2019 - Le 40e anniversaire des ATR ? Peut-être que oui, ou peut-être que non… par Louis Rome

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Dur de faire pire comme titre. Pourtant la question, est-ce bien le 40e anniversaire des ATR se pose. Et la réponse mérite quelques explications, car pour plusieurs la naissance des ATR remonte à l’année 1978. Pour y voir plus clair, je vous invite à faire un voyage dans le temps. Pour certains et certaines, des old-timers comme moi, ce périple dans le passé va faire remonter en surface de vieux souvenirs, tandis que d’autres vont découvrir une partie fascinante de l’histoire de notre industrie.

UNE MISE EN CONTEXTE QUI S’IMPOSE

Nous sommes en 1978, pour la première fois de son histoire, le Québec a un parti souverainiste à la tête de son gouvernement. Cette période avait, pour plusieurs, des relents de la Révolution tranquille (1960-70). Entre autres, avec la mise en œuvre de la loi 101, de la loi sur le financement des partis politiques, celle sur la protection du territoire agricole, sur la protection du consommateur, sur l’assurance automobile et j’en passe, sans oublier le premier référendum de 1980.

Donc un gouvernement hyperactif qui avait aussi décidé de lancer une série de neuf conférences socio-économiques portant, sur le textile, le meuble, l’agroalimentaire et le tourisme, qui dans ce dernier cas, s’est déroulée à Sherbrooke les 30, 31 octobre et 1er novembre 1978, d’où peut-être la confusion.

SHERBROOKE 1978

Le titre de la conférence reflète le contexte de l’époque; Le tourisme, perspectives de relance, car après le boum spectaculaire de l’Expo 67, seule année de l’histoire de l’industrie où la balance commerciale du tourisme fut positive, et ce malgré les Jeux olympiques de 76, l’industrie touristique traversait depuis 1973 une période de morosité.

La conférence de Sherbrooke était chapeautée par le ministre du Tourisme de la Chasse et de la Pêche (MTCP), M. Yves L. Duhaime et le ministre d’État au Développement économique, M. Bernard Landry. Après 3 jours d’échanges et d’ateliers, les 140 participants, en grande majorité des hommes et quelques participantes, ont accouché de 15 recommandations selon les journaux et les documents officiels de l’époque. Parmi ces recommandations, il y avait la création du crédit touristique, la mise en place de politiques régionales d’accueil avec les ATR, une opération de rationalisation de la signalisation routière (ancêtre des panneaux bleus) et enfin celle qui est à l’origine du réseau des ATR  formulées dans les thèmes suivants «Le gouvernement va venir en aide aux associations touristiques régionales, qui rempliront un rôle d’interlocuteur privilégié au gouvernement»(1)

Pour les nostalgiques et férus d’histoire, je vous invite à lire les noms des représentants des associations à la fin du texte. Je vous ajoute quelques noms de participants et participantes reconnus dans notre milieu; Louis Jolin, Yvon Caron, Normand Dulude, Suzanne Chassé, Antoine Samuelli, Gérard Delage, Yvon Picotte et Françoise Kayler.

2019, Le 40e ANNIVERSAIRE DES ATR

Peut-être que oui ou peut-être que non?  La réponse est un mélange des deux et voici pourquoi. En prévision de la conférence de Sherbrooke, un mémoire (30 octobre 1978) signé par 12 associations touristiques régionales a été déposé. Donc avant même la conférence de 78 au moins 12 ATR (2) étaient déjà à l’œuvre. De plus, trois autres associations touristiques étaient présentes à Sherbrooke; l’Association touristique de Richelieu Rive-Sud, l’Office des congrès et des visiteurs de Montréal et  la Société de tourisme de la Baie James. (3)

À cela s’ajoute que le 25 octobre 1978, soit une semaine avant la rencontre de Sherbrooke, le MTCP remettait aux ATR une deuxième enveloppe de 200,000$, tandis qu’une première somme de 252,500$ avait été versée au cours de l’été précédent pour soutenir leur budget d’exploitation.

LE MÉMOIRE DES ATR

Le mémoire des ATR a été présenté par M. Claude Bérubé, président à l’époque de l’ATR du Cœur-du-Québec. Il s’agissait de sensibiliser le gouvernement sur le rôle des ATR et l’importance d’un appui de l’État à celles-ci pour le développement des régions via un rôle accru et clairement défini des ATR tout en bénéficiant d’une reconnaissance officielle du gouvernement. Le mémoire faisait état que « peu de régions de notre territoire possèdent une ATR bien organisée. Une telle situation crée la carence d’une concertation régionale des divers intervenants ».

Plus loin, il y est fait mention que  «la création d’ATR s’avère, sans aucun doute, une solution de choix pour la relance de l’industrie touristique du Québec ». Un des objectifs des ATR était de cibler le tourisme nommé à cette époque intra et extraquébecois. Le support annuel moyen demandé était alors de 100,000$ par année qui proviendrait du ministère et qui devrait varier selon les besoins des diverses régions du Québec.

