Activité de plein air la plus pratiquée au monde, la randonnée demeure pourtant largement sous-estimée dans son plein potentiel touristique. Au Québec, elle amorce aujourd’hui un tournant décisif. Mieux structurée, mieux qualifiée et de plus en plus pensée comme une expérience immersive complète, elle s’impose progressivement comme un levier stratégique pour l’avenir du tourisme de nature et d’aventure.
Les grandes destinations internationales l’ont compris depuis longtemps. En France, en Nouvelle-Zélande ou en Australie, les grands itinéraires de marche sont devenus de véritables produits touristiques signatures : aménagés, encadrés, parfois soumis à des quotas d’accès et soutenus par des investissements publics structurants. Ces modèles démontrent qu’un sentier peut devenir une destination en soi — à condition d’accepter une réalité fondamentale : la nature a toujours le dernier mot, et sa capacité d’accueil doit guider le développement.
Le Sentier national : un projet touristique, environnemental et sociétal
La randonnée n’est plus un simple loisir de plein air. Elle devient une infrastructure territoriale à part entière, au même titre qu’un réseau cyclable structurant ou qu’une route touristique nationale. Le Québec, à travers les 1830 km du Sentier national, se dote progressivement d’un projet signature à portée provinciale, capable de structurer l’offre, de soutenir les régions et de répondre aux grands enjeux contemporains du tourisme de nature.
Portée par Rando Québec, cette vision repose sur un changement de paradigme clair : le développement n’est plus synonyme de multiplication des infrastructures, mais de consolidation de l’existant. Mieux entretenir, requalifier, améliorer les parcours actuels, plutôt que construire toujours davantage. Cette approche marque un repositionnement nécessaire face aux enjeux environnementaux, climatiques et sociaux.
« Définir ce qu’est un sentier — aménagement léger et plus sauvage — accepter l’impermanence des infrastructures, voire le retrait stratégique de certains tracés lorsque la pression de la nature devient trop forte, fait désormais partie intégrante d’une vision responsable du développement », explique Grégory Flayol, Directeur général adjoint, Rando Québec.
Un développement pensé pour la protection et l’expérience
Avec plus de 5 M$ investis sur cinq ans, le Sentier national se distingue par un aménagement volontairement léger, un hébergement minimal et une recherche constante de l’impact le plus faible possible, au profit d’une immersion maximale. Traversant neuf régions du Québec, le tracé est ponctué de pôles d’accueil plus développés — hébergements, attraits complémentaires, restaurants, commerces — où le sentier devient un point d’ancrage pour s’arrêter, se ravitailler et découvrir le territoire.
L’intégration d’une zone tampon de 300 m de part et d’autre du tracé, traversant des milieux où cohabitent de nombreuses espèces fauniques et floristiques à statut précaire, confirme le rôle du Sentier national comme corridor écologique autant que touristique.
Structurer l’offre, c’est aussi mieux accompagner les visiteurs. Avec ses fiches Prêt-à-partir, Rando Québec propose une approche rassurante et accessible de la randonnée : des outils clairs qui facilitent la planification, favorisent une meilleure répartition des flux et contribuent à limiter le surachalandage. Trente-quatre parcours, d’une journée à plusieurs jours, sont déjà packagés, et le lancement d’un site web dédié au Sentier national, prévu au printemps 2026, offrira aux régions un répertoire structurant pour nourrir leur développement touristique.
Une question de vision collective
Au-delà des retombées économiques, la randonnée pose une question fondamentale à l’industrie touristique : quelle place souhaitons-nous réellement accorder aux milieux naturels? Sans forêts, rivières et montagnes préservées, il est illusoire de croire que le Québec pourra se positionner durablement comme leader du tourisme d’aventure.
Protéger ces milieux, c’est investir dans notre matière première. C’est aussi reconnaître que le contact avec une nature intacte n’est pas un privilège réservé à quelques-uns, mais un droit collectif. Randonner, c’est ralentir, observer, ressentir. C’est redonner au plein air sa dimension vécue, plutôt que consommée.
Tourisme et Plein Air