’équité territoriale. Pour Daniel Côté, assurer une meilleure mobilité vers les régions comme la Gaspésie ne relève pas seulement du tourisme, mais aussi du développement économique et de l’occupation du territoire.
La saisonnalité, un obstacle au développement
Malgré les progrès réalisés ces dernières années, la saison touristique en Gaspésie demeure fortement concentrée sur quelques mois d’été. Cette réalité structurelle influence l’ensemble de l’économie régionale, de l’hôtellerie à la restauration en passant par les attraits touristiques.
Daniel Côté reconnaît toutefois que certaines initiatives contribuent progressivement à étendre la saison. Le développement d’activités de plein air hivernales, l’écotourisme et certaines expériences culturelles permettent d’attirer des visiteurs en dehors de l’été
Mais pour transformer véritablement la destination en territoire quatre saisons, il faudra, selon lui, poursuivre les investissements dans l’offre touristique et l’infrastructure d’accueil. L’enjeu est aussi de maintenir une masse critique d’entreprises ouvertes à l’année, ce qui représente un défi important dans un territoire à faible densité.
Main d’œuvre, immigration et qualité de vie
Comme plusieurs destinations touristiques, la Gaspésie doit également composer avec des enjeux de main-d’œuvre et de logement. La croissance touristique entraîne une demande accrue pour les travailleurs saisonniers, ce qui ajoute une pression sur le marché immobilier local. Malgré ce contexte, le maire de Gaspé lance un cri du cœur sur l’importance du l’immigration et de continuer d’accueillir des travailleurs provenant de l’étranger dans la région. La moyenne d’âge en Gaspésie est plus élevée qu’au Québec et on manque de ressources humaines dans beaucoup de secteurs dont le tourisme.
Le maire souligne que la question du logement pour les travailleurs et les nouveaux résidents devient un enjeu stratégique. Sans solutions adaptées, certaines entreprises pourraient se retrouver limitées dans leur capacité d’opération, ce qui aurait un impact direct sur l’offre touristique.
Dans ce contexte, l’équilibre entre développement touristique et qualité de vie des citoyens demeure une priorité. Pour Daniel Côté, le tourisme doit rester un levier de prospérité pour la communauté, et non une source de tension.
Une identité touristique forte à préserver
L’image de la Gaspésie repose sur des symboles puissants : le rocher Percé, le parc national Forillon, les paysages maritimes et la culture maritime qui caractérise la région. Cette identité constitue un atout majeur, mais elle soulève aussi la question du renouvellement de l’offre touristique.
Selon Daniel Côté, l’enjeu n’est pas de transformer radicalement l’image de la destination, mais plutôt de la faire évoluer tout en conservant son authenticité. Les visiteurs viennent en Gaspésie pour vivre une expérience de nature, de grands espaces et de contact avec la culture locale.
Il souligne également le travail de Parcs Canada pour l’entretien, la mise en valeur, l’accessibilité et la préservation du parc national de Forillon. Ce travail est largement apprécié dans la région. Mais, ajoute-t-il, ce joyau naturel du Québec doit continuer d’être choyé et entretenu avec soin. Pour Daniel Côté, il est essentiel que les efforts se poursuivent afin que Forillon demeure, pour longtemps encore, l’un des grands attraits touristiques du Québec.
Gouvernance et collaboration régionale
Le développement touristique d’une région comme la Gaspésie repose sur une collaboration étroite entre plusieurs acteurs : les municipalités, Tourisme Gaspésie, les entreprises locales et les gouvernements.
Daniel Côté insiste sur l’importance d’une gouvernance cohérente et d’une vision partagée. Le succès touristique ne peut pas reposer uniquement sur une municipalité ou sur un organisme. Il nécessite une coordination régionale capable de structurer l’offre, d’améliorer l’accessibilité et de soutenir les entreprises. Gaspé est au cœur de la Gaspésie et doit demeurer une locomotive pour la région
Une vision à long terme pour Gaspé
Lorsqu’on lui demande comment il imagine Gaspé dans dix ans, Daniel Côté évoque une destination qui aura réussi à consolider son positionnement tout en préservant son identité.
Le succès touristique, selon lui, ne se mesure pas seulement par le nombre de visiteurs. Il se mesure aussi par la capacité de la destination à offrir des emplois de qualité, à soutenir les entreprises locales et à maintenir une qualité de vie élevée pour les citoyens.
Dans cette perspective, la Gaspésie possède des atouts considérables. Mais son avenir touristique passera inévitablement par des choix structurants en matière d’accessibilité et d’infrastructure attractive et de qualité.