RECONNAISSANCE OFFICIELLE DES ATR

Après la conférence de 78, le ministre Duhaime conclut en endossant le consensus exprimé sur l’existence et le rôle des ATR, tout en soulignant que cette structure constitue en effet l’instrument privilégié pour la consultation et la concertation régionale. De plus, le ministre a retenu « le principe de la nécessité d’une participation financière des collectivités locales au niveau des coûts de fonctionnement, de ces organismes, la participation gouvernementale devant se situer au niveau des projets de développement ». L’avenir lui donna raison en ce qui a trait à la participation du milieu.

La reconnaissance officielle des ATR s’est faite quelques mois après la conférence de Sherbrooke et se situerait en avril 1979. Le conditionnel est utilisé, car je n’ai pas encore trouvé la date exacte de la reconnaissance.

En faisant une lecture de l’étude des crédits du MTCP du 5 avril 1979, et en retenant quelques  brides de citations,  on comprend mieux les actions du ministère :

  • «Au cours de l'année, nous avons créé 18 grandes régions touristiques et nous avons reconnu dans treize de ces régions touristiques, treize associations touristiques régionales».
  • «Pourquoi pensons-nous devoir axer la promotion et le développement du tourisme interne au Québec sur les régions? Il nous est apparu que la chute des activités du tourisme au Québec par des Québécois qui veulent voyager au Québec était due essentiellement au manque de structure, d'organisation, d'information et de publicité au niveau des régions».
  • «La deuxième proposition de cette conférence socio-économique (Sherbrooke 78) a été la consolidation des associations touristiques régionales et nous sommes en train de le faire».
  • Sur la publicité en coop «Nous avons également introduit une nouvelle façon de faire la promotion sur une base que nous appelons une base coop, 50-50, où le ministère supporte 50% de la publicité et les intérêts privés 50% des frais pour faire la promotion de régions précises au Québec ou encore à l'extérieur du Québec».
  • «Nous avons au budget, de cette année (1979), un montant de $952 000 pour les soutenir dans l'exercice de leurs travaux et nous les avons également reconnues à Sherbrooke comme étant des interlocuteurs non pas exclusifs, mais privilégiés du ministère du Tourisme dans les régions».
  • Les sommes versées aux ATR en 1978, selon le ministre Duhaime : Lanaudière, $25 000; Charlevoix, $22 500; l'Estrie, $40 000; Beauce-Appalaches, $20 000; Cœur-du-Québec $44 500; Saguenay-Lac-Saint-Jean, $55 000; Abitibi-Témiscamingue, $22 500; Laurentides, $102 500; Richelieu Rive-Sud, $25 000; Bas-Saint-Laurent, $22 500; Gaspésie, $22 500; Manicouagan, $50 000; îles de la Madeleine, $5000.
  • Une méthode de répartition du budget qui n’était pas encore clairement définie. ‘’Nous tenons compte des budgets de fonctionnement, de la situation géographique des régions, de l'impact économique des régions, de l'impact économique de l'activité que peut susciter l'association touristique régionale dans les régions’’. Plus loin il y fait mention d’un objectif de partage des revenus des ATR sous la formule de «1 dollar du MTCP pour chaque dollar du milieu».

AUJOURD’HUI

Le 3 mars 1981, quatorze ATR se sont regroupés au sein de l’A.T.R.A.Q. connu aussi sous le nom d’ATR Associées du Québec, auxquelles s’ajoute un représentant de la CIDEM-Tourisme de Montréal à titre d’observateur.

Après tout un saut dans le temps, en 2016, est créée l’Alliance de l’industrie touristique du Québec qui regroupe les 22 ATR, 18 ATS et 24 membres affiliés. La mission de l’Alliance est de «Rassembler, concerter et représenter les entreprises et les associations du secteur touristique pour propulser la performance de l’industrie tout en soutenant et en participant au développement de l’offre et à la mise en marché touristique du Québec ».

Aujourd’hui le réseau des  22 ATR est actif en promotion, développement de l’offre, en accueil et information touristique en plus d’offrir toute une panoplie de services à plus de 10 000 entreprises et organisations membres, provenant de tous les secteurs d’activités de l’industrie touristique. De la conférence socio-économique sur le tourisme à Sherbrooke en 1978, il n’a pas en douter des pas de géants ont été faits.

UNE ANECDOTE ET UNE DATE À RETENIR

Vous avez peut-être constaté que Québec n’était pas présente à la conférence de Sherbrooke de 78, mais cela n’a pas empêché Québec d’avoir son ATR. Pour la petite histoire, la  Communauté urbaine de Québec (CUQ) avait un service du tourisme depuis 1969, en 1979 elle prête des employés pour créer l’ATRQ, le 17 octobre 1979, mais après une expérience de 4 ans et demi l’ATR est dissoute le 17 février 1984. Après une période de flottement est créé l’Office du Tourisme de Québec en 1987 qui a le statut d’une ATR depuis 1988-89.

