Travailleurs retraités en tourisme : alternative ou incontournable ?

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Chronique RHEn 2010, le Conseil québécois des ressources humaines en tourisme (CQRHT) invitait les entreprises touristiques à considérer l’embauche de retraités comme alternative aux difficultés de recrutement observées dans plusieurs postes du secteur. Qu’en est-il aujourd’hui? Tout indique qu’il faudra s’y remettre!

Les besoins de main-d’œuvre en tourisme : cycliques, mais réels

Dans une vaste étude sur l’avenir du tourisme au Canada, le Conseil canadien des ressources humaines en tourisme (CCRHT) constate que la récession de 2008 a modifié la conjoncture du marché du travail en tourisme, occasionnant un surplus de main-d’œuvre dans de nombreux segments de l’industrie. Certaines entreprises ont pu vivre cet épisode comme un répit dans leurs efforts de recrutement. Il s’agit toutefois d’une situation transitoire et plusieurs signes laissent entrevoir le retour de ces pénuries de main-d’œuvre que les gestionnaires avaient commencé à oublier! Le CCRHT parle en effet d’un manque à combler de près de 25 000 emplois d’ici 2030, et ce, juste pour notre province.

Le Conference Board anticipe, pour l’ensemble des marchés touristiques au Québec, une croissance de 2,6 % d’ici 2017. Bien que modeste, cette croissance devrait dynamiser le marché de l’emploi. Cette reprise de l’activité touristique engendrera une légère hausse de la demande de main-d’œuvre, mais le défi réside dans le fait qu’elle interviendra dans un marché de l’emploi aux prises avec une forte diminution de l’offre de main-d’œuvre; voire même une rareté que nous constatons déjà!

Le déclin démographique

L’année 2014 marque le début du déclin démographique annoncé depuis plus d’une décennie, résultat de la conjugaison d’un faible taux de natalité et du départ à la retraite de milliers de «baby-boomers». D’ici 2020, la diminution de personnes faisant partie de la population active, c’est-à-dire les personnes en âge de travailler, exercera une pression à la baisse très importante sur le nombre de travailleurs disponibles. Il est trop tard pour agir sur le taux de natalité et les quelques 50,000 immigrants accueillis chaque année au Québec auront un impact limité sur cette tendance. Une des solutions les plus porteuses aux pénuries de main-d’œuvre anticipées réside donc, selon plusieurs, dans le maintien en emploi des travailleurs plus âgés.

Les mesures pour allonger la vie au travail des futurs retraités

Les gouvernements sont conscients de cet enjeu. Les rapports et les analyses se succèdent. Le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations publiait en 2010 son rapport : La longévité, une richesse dans lequel on insiste sur l’importance de cette main-d’œuvre au plan économique. Une Commission nationale sur la participation au marché du travail des travailleuses et travailleurs expérimentés de 55 ans et plus a été constituée par le gouvernement du Québec et publiait, en 2011, différentes pistes d’action afin notamment d’accroître la participation au marché du travail des travailleurs expérimentés.

Des changements voient le jour : le Régime de rente du Québec (RRQ) sera progressivement modifié, l’âge de la retraite est passé de 65 à 67 ans pour obtenir la Pension de la sécurité de la vieillesse (PSV) et le Supplément de revenu garanti (SRG), etc.

Certaines mesures spécifiques s’appliquent déjà depuis plusieurs années. Au fédéral, le gouvernement a renouvelé le programme d’Initiative ciblée pour les travailleurs âgés (ICTA) qui prévoit des services d'aide à l'emploi et des activités visant à améliorer l’employabilité des chômeurs âgés de 55 à 64 ans vivant dans des collectivités aux prises avec un taux de chômage élevé et/ou dont l’économie repose essentiellement sur une industrie grandement visée par une réduction des effectifs ou une fermeture. Au provincial, il existe un programme de subventions salariales pour personnes expérimentées pour stimuler l’embauche des gens de 55 et plus ou de 50 ans et plus, prestataire de l’aide sociale ou de la solidarité sociale.

Jugées insuffisantes, on peut probablement s’attendre à ce que ces mesures soient renforcées de façon significative au fur et à la mesure que les effets de pénurie de main-d’œuvre s’intensifieront.

Des retraités qui reviennent au boulot

Le Québec est une des provinces canadiennes où les travailleurs prennent leur retraite le plus tôt. Pourtant, les tendances confirment que pour plusieurs d’entre eux, le retour au travail redevient de plus en plus une option, et ce, pour toutes sortes de raisons. Certains le font pour le plaisir, question de retrouver un certain réseau social après avoir ressenti les « blues de la retraite ». D’autres le font par nécessité financière. Selon un sondage réalisé par ING Direct en janvier 2014, 31 % des répondants retraités étaient revenus sur le marché du travail parce qu’ils avaient sous-estimé le coût de la vie à la retraite et avaient besoin d’un salaire d’appoint pour boucler leur budget. Mais quelle que soit la raison, tout indique qu’ils sont de plus en plus nombreux à réintégrer le marché du travail. Statistique Canada confirme qu’en fait, plus de la moitié des travailleurs âgés de 55 à 64 ans qui ont quitté un emploi à long terme entre 1994 et 2000, ont été réembauchés au cours des 10 années suivantes.

