Entrevue réalisée au bureau de la ministre du Tourisme à Québec.
À l'approche de ces 100 premiers jours à la tête du ministère du Tourisme du Québec, Amélie Dionne a accepté de faire le point sur son parcours, son mandat et sa vision pour une industrie touristique québécoise.
Rappelons qu’Amélie Dionne est députée de Rivière-du-Loup-Témiscouata-Les Basques, ministre du Tourisme et ministre responsable de la région du Bas-Saint-Laurent et de la région de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine.
Parcours et contexte
Amélie Dionne arrive au ministère du Tourisme forte d'une expérience politique et professionnelle riche et intimement liée au tourisme. « Je suis politicienne de troisième génération », explique-t-elle, rappelant que son grand-père et son père ont été maires dans la région de Rivière-du-Loup. Après des études en communications, elle a été conseillère municipale de 2009 à 2013, avant de se lancer dans une campagne à la mairie, perdue de peu.
Son expérience entrepreneuriale s'est ensuite orientée vers l'organisation d'événements, où elle côtoie pour la première fois l'industrie touristique, notamment le tourisme d’affaires, dans le Bas-Saint-Laurent. « C'est là que j'ai rencontré différents acteurs, les hôteliers, les associations », souligne-t-elle. Son implication politique s'est renforcée avec son travail en cabinet ministériel, notamment comme directrice des communications et adjointe gouvernementale en tourisme, avant d'être élue députée (en 2022) et nommée ministre (à la fin de l’été 2025).

Mandat et vision
Le mandat principal donné par le premier ministre François Legault est clair : « On vise la croissance du nombre de touristes au Québec », résume la ministre. Il s'agit d'une vision économique forte, qui s'inscrit dans la continuité des travaux de sa prédécesseure Caroline Proulx, reconnue pour avoir « positionné l'industrie touristique à sa juste valeur ».
Amélie Dionne entend poursuivre cette dynamique en développant des programmes adaptés aux évolutions rapides du secteur, notamment face aux nouvelles attentes des visiteurs et aux innovations technologiques.
État de l'industrie
La ministre dresse un portrait globalement positif, mais réaliste de l'industrie touristique québécoise. « C'est une industrie dynamique, résiliente, et je perçois sur le terrain une vraie confiance en l'avenir », affirme-t-elle. Elle souligne notamment les investissements en hébergement touristique qu'elle a pu constater dans plusieurs des treize régions visitées en 100 jours. Malgré une baisse des touristes américains, le marché intérieur est en forte croissance, avec une augmentation record de 6,4 % pour l'été 2025. Par ailleurs, la promotion vers des marchés émergents et européens, comme la France, porte ses fruits, avec une hausse des dépenses de près de 20 %.
Défis majeurs
Parmi les enjeux majeurs, la main-d'œuvre constitue une priorité. La ministre reconnaît que « la main-d'œuvre demeure un enjeu », même si une légère amélioration est observée. Le taux de chômage dans certaines régions touristiques, comme les Laurentides, est très bas, autour de 4 %. « Il faut continuer à valoriser les emplois touristiques », insiste-t-elle, en soulignant que les jeunes choisissent de plus en plus ce secteur pour la qualité de vie qu'il offre. L'immigration est également un levier incontournable : « On a besoin d'immigration pour nos ressources, pour notre main-d'œuvre », rappelle-t-elle, évoquant le plan d'immigration déposé par son collègue M. Roberge.
La mobilité et le transport représentent un autre défi crucial. Amélie Dionne souhaite connecter davantage les régions aux grands centres urbains : « On a développé des lignes directes à Québec, mais après, il faut être capable d'être mobile pour que nos régions puissent en profiter pleinement ». Elle évoque des initiatives locales comme les navettes reliant l'aéroport de Montréal à certaines destinations régionales et un nouveau programme pour les lignes aériennes interrégionales. Toutefois, elle nuance : « Les infrastructures lourdes comme le TGV ou les tramways, c'est très long, ne pourront être sur le terrain avant au moins une décennie ».
L'infrastructure touristique, notamment dans les stations de ski et les clubs de golf, nécessite aussi des investissements soutenus. La ministre se réjouit d'avoir réajusté les programmes pour permettre aux clubs de golf d'accéder à un soutien financier, soulignant leur importance dans le tourisme d'affaires. Elle rappelle également le besoin de renouveler les remontées mécaniques dans les stations, un enjeu de taille pour la pérennité de ces destinations.
Priorité 2026 : le tourisme d’affaires en tête de liste
Le tourisme d'affaires figure en tête des priorités. « C'est une filière à haut potentiel », affirme Amélie Dionne, qui souhaite positionner davantage certaines régions comme pôles attractifs pour ce segment.
Montréal est déjà la destination numéro un en tourisme d'affaires et plusieurs autres régions peuvent en profiter. L'agrandissement du Palais des congrès de Montréal est d’ailleurs un dossier important pour elle. « C'est une priorité pour nous », confirme-t-elle, tout en soulignant la nécessité de conditions favorables, notamment des programmes d'infrastructure conjoints fédéraux et provinciaux. Ce projet s'inscrit aussi dans la volonté de renforcer Montréal comme grande porte d'entrée touristique et économique du Québec
Le gouvernement veut de plus accueillir de nouveaux grands événements, en plus des très importants festivals culturels déjà existants. « On a la capacité d'accueillir des événements culturels, sportifs, d'affaires », précise la ministre, en mentionnant notamment la Coupe du monde au Mont-Tremblant et la rénovation du toit du Stade olympique.
Enfin, la ministre met l'accent sur le tourisme quatre saisons, un axe stratégique qui vise à équilibrer et à dynamiser l'offre touristique tout au long de l'année. « On veut développer encore plus notre tourisme quatre saisons », dit-elle, évoquant aussi les grands événements hivernaux à Québec et Trois-Rivières.
Innovation et intelligence artificielle
L'innovation est au cœur des ambitions ministérielles. Le gouvernement a investi 10 millions de dollars au cours des cinq dernières années en innovation par l’entremise du MT Lab. De plus, elle souligne le rôle important du Groupe de travail Intelligence artificielle et tourisme depuis sa création au printemps 2024.
La ministre insiste sur l'importance d'une approche collective en innovation : « Si tout un chacun développe sa stratégie, c'est beaucoup de frais et de ressources humaines. Si on se donne un modèle intégré, ce serait la clé ». Elle rappelle que l'utilisation de l'IA est un enjeu de compétitivité : « Si les entreprises ne l'utilisent pas suffisamment, on va être moins compétitifs, on va être en retard ».
Perspective régionale
Fière fille de région, Amélie Dionne est également ministre responsable de la région du Bas-Saint-Laurent et de la région de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine.
Ce rôle l'amène à privilégier la connexion entre les régions et les grands centres urbains. « Montréal et Québec sont nos portes d'entrée, mais on doit mieux connecter ces portes d'entrée avec les régions pour offrir une expérience complète aux visiteurs », explique-t-elle.
Conclusion
En clôture de cette entrevue, Amélie Dionne adresse un message rassembleur à l'industrie: « Notre industrie est forte, résiliente. Nos régions sont dynamiques. Je souhaite qu'on bâtisse ensemble, qu'on bâtisse sur cet élan pour augmenter les retombées économiques et répondre aux souhaits du premier ministre d'accueillir plus de visiteurs ». Entre pragmatisme et ambition, la ministre incarne une vision renouvelée et engagée pour un tourisme québécois en croissance, audacieux et durable.
Crédits photos - Tourisme Québec

Pierre Bellerose, Président