Ce n’est pas une anecdote, mais plutôt une date majeure dans l’industrie touristique. Après des années de démarches, d’analyses et de négociations de l’OCTGM (aujourd’hui Tourisme Montréal) la taxe sur l’hébergement, de 2 dollars à l’époque, est mise en place le 22 mai 1997 à Montréal et Laval. Pour ensuite s’étendre graduellement dans les autres régions.    

BONNE FÊTE AUX ATR !

En résumé depuis 100 ans, il y a des regroupements d’entreprises et d’organismes sur une base municipale ou régionale. La conférence socio-économique de Sherbrooke en 1978 a été le prélude de la reconnaissance officielle des ATR, mais aussi de son réseau, qui s’est finalement matérialisé en avril 1979. Mais les associations sectorielles et leurs rôles essentiels au sein de l’industrie ne sont pas en reste, je vais y revenir dans un prochain texte.

REMERCIEMENTS

Un merci tout spécial à Pierre Labrie qui m’a fourni 8 boîtes d’archives remplies de documents essentiels à la compréhension de l’histoire de notre industrie et qui m’a valu quelques nuits blanches.

POUR AJOUTER VOTRE GRAIN DE SEL

L’été passé, TourismExpress a réuni une quinzaine d’éminences grises pour se remémorer des moments parfois cocasses, souvent importants du développement de notre industrie. Cette première cueillette d’information sera suivie par d’autres rencontres en tête-à-tête ou d’entretiens téléphoniques avec d’autres acteurs de l’industrie.

Si vous désirez ajouter votre grain de sel avec un bout de vos souvenirs pour enrichir notre démarche. Vous pouvez le faire aujourd’hui même. Anecdotes, petites ou grosses histoires, dates, lieux, etc. Nous vous demandons de faire travailler vos méninges.

Comment faire? En complétant la section Commentaires en bas de l’article ou  m’envoyant un courriel à mon adresse personnelle: louisrome@videotron.ca.

Louis Rome
Collaboration spéciale

NOTE

Je n’ai pas mis la liste de toutes mes références, car elle serait trop longue, mais si vous avez des questions n’hésitez pas.

  1. Développement-Québec, volume 5, numéro 12, décembre 1978, Office de la planification et de développement du Québec (OPDQ).
  2. Liste des 12 ATR signataires du mémoire d’octobre 1978. Les dates indiquées sont celles de la constitution de l’organisation.
  1. ATR Beauce-Appalaches (8 février 1977, aujourd’hui Chaudière-Appalaches) représenté par son directeur général M. Maurice Larocque;
  2. ATR de Charlevoix (5 mai 1975), représenté par son président M. Laurent Bouchard;
  3. ATR de l’Abitibi-Témiscamingue (6 février 1978), représenté par son président M. Marcel Jolin;
  4. ATR de la Gaspésie (6 avril 1978), représenté par son président M. Georges St-Laurent;
  5. ATR de Lanaudière (13 mars 1978), représenté par son président M.  John Redmond;
  6. ATR de l’Estrie, (13 mars 1978, aujourd’hui Cantons-de-l’Est) représenté par son président M. Jean-Louis Dupont;
  7. ATR des Iles-de-la-Madeleine (18 octobre 1983 pour la déclaration du nom), représenté par son président M. Thomas Thorne;
  8. ATR des Laurentides (14 février 1975), représenté par son président M. Serge Dubois;
  9. ATR du Bas-Saint-Laurent (15 mars 1978), représenté par son président M. Renaud Lizotte;
  10. ATR du Cœur-du-Québec, (aujourd’hui Centre-du-Québec, j’ai trouvé une année de constitution pour une association touristique à Trois-Rivières qui est peut-être à l’origine de l’ATR, en 1978) représenté par son président M. Claude Bérubé;
  11. ATR du Saguenay-Lac-Saint-Jean-Chibougamau, (25 juillet 1977, aujourd’hui Saguenay-Lac-Saint-Jean) représenté par son président M. Victorien Gagnon;
  12. ATR Manicouagan (1 avril 1971), représenté par son directeur général M. John Dannis.
  1. Les 3 autres associations touristiques présentes à Sherbrooke qui ont été reconnues plus tard comme ATR.
    • Association touristique de Richelieu Rive-Sud (18 mai 1978, aujourd’hui Montérégie) représenté par son président Paul Lippé;
    • Office des congrès et des visiteurs du Grand Montréal, (aujourd’hui Tourisme Montréal, 1919, fête son 100e) représenté par son directeur général M. André Jean-Richard;
    • Société de tourisme de la Baie James,  (28 novembre 1997, aujourd’hui ATR Baie-James) représenté par son directeur général Jean Daviault.

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