Le potentiel attractif des emplois en tourisme

Mais les retraités qui reviennent au travail ont leurs attentes. Pour plusieurs d’entre eux, les conditions du retour au travail sont tout aussi importantes que le contenu de la tâche elle-même. Et à ce chapitre, les entreprises touristiques ont beaucoup à offrir aux retraités qui souhaitent réintégrer le marché du travail :

  • Une variété d’entreprises à taille humaine (généralement, ce sont de petites ou moyennes entreprises où l’humain peut se développer, s’épanouir et entretenir des relations durables);
  • Des emplois diversifiés (plus de 400 postes répertoriés dans 5 sous-secteurs) ; 
  • Des horaires variés pouvant répondre aux besoins des retraités (saisonnier, temps partiel, temps plein, de jour, de soir, les fins de semaine, etc.) ; 
  • Une ambiance de travail conviviale où se côtoient des collègues de tout âge et de tout horizon ;
  • La chance d’entretenir des contacts privilégiés avec les touristes d’ici et d’ailleurs.


Mais si le potentiel est bien là, la partie n’est pas gagnée, car la concurrence s’organise!

Des travailleurs âgés qui seront très courtisés

Comme il y a de moins en moins de jeunes travailleurs pour occuper les emplois à temps partiel, les employeurs qui puisaient abondamment dans ce bassin de main-d’œuvre doivent envisager d’autres options. Si le secteur du tourisme demeure le champion toute catégorie dans le recrutement de travailleurs étudiants, c’est aussi un bassin de main-d’œuvre très sollicité par d’autres entreprises, dans le commerce détail par exemple. Les travailleurs âgés sont d’ailleurs déjà très présents dans les entreprises de rénovation ou les magasins à grande surface.  

Tout récemment, une étude réalisée par Détail Québec auprès des commerçants témoigne de cette effervescence. On y apprend que pour pallier la diminution du taux de croissance de la population, les employeurs du commerce de détail se tournent de plus en plus vers l’embauche de personnes retraitées ou âgées de 55 ans et plus. Cette tendance s’intensifie dans les établissements de 25 employés et plus, où 39 % des employeurs embauchent des travailleurs plus âgés. Ces personnes plus expérimentées et flexibles quant aux horaires et heures de travail deviennent, pour plusieurs entreprises, un moyen de surmonter des difficultés de recrutement.

Vers quelles entreprises se dirigeront les retraités? Il y a fort à parier qu’ils choisiront celles où on leur offrira ce qu’ils recherchent. Un revenu d’appoint, bien sûr, mais aussi un climat de travail accueillant, de la flexibilité, et des gestionnaires qui sauront gérer l’harmonie de milieux de travail multigénérationnels.

Voilà un beau défi pour les entreprises touristiques! 

Bibliographie 

  • Conseil canadien des ressources humaines en tourisme,  L’avenir du secteur du tourisme au Canada : Retour des pénuries de main-d’œuvre avec le resserrement des marchés du travail, 2012. Lien
  • Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO), La longévité, une richesse, 2010. Lien
  • Le Devoir, Les retraités reprennent le collier, 14 janvier 2014.  
  • Institut de la Statistique du Québec,  Situation personnelle et professionnelle des travailleurs québécois âgés de 50 ans et plus et intentions à l’égard de la retraite, 2012. Lien
  • Commission nationale sur la participation au marché du travail des travailleuses et travailleurs expérimentés de 55 ans et plus, Le vieillissement de la main-d’œuvre et l’avenir de la retraite : des enjeux pour tous, un effort de chacun, 2011. Lien
  • Finances Québec, Un système renforcé de revenu de retraite pour répondre aux attentes des Québécois de toute génération, 2011 
  • Détail Québec, Le diagnostic sectoriel : pour tout savoir sur la main-d’œuvre du commerce de détail, automne, La vitrine - vol 9 - no 3, Automne 2012. Lien
  • Réseau de veille en Tourisme - Lenoir A., Prévisions de croissance pour l’industrie touristique canadienne, Août 2013. Lien
  • Service Canada, Changements au programme de la Sécurité de la vieillesse, site consulté en mars 2014. Lien
  • Statistique Canada, Étude : Transitions d'emploi chez les travailleurs âgés qui quittent un emploi à long terme, Janvier 2014. Lien
  • Plan d’action économique du Canada,  L'Initiative ciblée pour les travailleurs âgés, site consulté en mars 2014, Lien   


Collaboration spéciale du CQRHT.

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Nominations

Destination Canada

Après un processus de nomination ouvert, transparent et fondé sur le mérite, M. Dave Laveau devient le premier Autochtone à être nommé au conseil d’administration de Destination Canada. Suite à ce processus qui tient aussi compte de l’égalité entre les sexes et de la diversité du Canada, l’honorable Bardish Chagger, leader du gouvernement à la Chambre des communes et ministre de la Petite Entreprise et du Tourisme, annonçait par voie de communiqué les huit nominations à ce prestigieux conseil. Cette nomination de M. Laveau vient sans contredit donner une voix supplémentaire au leadership de l’Association touristique autochtone du Canada (ATAC), de Tourisme Autochtone Québec (TAQ) et de notre industrie.

M. Laveau est présentement vice-président de l’ATAC et directeur général de Tourisme Autochtone Québec (TAQ), association chargée de défendre les intérêts des entreprises touristiques autochtones du Québec en leur offrant des produits et des services favorisant leur développement, les meilleures pratiques d’affaires et leur positionnement sur les marchés touristiques. TAQ est la plus ancienne association touristique autochtone au Canada comptant plus de 25 ans d’actions. Elle représente plus de 180 membres actifs, associés et délégués impliqués dans le développement fondamental du tourisme autochtone au Québec.

« C’est un réel honneur pour moi, à titre d’Autochtone, mais aussi de leader de l’industrie touristique du Québec, d’être nommé au conseil d’administration de Destination Canada. Il s’agit également d’une responsabilité et d’un privilège de prendre part à ce grand cercle décisionnel qui assure la vitalité de l’industrie. » a déclaré M. Laveau. Récemment au Québec, le ministère du Tourisme réaffirmait le positionnement stratégique du tourisme autochtone dans la mise en œuvre de ses stratégies sectorielles. Cette nomination s’ajoute donc aux signaux forts lancés par les deux paliers de gouvernement pour notre industrie.  

« La nomination de M. Dave Laveau au conseil d’administration de Destination Canada témoigne d’une plus grande reconnaissance du rôle de l’industrie touristique autochtone et j’en suis très heureux », a déclaré M. Keith Henry, président-directeur général de l’ATAC. « Son engagement continu envers le développement du tourisme autochtone va au-delà de la province de Québec. M. Laveau est passionné par la croissance du secteur partout au Canada. Il s’agit d’un engagement renforcé envers le tourisme autochtone, suite à la récente annonce dans le budget fédéral 2017 d’un financement de 8,6 millions de dollars. »

L’industrie touristique autochtone au Canada emploie plus de 33 000 personnes et génère 1,4 milliard de dollars du PIB annuel canadien. Le plan quinquennal de l’ATAC, La voie de l’avenir, vise à augmenter la contribution du tourisme autochtone au PIB annuel canadien de 300 millions de dollars, à atteindre un total de 40 233 travailleurs dans l’industrie touristique autochtone et à créer 50 nouvelles entreprises touristiques autochtones.      


À propos de l’ATAC

L’ATAC vise à améliorer la situation socio-économique des Autochtones en offrant des services consultatifs en matière de développement économique et grâce à des congrès sur le tourisme, des séances de formation et des ateliers sur le renforcement des capacités, de la recherche et des informations sur l’industrie à l’intention des opérateurs touristiques autochtones et des communautés des 13 régions (10 provinces et 3 territoires du Canada). L’ATAC établit des liens avec d’autres groupes et régions ayant des mandats similaires, unissant ainsi l’industrie touristique autochtone au Canada et mettant l’accent sur le soutien collectif, le développement de l’offre touristique, la promotion et le marketing des entreprises touristiques culturelles autochtones de façon respectueuse. Le conseil de l’ATAC est composé de représentants de l’industrie touristique autochtone de chaque province et territoire. Pour plus d’informations, veuillez consulter Aboriginalcanada.


À propos de TAQ

TAQ est l’association touristique sectorielle reconnue par le ministère du Tourisme comme porte-parole officiel du tourisme autochtone et par l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador comme représentant d’un lieu d’échange et de services dans le domaine du développement et de la promotion de l’offre touristique autochtone. Vouée également à la commercialisation des expériences et produits touristiques autochtones, notre mission est d’offrir aux entrepreneurs autochtones du Québec impliqués dans l’industrie touristique, un organisme de représentation qui défend leurs intérêts, stimule leur développement et leur offre une gamme de produits et de services favorisant le développement des entreprises, l’amélioration des pratiques d’affaires et leur positionnement sur les marchés touristiques. Au Québec toujours, le nombre d’entreprises touristiques autochtones a plus que doublé depuis le début des années 2000. Rappelons qu’annuellement, le Québec autochtone partage sa culture avec plus d’un million de visiteurs et crée près de 3 500 emplois tout en totalisant des retombées économiques de l’ordre de 169 M$. Pour plus d’information veuillez consulter Tourisme autochtone.

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